À compter du 1ᵉʳ janvier 2027, le Tchad entend supprimer l’obligation de visa pour les ressortissants africains. Cette décision officialisée par le président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno à l’ouverture du Forum africain de l’eau à N’Djaména, est présentée comme un acte de « solidarité africaine » et une contribution à l’intégration du continent. Elle soulève aussi des questions liées à la sécurité, à la diplomatie et à la gouvernance des mobilités. Dans ce nouveau podcast de Dialogue Migration, le politologue et chercheur Yamingué Betimbaye décrypte les enjeux de cette réforme et ses implications pour le Tchad et le continent africain.
Situé au cœur du continent, frontalier du Cameroun, du Nigeria, du Niger, de la Libye, du Soudan et de la République centrafricaine, le Tchad est souvent présenté comme un pays au cœur des crises humanitaires régionales et accueillant plus d’un million de réfugiés. Pourtant, cette nouvelle politique rappelle qu’il est aussi un espace de circulation permanente où commerçants, éleveurs transhumants, étudiants, chercheurs, transporteurs et travailleurs humanitaires franchissent quotidiennement les frontières.
L’annonce rompt ainsi avec un cliché largement répandu selon lequel la continuité de mobilité ferait nécessairement place à l’insécurité. Elle s’inscrit au contraire dans la logique de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui considèrent la libre circulation des personnes comme un moteur de l’intégration économique au même titre que la circulation des biens et des capitaux.
A travers cette décision, le Tchad rejoint ainsi un groupe encore restreint de pays africains qui ont choisi d’ouvrir totalement leurs frontières aux citoyens du continent, aux côtés du Bénin, de la Gambie, du Rwanda, des Seychelles et du Ghana. La République du Congo prévoit également d’appliquer une mesure similaire à partir du 1er janvier 2027, tandis que le Kenya, le Togo et le Burkina Faso ont récemment facilité l’entrée des ressortissants africains. Si ces réformes entrent en vigueur comme prévu, une dizaine d’États africains offriront une exemption totale de visa dès 2027.