Le Centre international de conférences Mahatma Gandhi de Niamey a abrité, du 28 au 29 juillet 2026, la deuxième édition du Forum de la diaspora nigérienne. Cet événement en présentiel et en virtuel réunit des délégués des communautés établies à l’étranger, des membres du gouvernement et des experts internationaux. L’objectif affiché consiste à mobiliser les compétences et les capitaux des ressortissants extérieurs pour soutenir la refondation économique.

Une neuvième région stratégique pour le développement

À l’ouverture des travaux, les autorités nationales ont rappelé la place centrale qu’occupe la diaspora dans la dynamique institutionnelle. Le chef de l’État, le général d’armée Abdourahamane Tiani, a souligné à travers son allocution officielle que le pays privilégie l’exploitation de ses propres ressources humaines. Les instances dirigeantes qualifient désormais la diaspora de neuvième région du Niger. Cette entité dispose d’un potentiel technique et financier exploitable dans l’éducation, l’industrie, l’agriculture et les technologies. Les données statistiques présentées lors de la cérémonie inaugurale mesurent l’ampleur des flux financiers générés par l’extérieur. En 2024, les transferts de fonds ont atteint 725 millions de dollars américains, soit environ 400 milliards de francs CFA et l’équivalent de 3,5 % du produit intérieur brut. Sylvia Ekra, directrice régionale de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a complété ces chiffres en rappelant que les transferts informels échappent à ces comptabilités.

“La diaspora nigérienne n’est pas un sujet périphérique mais elle fait pleinement partie du projet national et de la réflexion sur l’avenir du pays.”

L’exigence de la confiance mutuelle

Malgré ces flux monétaires constants, les tables rondes sectorielles ont mis en évidence des barrières structurelles. Issa Aboubacar Alpha, ancien président du Haut Conseil des Nigériens au Bénin, a exposé les attentes des communautés résidentes. Selon lui, la concrétisation des projets d’investissement dépend directement de l’établissement d’une relation de confiance effective entre l’État et ses ressortissants.

“La clé du moteur, je vous ai dit, c’est la confiance. On n’a pas besoin d’investisseurs étrangers. Nous-même les Nigériens à l’extérieur, on peut beaucoup faire.”

Les débats interactifs ont également abordé l’implication directe des expatriés dans le tissu entrepreneurial local. Le gouvernement incite les investisseurs de la diaspora à piloter les entreprises nationales pour amoindrir la dépendance envers les firmes extérieures. Pour les délégués présents, cette orientation s’appuie sur un engagement patriotique stable face aux discours d’insécurité relayés hors des frontières.

Conditions et perspectives institutionnelles

Les analyses présentées par les experts institutionnels structurent l’action publique autour de deux axes fondamentaux. Le premier axe repose sur la connaissance sociologique approfondie de la diaspora au moyen de cartographies rigoureuses identifiant compétences et profils. Le second axe concerne la construction d’infrastructures invisibles, parmi lesquelles la sécurité juridique et la transparence administrative occupent une place centrale.

L’enjeu technique consiste à basculer d’une solidarité familiale passive vers des investissements productifs orientés vers des chantiers structurants à long terme. “L’enjeu n’est évidemment pas de remplacer cette solidarité. Il est de créer, à côté d’elle, les conditions permettant à celles et ceux qui le souhaitent de contribuer autrement : en investissant dans des entreprises, dans des projets structurants, dans les territoires et dans la création d’opportunités durables.” a expliqué Sylvia Ekra

La présence des délégations des pays de la Confédération des États du Sahel (AES), notamment du Burkina Faso et du Mali, confirme une convergence géopolitique régionale sur la question migratoire. Cette alliance partage une volonté commune de valoriser les ressources endogènes pour amortir les chocs économiques actuels.

En conclusion des sessions plénières, les recommandations des commissions sectorielles seront transmises aux services exécutifs. Ces propositions ciblent la modernisation du Haut Conseil des Nigériens à l’extérieur et la mise en place d’indicateurs de suivi. L’évaluation de cette seconde édition dépendra de la concrétisation administrative des résolutions adoptées à Niamey.