Après ces multiples tentatives, la frustration et la prise de conscience l’amènent à changer de cap : « après tous ces échecs, j’ai décidé de ne plus tenter l’aventure et de me concentrer sur mon métier, le métier de mareyeur, que je connais bien », explique le jeune homme, qui a désormais la trentaine. Mais c’est aussi à ce moment-là, en 2019, qu’il décide d’agir différemment. Fort de son expérience personnelle, Sidy Daffé devient « ambassadeur de la non-migration irrégulière à Joal-Fadiouth et environs ». Son objectif : sensibiliser les jeunes et leurs familles aux dangers de cette migration clandestine. Il veut briser le silence, déconstruire les illusions, et surtout, sauver des vies. Son vécu, ses échecs répétés, et sa volonté farouche de changer le destin de sa communauté font de lui un acteur engagé, déterminé à lutter contre un phénomène qui, selon lui, coûte des vies et détruit des familles.
Son combat, il le mène sur le terrain, avec passion et sans relâche. Il dispose aujourd’hui d’une chaîne youtube dédiée à la sensibilisation, mais aussi d’un réseau où il rencontre familles endeuillées, recherchant des migrants disparus, partageant des histoires pour alerter. Selon lui, son engagement lui coûte parfois, car « la migration clandestine est devenue un véritable business, alimenté par ceux qui voient dans cette marche vers l’Europe une opportunité financière ». Sidy Daffé considère que ces actions ont un impact sur le terrain. Malgré la critique, Sidy persiste. Il sait que son combat est crucial. Selon lui, beaucoup de jeunes sénégalais se lancent dans l’aventure en oubliant la réalité des risques, souvent au prix de leur vie ou de leur santé mentale. Pour Sidy Daffé, le défi est clair : « préserver la jeunesse, leur apprendre à rester chez eux et à valoriser leur pays »