Au Môle 3 du Port de Dakar, le clap de fin d’une série panafricaine ambitieuse a été donné. Entre fiction percutante et soutien des forces de sécurité, cette production de 300 millions de FCFA entend transformer le septième art en un puissant outil de sensibilisation.

Le dernier clap a résonné au Môle 3 du Port autonome de Dakar. Ce 3 septembre, après plusieurs mois de tournage à Dakar, Thiès et Lompoul, l’équipe de « Au-delà des mirages » a officiellement refermé le plateau d’une série qui entend regarder la migration irrégulière au-delà des chiffres et des discours. Une cérémonie de clôture qui a réuni autorités publiques, partenaires internationaux, professionnels du cinéma et forces de sécurité.

Réalisée par Amary Fall, dit JAHman, et produite par Synopsis Group et MD Prod, la série compte dix épisodes de 42 minutes. Elle est portée par le Programme Opérationnel Conjoint II (POC II) « Aar bakkan – Samm yeleef » et cofinancée par l’Union européenne.

Dans l’enceinte portuaire, le clap de fin n’avait rien d’un simple rituel de cinéma. La séquence tournée pour cette ultime journée en donne le ton : une pirogue partie de Penc Mi est interceptée en mer par les forces de sécurité avant d’être ramenée au port de Dakar. Les migrants sont sauvés. Fifi, venue s’enquérir de la situation, découvre avec soulagement qu’ils ont tous survécu. Mapenda, qui avait tenté de se fondre parmi les candidats au voyage, est identifié et arrêté. Une scène de fiction qui renvoie directement à une réalité sénégalaise devenue préoccupante.

Au départ, le projet portait un autre titre : « Radio Communautaire ». Mais au fil de la réalisation, l’équipe a choisi de dépasser le seul cadre d’une radio et d’un territoire pour s’intéresser à ce qui nourrit les départs. « Au-delà des mirages » renvoie ainsi aux promesses d’une vie meilleure, à l’image fantasmée de l’Europe, aux discours des passeurs et aux représentations véhiculées sur les réseaux sociaux. Pour Amary Fall, cette évolution du titre traduit l’ambition du projet.

Le réalisateur a salué le soutien du POC II et de l’Union européenne, estimant que leur accompagnement a permis de porter une œuvre consacrée à un sujet qui dépasse les statistiques, les causes de la migration irrégulière, ses conséquences, les réseaux de passeurs et surtout les vies humaines qui se trouvent derrière les chiffres.

Un budget de 300 millions de francs CFA

La production représente également un investissement conséquent. Plus de 300 millions de francs CFA auraient été mobilisés, avec plus de 40 techniciens et plus de 200 acteurs et comédiens impliqués. Prévu initialement sur deux mois, le tournage s’est finalement étendu sur trois mois. Pour JAHman, cet effort traduit une volonté : produire au Sénégal avec des professionnels sénégalais, faire travailler les entreprises locales et atteindre des standards capables de permettre aux œuvres nationales de circuler au-delà des frontières.

Mais le clap de fin ne signifie pas, pour lui, la fin de l’aventure. Le réalisateur évoque déjà la possibilité d’une deuxième saison, qui pourrait élargir le récit aux réalités vécues après le départ et après l’arrivée, afin de continuer à déconstruire les imaginaires qui alimentent les parcours migratoires dangereux.

L’une des particularités du projet réside dans l’implication directe de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale médicale. Matériel, lieux de tournage, personnel et conseils techniques ont été mis à disposition afin de rapprocher la fiction des réalités opérationnelles.

Une collaboration saluée lors de la cérémonie. Pour le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, cette participation marque une nouvelle manière d’utiliser le cinéma comme outil de prévention. Il a présenté la série comme une œuvre panafricaine consacrée à la migration irrégulière et s’est félicité de voir les forces de sécurité investir le champ de la création audiovisuelle pour toucher un public plus large.

Son message est clair : la migration irrégulière n’est pas seulement une question de frontières. Elle concerne les familles, les communautés et l’ensemble de la société. Le ministre a également rappelé la position du Sénégal sur la route atlantique vers les îles Canaries et les drames régulièrement enregistrés dans cette zone. Derrière les embarcations, les chiffres et les disparitions, ce sont des vies qui basculent. C’est précisément cette dimension humaine que la fiction veut mettre au premier plan.

Prenant la parole, Mame Coumba Diop, secrétaire d’État chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique, a salué l’aboutissement de plusieurs mois de travail. Elle a insisté sur la complexité d’une production de cette ampleur : déplacements, logistique, coordination des équipes, contraintes techniques et humaines.

Le projet avait également bénéficié du soutien du FOPICA, à hauteur de 25 millions de francs CFA. Pour la secrétaire d’État, cette expérience rappelle toutefois une nécessité plus large : celle de réfléchir au financement durable du cinéma sénégalais. Elle voit dans « Au-delà des mirages » une démonstration du potentiel des professionnels locaux, mais aussi une opportunité de renforcer la place du Sénégal comme terre de tournage et de production audiovisuelle en Afrique.

Le casting, qui rassemble des comédiens sénégalais et plusieurs talents de la sous-région, participe à cette ambition. Parmi les principaux acteurs figurent Amélie Mbaye, Issaka Sawadogo, Roger Sallah, Ramata Cissokho, Abdoul Karim Konaté, Sokhna Fatou Bakhoum dite Linguère Fifi, Dial Thiam, Lamine Cissé, Boucounta Mbaye et Mac Mic. Derrière cette production se trouve également une ambition de circulation.