Près d’une décennie après sa condamnation à mort en Arabie saoudite, le sort de Mbayang Diop mobilise à nouveau la société civile sénégalaise. Réunies au sein d’un collectif, des figures des droits humains, des intellectuels et des associations ont lancé un appel solennel en faveur d’une mesure de clémence.
Quoi de mieux que la Journée mondiale contre la peine de mort pour évoquer le dossier Mbayang Diop, la tragique histoire de cette Sénégalaise dans le couloir de la mort saoudien depuis maintenant une décennie ? C’est donc sous le signe de l’humilité que les organisations engagées ont abordé cette affaire judiciaire. Sans remettre en cause la souveraineté des lois saoudiennes, la démarche s’adresse avant tout aux consciences afin d’épargner une vie humaine après dix années de détention.
« À la famille de la victime, nous demandons pardon. Aux enfants de la victime, nous demandons, avec toute l’humilité qui sied à une telle démarche, de considérer la situation de cette femme qui, depuis de longues années, vit avec le poids d’une condamnation capitale. Nous ne leur demandons pas d’oublier leur mère. Nous leur demandons seulement, si leur cœur le permet, d’envisager le pardon », a souligné la coordinatrice du mouvement citoyen Rappel à l’ordre, Antigone Diop.
Poursuivant son propos, elle s’est montrée encore plus persuasive : « C’est au nom de cette fraternité, mais aussi au nom des valeurs universelles de compassion, de miséricorde et de clémence, que nous sollicitons respectueusement la grâce royale en faveur de Mbayang Diop, ou toute mesure de clémence permettant d’épargner sa vie. Notre objectif n’est pas l’affrontement, notre objectif n’est pas la polémique : notre objectif est de sauver une vie. »
Au-delà de la sanction pénale, les intervenants ont rappelé les circonstances dramatiques qui ont conduit la jeune Sénégalaise à quitter son pays, soulignant la vulnérabilité de nombreux migrants face aux filières de recrutement clandestin. C’est du moins l’avis de Madjiguene Sarr, qui a porté la voix de l’AJS lors de cette manifestation de soutien.
« Mbayang a d’abord été victime d’un trafiquant de migrants. Toutefois, nous lançons un appel à la solidarité : toutes les organisations de la société civile se sont levées pour apporter notre soutien à Mbayang Diop. Nous nous battons pour le respect de la dignité humaine, la promotion de la dignité humaine et le droit des femmes. »
Face à ce dossier complexe, les personnalités publiques appellent à une implication résolue des institutions nationales et continentales pour accompagner les démarches humanitaires, dans le strict respect du droit saoudien.
« Cette affaire va au-delà de la famille de Mbayang : les autorités sénégalaises doivent agir. Interpellons l’Union africaine ! Au-delà de Mbayang, ce n’est pas normal que les Africains subissent autant de maltraitance à travers le monde. La diplomatie africaine est faible, nous ne nous battons pas assez pour nos ressortissants », estime l’historienne Penda Mbow.
Dans le même esprit, ce fervent défenseur des droits humains se montre catégorique. Selon le président d’Afrikajom Center, Alioune Tine, les plus hautes autorités du pays doivent prendre ce dossier à bras-le-corps.
« Seul le Président peut sauver Mbayang en interpellant directement le Roi. Qu’il ne délègue cette affaire à personne. D’abord, respectons les lois saoudiennes. Que l’Assemblée nationale se lève aussi, notamment le Président de l’Assemblée nationale. Ce n’est que le lancement : une manifestation grandeur nature doit se faire pour marquer le pas, en impliquant les guides religieux au maximum. »
Pour rappel, en 2017, Mbayang Diop a été condamnée à la peine capitale, reconnue coupable du meurtre de son employeuse saoudienne, alors enceinte. L’échéance de son exécution approchant, la société civile sénégalaise se mobilise pour obtenir sa grâce, misant sur les relations religieuses et diplomatiques entre Dakar et Riyad.