On en parle peu, voire très peu. En tout cas, ce ne sont pas les transferts de capitaux qui font la Une de l’actualité sur la migration. Bien au contraire. Ce sont plutôt les images traumatisantes et macabres de migrants à la recherche d’une vie meilleure qui intéressent les médias, avec des titres à scandale destinés à mieux vendre. Et pourtant, la diaspora africaine accomplit des merveilles en envoyant des sommes considérables qui contribuent au développement économique de leurs pays d’origine, sans oublier celui des pays d’accueil.

La diaspora africaine, à travers les transferts de fonds vers le continent, se positionne comme un levier incontournable de développement, tant les montants transférés dans certains pays dépassent largement l’aide publique au développement.

Dans cet entretien accordé à Dialogue Migration, Sebastiane Ebatamehi dresse un tour d’horizon de l’apport des transferts de fonds au développement et à la réduction de la pauvreté. Il se montre confiant quant au rôle de la diaspora africaine, qu’il considère comme une force majeure du développement, tout en soulignant des perspectives très prometteuses pour la décennie à venir.

Sebastiane Ebatamehi est un analyste nigérian spécialisé dans les tendances économiques, les flux d’investissement et les écosystèmes entrepreneuriaux africains. Il transforme les évolutions complexes des politiques publiques et des marchés en analyses concrètes.

« Les transferts de fonds constituent l’un des flux financiers extérieurs les plus stables et les plus importants pour l’Afrique », affirme d’emblée Sebastiane Ebatamehi, se voulant rassurant quant au potentiel de développement que ces transferts peuvent stimuler. Les montants sont colossaux et, s’ils sont bien investis, ils pourraient profiter à un grand nombre de citoyens. L’analyste nigérian indique que le continent africain a reçu plus de 95 milliards de dollars rien qu’en 2024, un montant presque équivalent au total des investissements directs étrangers (IDE).

Ces transferts permettent aux ménages, souligne Ebatamehi, de maintenir leur consommation en période de crise économique. Si la plupart des fonds sont destinés aux besoins immédiats, poursuit-il, ils peuvent également stimuler le développement lorsqu’ils sont orientés vers les petites entreprises, l’éducation, le logement ou encore les obligations de la diaspora. C’est notamment le cas dans des pays comme le Maroc et l’Égypte, qui intègrent le financement de la diaspora dans leurs stratégies nationales de développement.

Même lorsque ces fonds sont utilisés pour la consommation immédiate des familles, l’analyste estime qu’ils contribuent à réduire la vulnérabilité et à améliorer la mobilité sociale sur le long terme. « Ils permettent aux familles de couvrir leurs dépenses alimentaires, leur loyer, les soins de santé et la scolarité, évitant ainsi la vente de biens ou le surendettement », explique Sebastiane Ebatamehi.

Le financement de l’éducation et des soins de santé accroît également le potentiel de revenus futurs, tandis que les dépenses liées au logement ou aux services locaux génèrent des effets multiplicateurs sur les économies locales. Au fil du temps, ces transferts contribuent ainsi au développement du capital humain et à la résilience économique, aidant progressivement les familles à sortir de la pauvreté.

Comme beaucoup d’observateurs africains, et au regard des montants transférés chaque année vers le continent, Ebatamehi estime « absolument » que la diaspora africaine est un moteur majeur du développement. Et ce, non seulement grâce aux transferts de fonds, mais aussi grâce au transfert de connaissances et à l’entrepreneuriat.

« Sur le plan financier, ces transferts rivalisent avec l’aide au développement, voire la dépassent dans de nombreux pays. Par exemple, le Nigéria a reçu 19,5 milliards de dollars en 2023 », précise-t-il.

Selon lui, les professionnels de la diaspora apportent également à leurs pays d’origine leur expertise technique, leurs réseaux et leurs compétences en gestion. Nombre d’entre eux investissent dans des start-ups, notamment dans les technologies financières et les services numériques, reliant ainsi les marchés africains aux écosystèmes mondiaux de capitaux et d’innovation.

À en croire Ebatamehi, l’avenir s’annonce prometteur pour l’Afrique en matière de transferts de fonds. « Les transferts de fonds devraient atteindre 120 à 150 milliards de dollars par an au cours de la prochaine décennie, sous l’effet de la croissance des diasporas, du développement des infrastructures de transfert numérique et de la dépendance économique persistante de l’Afrique aux revenus étrangers », explique-t-il.Ces envois de fonds devraient également être facilités par la baisse des coûts de transaction et par le renforcement des réseaux migratoires. « Les transferts de fonds resteront un flux financier résilient et centré sur les populations, surpassant l’aide étrangère et rivalisant avec les investissements directs étrangers comme source de financement externe la plus stable pour l’Afrique », conclut-il.