Selon le nouveau rapport phare d’Afrobarometer publié en Août 2026, l’ouverture des Africains à la libre circulation se heurte à celle de la migration. Ce rapport dégage également un constat inattendu, des résultats clés, met en relief l’épineuse question de l’emploi et les tendances en Afrique de l’Ouest sur l’émigration.

« Une majorité d’Africains soutiennent la libre circulation des personnes à travers les frontières, mais beaucoup restent prudents quant à l’immigration dans leurs propres pays », selon le nouveau rapport phare Aperçus africains d’Afrobarometer sur les perspectives africaines.

Si les citoyens sont plutôt ouverts à la présence d’étrangers parmi eux, ils sont partagés à parts égales quant à savoir si les immigrants sont bons ou mauvais pour l’économie nationale, et la majorité préférerait voir moins de demandeurs d’emploi et de réfugiés admis dans leur pays, voire aucun. 

Un constat inattendu se dégage

Selon le rapport, en Afrique, contrairement à d’autres régions, ce sont les personnes les plus instruites, les plus qualifiées et les plus riches qui expriment la plus grande résistance aux immigrants. 

Les résultats du rapport montrent que la proportion d’Africains ayant envisagé d’émigrer a augmenté au cours de la dernière décennie, dépassant largement les niveaux d’intérêt observés dans d’autres régions du monde. 

Il est noté que le désir d’émigrer est le plus fort chez les jeunes et les personnes instruites, et est motivé en grande majorité par des raisons économiques.

Le rapport Aperçus africains 2026, le troisième de la série phare annuelle d’Afrobarometer, s’appuie sur 50.961 entretiens en face à face menés dans 38 pays en 2024/2025. Il examine les points de vue des citoyens sur cinq aspects des relations de l’Afrique avec le monde : le commerce, les migrations, la compétition entre grandes puissances, la voix mondiale et le changement climatique.

Réseau panafricain et non-partisan de recherche par sondage qui produit des données fiables sur les expériences et appréciations des Africains, relatives à la démocratie, à la gouvernance et à la qualité de vie, Afrobarometer et ses partenaires nationaux réalisent des entretiens en face à face dans la langue de choix du répondant avec des échantillons représentatifs au niveau national qui produisent des résultats nationaux avec des marges d’erreur de +/-2 à +/-3 points de pourcentage à un taux de confiance de 95%.

Des résultats clés

La majorité (56%) des Africains estiment que les habitants de leur région devraient pouvoir circuler librement à travers les frontières internationales, tandis que 40% préfèrent que leurs gouvernements limitent les déplacements transfrontaliers afin de protéger l’accès des citoyens à l’emploi et aux opportunités.

Seuls un sur quatre citoyens (23%) déclarent qu’il est « facile » ou « très facile » de franchir les frontières pour travailler ou commercer, contre 63% qui le décrivent comme difficile.

Les trois quarts (77%) des répondants disent qu’ils aimeraient ou n’auraient rien contre le fait d’avoir des immigrants ou des travailleurs étrangers comme voisins.

Toutefois, les citoyens sont divisés sur la question de savoir si les immigrants sont bons (45%) ou mauvais (44%) pour l’économie de leur pays.

L’épineuse question de l’emploi

Selon le rapport, la majorité des Africains préféreraient voir moins de demandeurs d’emploi (64%) et de réfugiés (70%) admis dans leur pays. 

Sur la base de ces résultats, un niveau d’éducation plus élevé sur le continent est associé à un moindre soutien à l’acceptation de travailleurs étrangers. De même, les travailleurs hautement qualifiés sont moins susceptibles d’afficher des attitudes favorables que leurs homologues moins qualifiés.

À noter que près de la moitié (45%) des Africains ont envisagé d’émigrer, dont 25% qui disent y avoir beaucoup pensé selon le document consulté par Dialogue Migration.

La tendance en Afrique de l’Ouest

Les Africains de l’Ouest (34%) sont plus de deux fois plus susceptibles que les Africains de l’Est et du Nord (16% chacun) d’avoir sérieusement envisagé d’émigrer.

À travers 31 pays où cette question a également été posée lors du Round 7 (2016/2018), la proportion de personnes envisageant « beaucoup » l’émigration a augmenté de 7 points de pourcentage, passant de 18% à 25%.

Cette proportion est particulièrement élevée chez les jeunes (32% des 18-35 ans) et les citoyens les plus instruits (31%).

La moitié (50%) des émigrants potentiels (ceux qui y ont pensé au moins « un peu ») disent qu’ils partiraient à la recherche d’un travail, et 29% partiraient pour échapper aux difficultés économiques.

Parmi les émigrants potentiels, environ un sur cinq déclarent vouloir s’installer dans la sous-région (17%) ou ailleurs en Afrique (5%). Environ un tiers (32%) opteraient pour l’Europe, suivie de près par l’Amérique du Nord (28%).

À travers 31 pays où la question a également été posée en 2016/2018, la proportion de personnes préférant déménager dans un autre pays africain est passée de 36% à 26%.