La migration mixte désigne les mouvements transfrontaliers de personnes fuyant les persécutions, les conflits, la traite ou cherchant de nouvelles opportunités. Poussées par de multiples facteurs, ces populations partagent des itinéraires et des modes de transport souvent irréguliers, tout en subissant de multiples violations de leurs droits.
Le rapport trimestriel du Mixed Migration Centre pour le deuxième trimestre de 2026 met en lumière la complexité de ces dynamiques en Afrique de l’Ouest. Entre restrictions sécuritaires accrues, réajustements des routes vers l’Europe et crises humanitaires persistantes au cœur du Sahel, l’analyse des flux révèle des mutations profondes qui touchent directement le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Le Niger face aux expulsions et aux reconfigurations frontalières
Au Niger, la situation migratoire reste dictée par l’intensité des retours forcés et l’instabilité régionale. Entre le 18 janvier et le 17 mai 2026, au moins 14 602 personnes ont été expulsées d’Algérie vers le territoire nigérien, selon Alarm Phone Sahara. Ces expulsions, qui atteignent près de 43 pour cent du record enregistré sur l’ensemble de l’année précédente, concernent des citoyens nigériens mais aussi des ressortissants maliens, guinéens, nigérians, soudanais et tchadiens. Agadez demeure une plaque tournante incontournable où de nombreux migrants restent bloqués dans des conditions précaires.
Parallèlement, la gestion des frontières connaît des tournants diplomatiques majeurs. Les autorités nigériennes et béninoises ont engagé des discussions pour rouvrir leur frontière commune fermée depuis 2023. Le Niger a posé des conditions strictes, incluant un accord de défense, un mécanisme conjoint de renseignement et une transparence accrue sur la présence militaire étrangère au Bénin. Durant cette fermeture, les réseaux de passeurs ont adapté leurs méthodes en intensifiant l’utilisation de pirogues sur le fleuve Niger pour contourner les obstacles.
Sur le plan interne, le Niger subit également les répercussions des crises de ses voisins. Le pays accueille un nombre croissant de réfugiés tout en voyant une partie de sa population touchée par la propagation de l’insécurité transfrontalière.
Le Mali entre insécurité interne et déplacements transfrontaliers
Le Mali constitue l’un des épicentres les plus volatils de la région. Fin avril 2026, des attaques coordonnées de grande envergure menées par des groupes armés non étatiques ont frappé des centres stratégiques, de Bamako à Kidal. Ces violences ont perturbé les axes routiers, provoqué des pénuries et entraîné des déplacements de population, notamment l’arrivée de réfugiés maliens vers le Niger et des déplacements internes dans la région de Kayes.
La situation à Kidal, carrefour stratégique proche de la frontière algérienne, illustre la fragilité des équilibres territoriaux. Le contrôle de la ville par des groupes armés pèse lourdement sur la circulation des biens, l’accès humanitaire et les voies de transit vers l’Algérie.
En outre, le Mali fait face à une double dynamique de déplacement. D’un côté, le pays accueillait en mai 2026 près de 294 000 réfugiés et demandeurs d’asile, soit une hausse importante portée par les arrivées en provenance du Burkina Faso et du Niger. De l’autre, la région de Bandiagara, particulièrement à Koro, enregistre l’afflux continu de milliers de réfugiés burkinabè fuyant les violences de leur pays d’origine. Cette concentration accrue de déplacés accentue la pression sur les infrastructures locales et les services de base.
Le Burkina Faso et l’onde de choc régionale
Le Burkina Faso demeure le principal foyer d’émission de réfugiés et de demandeurs d’asile dans le Sahel central. L’insécurité persistante pousse des milliers de civils à franchir les frontières pour trouver refuge au Mali, au Niger et dans les pays côtiers.
Au Bénin, l’augmentation spectaculaire de la population réfugiée s’explique en grande partie par l’arrivée de ressortissants burkinabè, dont le nombre a fortement progressé pour atteindre plus de 27 000 personnes en mai 2026. Cette situation démontre que l’instabilité burkinabè redessine la carte de l’asile en Afrique de l’Ouest, reportant une partie de la charge humanitaire sur les États du Golfe de Guinée.
Tendances globales et mutations des routes migratoires
À l’échelle régionale, les données traduisent une mutation des itinéraires vers l’Europe. Les arrivées sur la route de l’Atlantique vers les îles Canaries ont chuté de 67 pour cent au premier semestre 2026, s’établissant à 3 708 personnes. Toutefois, cette baisse des arrivées ne signifie pas une diminution des tentatives de départ. Les interceptions se poursuivent en Mauritanie, au Sénégal et en Gambie, tandis que le nombre de décès en mer demeure élevé.
En réaction, les migrants et les réseaux de passeurs se tournent vers des alternatives. La route de la Méditerranée occidentale enregistre une hausse de 26 pour cent des arrivées, l’Algérie confirmant son rôle de principal point de départ. Parallèlement, l’Union européenne poursuit son externalisation des contrôles, illustrée par le nouveau règlement sur le retour adopté en juin 2026, qui envisage des centres de transferts dans des pays tiers.
L’analyse de ces flux montre que la migration mixte en Afrique de l’Ouest ne se réduit pas à une simple statistique de passage. Elle constitue le baromètre des crises sécuritaires, politiques et économiques qui secouent le Sahel, exigeant des réponses structurelles au-delà du seul durcissement des politiques de contrôle.