Un paradoxe que les chiffres confirment
Depuis plusieurs années, un constat s’impose dans les rapports des grandes organisations internationales : fermer les portes ne stoppe pas la migration. Cela la rend simplement plus mortelle. Restreindre la migration n’empêche pas les gens de se déplacer. Cela les pousse souvent vers des itinéraires plus dangereux. Aucune restriction ne peut empêcher aux humains de se mouvoir d’autant plus que le fait d’aller et de revenir est un acte naturel. Comme quoi on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop, selon l’adage populaire. C’est la conclusion centrale du Rapport sur la migration dans le monde 2026, publié par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à l’occasion du Forum d’examen de la migration internationale à New York, en mai 2026.
304 millions de personnes en mouvement
La migration est d’abord un fait de société massif. À la mi-2024, on estimait à 304 millions le nombre de migrants internationaux, soit environ 3,7 % de la population mondiale. Le nombre de travailleurs migrants a également augmenté de manière significative, progressant de plus de 30 millions entre 2013 et 2022. Ces hommes et ces femmes ne fuient pas uniquement des conflits : ils cherchent du travail, de la sécurité, un avenir meilleur. Ces travailleurs ont des compétences indispensables dans certains secteurs essentiels et permettent à des communautés dans le monde entier de vivre. En effet, les migrants dynamisent les économies, en travaillant dans les hôpitaux, dans l’agriculture et dans les petites entreprises qu’ils ont créées, a fait savoir United Nations Office at GenevaOID.
Un moteur économique mondial sous-estimé
L’un des apports les plus concrets et pourtant les moins médiatisés de la migration, ce sont les envois de fonds. Les envois de fonds devraient atteindre 905 milliards de dollars en 2024, dont 685 milliards à destination des pays à revenu faible ou intermédiaire. Ces flux dépassent le montant cumulé de l’aide publique au développement et des investissements directs étrangers, a estimé Dialogue Migration.
Pour de nombreux pays en développement, cet argent est une véritable bouée de sauvetage. Ces fonds aident leurs familles à couvrir des besoins essentiels tels que la nourriture, l’éducation et les soins médicaux. En Afrique, par exemple, les envois de fonds vers le continent ont atteint environ 100 milliards de dollars en 2022, soit près de 6 % du PIB, surpassant largement l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers, rapporte United Nations Office at Geneva + 2.
Des routes qui évoluent mais des risques qui persistent
Face au durcissement des politiques, les migrants n’arrêtent pas de partir. Ils changent d’itinéraire mais aussi de stratégie. Et ces nouveaux itinéraires sont souvent bien plus dangereux. Près de 8 000 migrants ont été déclarés morts ou portés disparus dans le monde en 2025, portant le total depuis 2014 à plus de 82 000. Selon les estimations, au moins 340 000 membres de famille auraient été directement touchés. Malgré une baisse des arrivées dans certaines régions, les données révèlent que les routes migratoires évoluent plutôt que de voir leur fréquentation diminuer, les risques demeurant élevés le long d’itinéraires de plus en plus dangereux.
En Méditerranée notamment, la restriction croissante des informations relatives aux opérations de recherche et de sauvetage sur les routes maritimes vers l’Europe a empêché la vérification d’un nombre exceptionnellement élevé de cas. Au cours des deux premiers mois de 2026, 606 décès avaient déjà été enregistrés, selon International Organization for Migration.
Dans les Balkans, le même mécanisme est à l’œuvre. Alors que les politiques frontalières de l’Union européenne deviennent de plus en plus restrictives, les migrants empruntent des itinéraires toujours plus dangereux, contrôlés par des réseaux de trafic toujours plus sophistiqués. Les passeurs sont ainsi les premiers bénéficiaires des politiques de fermeture, relate Monde en mouvement.
Des déplacements forcés à des niveaux historiques
La migration volontaire n’est qu’une partie du tableau. Fin 2024, plus de 120 millions de personnes étaient déplacées à travers le monde, parmi lesquelles des réfugiés, des demandeurs d’asile et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. 83,4 millions d’individus étaient déplacées à l’intérieur de leur propre pays, le chiffre le plus élevé jamais enregistré. La plupart des déplacements sont provoqués par une combinaison de conflits, de pressions environnementales et de vulnérabilités structurelles, détaille United Nations Office at Geneva.
Un accès inégal aux voies légales. L’un des angles morts des débats politiques est l’inégalité d’accès aux canaux de migration réguliers. Davantage de voies de migration sont disponibles dans les pays à revenu élevé, tandis que les options restent limitées dans les contextes à faible revenu. Autrement dit, ceux qui ont le plus besoin de migrer sont précisément ceux qui ont le moins accès aux voies sûres. Cette réalité structurelle alimente mécaniquement les migrations irrégulières et le recours aux réseaux de passeurs, a indiqué United Nations Office at Geneva.
La coopération internationale, seule voie de sortie
Face à ce constat, l’OIM plaide pour une gestion plus efficace et plus humaine de la mobilité humaine. Elle appelle à l’adoption de mesures concrètes pour pérenniser les bénéfices de la migration, notamment l’élargissement des voies sûres, la réduction des coûts des envois de fonds, le soutien à la mobilité des compétences et le renforcement de la coopération régionale. Amy Pope, Directrice générale de l’OIM, résume cette vision : si les pays ont le droit de définir leurs propres politiques migratoires, la coopération aux niveaux régional et mondial permet d’obtenir des résultats plus sûrs et plus probants, a conclu United Nations Office at Geneva.