Chaque année, des jeunes femmes africaines quittent leur pays d’origine à la recherche du travail. S’occuper des autres, notamment des bébés ou des enfants, des personnes âgées, des ménages… si ces métiers qu’elles ont choisi d’exercer sont nobles, elles ne bénéficient pas toujours, en retour, de la noblesse du cœur de certains employeurs. Elles sont victimes, parfois, des traitements les plus humiliants et dégradants. Elles prennent soin des autres, parfois à des milliers de kilomètres de chez elles. Mais qui prend soin d’elles ? Qui les aide en cas de besoin ?
Derrière ces questions se trouve l’un des grands paradoxes de la migration féminine : les femmes migrantes sont devenues indispensables aux systèmes de soins et aux ménages, tout en restant particulièrement exposées à la précarité, à l’exploitation et à l’insuffisance de protection sociale.
Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), les femmes représentent environ la moitié des migrants internationaux. Une part importante d’entre elles s’oriente vers des emplois traditionnellement considérés comme féminins, notamment le travail domestique et les activités de soins. Cette féminisation de la migration répond notamment à la demande croissante des ménages en services domestiques et de soins.
Faire le ménage, préparer les repas, s’occuper d’un enfant, accompagner une personne âgée, assister un malade : ces tâches constituent une véritable économie du soin. Elles sont rentables et permettent aux familles, aux entreprises et même aux systèmes sociaux de fonctionner. Pourtant, une grande partie de ce travail insuffisamment valorisée.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souligne que les femmes représentent la majorité des travailleurs du secteur des soins et que les femmes migrantes jouent un rôle croissant dans ce domaine. Elles répondent notamment aux besoins de pays confrontés au vieillissement de leur population et à des déficits de personnel dans les services de soins.
Certaines femmes migrent pour prendre soin des autres alors que leurs propres besoins de santé, de sécurité et de protection sociale restent insuffisamment pris en compte. Un paradoxe visiblement saisissant.
Quand prendre soin devient une source de vulnérabilité
Pour les travailleuses migrantes, ces tâches constituent une opportunité économique non négligeable. Mais elles peuvent également devenir un espace de vulnérabilité. Travail informel, longues journées, faible rémunération, absence de contrat, isolement dans le domicile de l’employeur ou difficulté à faire valoir ses droits : les risques sont nombreux.
Dans une note consacrée aux travailleurs migrants dans l’économie du soin, l’OIT souligne que les travailleurs migrants, particulièrement les femmes, constituent une composante essentielle des infrastructures de soins dans de nombreux pays, alors que les dispositifs de protection ne garantissent pas toujours efficacement leurs droits.
Le cas des travailleuses domestiques est particulièrement révélateur. L’OIT rappelle que les travailleurs domestiques représentent une part importante de la main-d’œuvre du care (du soin) et que beaucoup restent confrontés à des exclusions historiques de certaines protections du droit du travail et de la protection sociale.
L’ONU Femmes rappelle que les femmes et les filles supportent une part disproportionnée du travail domestique et du travail de soin non rémunéré. En Afrique, l’écart demeure particulièrement important : ONU Femmes estime que les femmes consacrent en moyenne 3,5 fois plus de temps que les hommes au travail domestique et de soin non rémunéré.
Qui doit prendre soin de celles qui aident ?
La question paraît simple, voire banale mais elle trouve ses réponses dans les sphères politique et sociale. Ainsi, il ne suffit pas de reconnaître le rôle des femmes migrantes dans les économies du soin. Il faut aussi garantir leurs droits : contrats de travail décents, rémunération équitable, protection sociale, accès aux soins de santé, mécanismes de plainte et protection contre les violences et les abus.
Prendre soin de celles qui prennent soin des autres devrait donc devenir une responsabilité collective. États, employeurs, familles, organisations internationales et société civile ont chacun un rôle à jouer.
Car derrière chaque personne âgée accompagnée, chaque enfant gardé, chaque malade assisté ou chaque foyer entretenu, il y a souvent une femme dont le propre travail de soin mérite, lui aussi, d’être reconnu.