Réfugiée centrafricaine installée au Tchad depuis 2013, Souad Ali Abbo a fait de l’artisanat bien plus qu’une passion. En fabriquant et en vendant des objets décoratifs, elle subvient aux besoins de ses enfants et nourrit un projet plus grand : créer des emplois pour d’autres femmes. Son histoire inspire que les personnes réfugiées sont aussi des actrices du développement.

Sous un stand garni de paniers tressés, d’objets de décoration et d’articles artisanaux fabriqués à la main, Souad Ali Abo accueille les visiteurs avec enthousiasme. À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, célébrée le 20 juin 2026 au stade Paris-Congo de N’Djaména, cette réfugiée centrafricaine est venue présenter le savoir-faire de son association. Une manière pour elle, de montrer que derrière le statut de réfugié se cachent aussi des talents, des compétences et des projets. « Chacun fait le travail de ses mains. À travers l’artisanat, nous voulons faire découvrir ce que les réfugiés savent faire », explique-t-elle.

Arrivée au Tchad le 22 décembre 2013 après avoir fui les violences en République centrafricaine, Souad a progressivement reconstruit sa vie. Depuis trois ans, elle confectionne chaque jour des objets artisanaux depuis son domicile. Sans boutique, elle travaille sur commande et vend ses créations lors des mariages, des cérémonies ou d’autres événements. Cette activité est aujourd’hui la principale source de revenus de son foyer. Elle lui permet de couvrir les besoins de ses enfants, de financer leur scolarité et de faire face aux dépenses du quotidien. « Quand il y a une commande, je prépare les objets et je les livre. Petit à petit, cela me permet de prendre soin de mes enfants », confie-t-elle.

Au fil des années, son activité s’est développée. Après avoir travaillé au sein d’un groupement, elle a créé avec d’autres femmes une association baptisée « Femmes créatives », qui dispose d’une autorisation provisoire de fonctionnement. Leurs ambitions ne s’arrêtent pas à la vente d’objets artisanaux. « Nous voulons ouvrir un magasin, former d’autres femmes et créer des emplois pour tous », affirme-t-elle.

Le parcours de Souad reflète une réalité souvent peu mise en avant. Le Tchad accueille aujourd’hui plus de 1,5 million de réfugiés, dont une grande partie a fui les crises et les conflits au Soudan, en République centrafricaine et au Nigeria. Si beaucoup ont besoin de protection, nombreux sont aussi ceux qui développent des activités économiques, mettent leurs compétences au service de leur communauté et participent à la vie du pays d’accueil. Pour Souad, le Tchad est devenu un lieu où elle a pu reprendre pied. « Je vis en paix avec mes enfants. Je travaille avec les Tchadiens, nous suivons des formations ensemble et nos enfants vont à l’école ensemble », raconte-t-elle.

Le même message est porté par Tony Passy Yabada, secrétaire général du Comité central des réfugiés urbains. Selon lui, les personnes réfugiées ne doivent pas être perçues uniquement comme des bénéficiaires de l’aide humanitaire. « Nous sommes des femmes et des hommes porteurs de compétences, de talents, de savoir-faire, de résilience et d’espoir. Nous voulons contribuer pleinement au développement économique, social et culturel des communautés qui nous accueillent, dans un esprit de coexistence pacifique, de solidarité et de respect mutuel », affirme-t-il.

Tamaltan Inès Sikngaye