Les avancées en faveur des droits des femmes sont régulièrement saluées, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée chaque 8 mars. Cependant, la situation des femmes migrantes reste encore insuffisamment prise en compte dans les politiques publiques et les mécanismes de protection. 

La migration ne peut être pensée sans prendre en compte les besoins spécifiques des femmes. « Protéger une femme migrante, c’est protéger l’humanité en mouvement ». Cette formule, désormais largement reprise par les organisations humanitaires, féministes et les institutions engagées dans la défense des droits humains, résume une réalité incontournable.

En Afrique de l’Ouest, où les mouvements de population constituent une réalité historique et économique, protéger les femmes migrantes revient à protéger des millions de parcours de vie, de familles et de communautés.

Selon les données des Nations unies (UN DESA, 2024), les femmes représentent près de 44 % des personnes migrantes en Afrique de l’Ouest. Elles quittent leur pays pour diverses raisons : rechercher un emploi, poursuivre des études, rejoindre leur famille, fuir l’insécurité ou encore faire face aux effets des changements climatiques. Derrière chaque départ se cache souvent une volonté d’améliorer les conditions de vie de leurs proches.

Du Bénin au Togo, du Ghana au Nigeria, en passant par la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, la Mauritanie, le Mali ou encore le Niger, des milliers de femmes empruntent chaque année les routes migratoires régionales ou internationales. Nombre d’entre elles participent activement au commerce transfrontalier, aux services, à l’agriculture ou aux activités informelles qui soutiennent les économies locales.

Pourtant, leur contribution reste souvent invisible alors même qu’elles sont confrontées à des risques plus importants que les hommes.

Des parcours migratoires et des vulnérabilités spécifiques

Le parcours migratoire féminin est souvent jalonné de difficultés particulières. Les violences basées sur le genre constituent l’une des principales menaces auxquelles les femmes migrantes sont exposées. Violences sexuelles, harcèlement, exploitation économique, traite des êtres humains ou encore mariages forcés figurent parmi les dangers recensés tout au long des routes migratoires.

Dans les pays du Sahel comme le Mali ou le Niger, où les crises sécuritaires fragilisent davantage les populations, les femmes migrantes se retrouvent parfois prises au piège de réseaux criminels ou contraintes d’emprunter des itinéraires particulièrement dangereux.

Celles qui poursuivent leur route vers le Maghreb, le Moyen-Orient ou l’Europe affrontent souvent de nouvelles formes de précarité. Certaines deviennent dépendantes de leur employeur ou de leur conjoint pour leur statut administratif, ce qui peut limiter leur capacité à dénoncer des abus ou à quitter des situations de violence.

Même au sein de l’espace de libre circulation de la CEDEAO, où les déplacements sont facilités, les femmes rencontrent encore des difficultés d’accès à l’information, aux services de santé, à la justice ou aux mécanismes de protection sociale.

À ces obstacles s’ajoutent l’isolement, les barrières linguistiques, les discriminations et parfois la méconnaissance de leurs propres droits.

Une responsabilité collective pour les États d’Afrique de l’Ouest

Face à ces défis, les pays d’Afrique de l’Ouest disposent déjà de plusieurs instruments juridiques et politiques pour renforcer la protection des femmes migrantes, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), le Protocole de Maputo sur les droits des femmes en Afrique et la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique (Convention de Kampala). Toutefois, encore faut-il que ces textes soient pleinement appliqués et mieux connus des populations.

Le Bénin, par exemple, multiplie les initiatives de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et le renforcement de l’accès des femmes aux mécanismes de protection. Des organisations nationales et internationales y accompagnent les femmes migrantes afin qu’elles connaissent leurs droits, les services disponibles et les recours existants.

Le Ghana et la Côte d’Ivoire développent également des programmes de prévention de la traite des personnes, tandis que le Sénégal poursuit des actions de réinsertion en faveur des migrantes de retour. Au Nigeria, plusieurs dispositifs visent à lutter contre les réseaux de traite qui exploitent particulièrement les jeunes femmes.

Dans les pays confrontés à des crises sécuritaires, notamment le Mali et le Niger, les interventions humanitaires accordent une place croissante à la protection des femmes déplacées et migrantes.

Ces efforts gagneraient toutefois à être davantage coordonnés à l’échelle régionale afin d’assurer une protection continue tout au long des parcours migratoires.

Informer, protéger et autonomiser

La protection des femmes migrantes ne se limite pas aux réponses d’urgence. Elle repose avant tout sur l’information et la prévention.

Informer les femmes sur le cadre réglementaire applicable, les procédures administratives, les risques liés à la migration irrégulière et les dispositifs de protection existants constitue une première étape essentielle.

Il est également indispensable de renforcer leurs capacités à identifier, prévenir et signaler les violences basées sur le genre. L’accès à une assistance juridique, à des services de santé, à un accompagnement psychosocial ainsi qu’à des mécanismes de plainte accessibles demeure une priorité.

Les associations communautaires, les organisations de femmes, les autorités locales et les partenaires internationaux jouent un rôle déterminant dans cette démarche. Leur proximité avec les communautés favorise une meilleure diffusion de l’information et contribue à restaurer la confiance des victimes.

Parallèlement, l’autonomisation économique des femmes reste un levier majeur de protection. Des formations professionnelles, un meilleur accès au financement et l’accompagnement à l’entrepreneuriat peuvent réduire leur vulnérabilité face aux réseaux d’exploitation.

Garantir une migration choisie, sûre et digne

Protéger les femmes migrantes, c’est reconnaître leur contribution au développement économique et social de leurs pays d’origine comme de leurs pays d’accueil. C’est également affirmer que leurs droits ne s’arrêtent pas aux frontières.

Garantir leur sécurité, leur accès à la justice et leur dignité tout au long de leur parcours migratoire constitue un impératif pour les États, les organisations internationales et l’ensemble des acteurs de la société civile.

Car derrière chaque femme migrante se trouvent une famille, des enfants, une communauté et souvent un projet de vie porteur d’espoir.

En Afrique de l’Ouest, où la mobilité est au cœur de l’intégration régionale, renforcer les mécanismes de protection des femmes migrantes permettra de faire de la migration un choix éclairé plutôt qu’une succession de risques. Protéger une femme migrante, c’est finalement protéger bien plus qu’une personne : c’est préserver l’humanité en mouvement, dans toute sa dignité, sa résilience et son avenir.