
Des secteurs d’activités comme celui du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) sont au cœur du développement des nations. Au Bénin, la réalisation d’un des projets phares qui permet de redorer le blason de la capitale économique du Bénin et certaines villes, est porté par plusieurs mains.
Ce matin de décembre 2025, à Adjagbo dans la périphérie de Cotonou la brume matinale se dissipait à peine que les bruits des engins des BTP se font entendre. Au loin, on aperçoit des mouvements de grues qui disposent des paquets de pavés préfabriqués devant être acheminés vers des chantiers de constructions de route. Avant d’arriver sur les lieux sur une distance d’environ 5Km on aperçoit quatre différentes bases opérationnelles d’entreprises de BTP, et une dizaine d’entrepôts.
Quelques mots échangés avec des ouvriers permettent de distinguer une entreprise nigériane, une béninoise, une togolaise et une chinoise. Le long de cet axe traversé par une voie latéritique, les échanges et les accents de certains des ouvriers trahissent leurs origines. Cependant la réalité reste tout autre.
« Ici c’est une entreprise Togolaise mais, il n’y a pas que des Togolais qui travaillent ici. Certains ouvriers sont Togolais et d’autres des Béninois. Mais nos responsables sont de différents pays, il y a des Sénégalais, des Maliens … », dit Kossivi, membre d’un trio s’acheminant vers leur base, casque vissé sur la tête et gilet enfilé.
Au niveau des grues qui font la manutention, il s’agit d’une société chinoise. Cependant les machinistes sont des Béninois. L’un des responsables de la base opérationnelle rencontré qui coordonne les opérations est un Béninois. Là également la diversité des employés, de divers horizons, est établie. « La majorité des gens qui travaillent sur les chantiers sont de divers pays de la sous régions. Il y a aussi des asiatiques », indique Edouard, un jeune machiniste faisant la manutention.
Opportunités de développement et de transfert de compétences
Les bases spécialisées dans la préfabrication des ouvrages des matériaux de construction de route représentent un maillon important de la « cheville ouvrière » du projet Asphaltage. Une initiative majeure du gouvernement béninois, sous l’impulsion du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) 2021–2026, visant à moderniser des villes en réhabilitant et aménageant les voiries urbaines à travers le bitumage et le pavage, pour améliorer la circulation, réduire la pollution et stimuler le développement économique.
Il couvre des villes comme Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Parakou, et bien d’autres, incluant des infrastructures connexes comme l’éclairage solaire, les caniveaux, les espaces verts…
Les entreprises intervenant sur le projet Asphaltage au Bénin sont internationales et locales. La cohabitation d’ouvriers et spécialistes de divers horizons qui travaillent ensemble ne laisse pas indifférent Edouard. « Travailler avec des personnes de divers horizons nous apporte des connaissances qui vont s’ajouter à notre savoir-faire », soutient-il. Arguant qu’avec ce brassage, au départ des non-nationaux, ils pourront également mettre en pratique les compétences acquises. De la mécanique des engins lourds, à l’usage d’engins spécifiques comme ceux servant à la manutention, tout comme à poser le bitume et autres, les spécialistes de pointe dans ce secteur sont objet de convoitise.
Un contexte qui rassure ce jeune Béninois d’une vingtaine d’années, convaincu des avantages que peut offrir cette cohabitation professionnelle entre Béninois, Togolais, Nigérians, Marocains, Chinois et autres, notamment en termes de partage d’expérience et de transfert de compétences.
Des défis socio-économiques
Le secteur du BTP est présenté comme un secteur d’excellence de mobilité des travailleurs au Bénin et sur le continent. Qu’il s’agisse de réhabilitation, de bitumage ou de nouvelles constructions, il mobilise une main d’œuvre importante qui provient à la fois des populations locales et de travailleurs provenant de l’intérieur du pays ou de la sous-région.
Cette dynamique de mobilité pour l’emploi illustre l’importance croissante du secteur des infrastructures routières dans le marché du travail béninois et ouest-africain. L’ampleur des travaux entraîne une demande accrue de main-d’œuvre.
Bien que les statistiques nationales détaillées sur la migration de travailleurs vers les chantiers routiers manquent encore, notamment en raison de la rareté de données sectorielles spécifiques, il s’observe des phénomènes de mobilité professionnelle liés à ces travaux. Ces chantiers routiers attirent des ouvriers qualifiés et non qualifiés, souvent en provenance de zones rurales ou de pays voisins, notamment dans le cadre des marchés adjudicataires aux grandes entreprises locales et internationales.
Pour beaucoup de jeunes ouvriers, ces chantiers représentent une forme de migration temporaire ou circulaire, où ils quittent temporairement leur milieu d’origine pour travailler sur des projets d’infrastructures dans d’autres régions du pays ou à l’étranger.
Ce type de mobilité est reconnu comme une forme répandue de migration saisonnière ou professionnelle bien que difficile à mesurer précisément au Bénin, faute de données sectorielles dédiées.
Les chantiers routiers créent des emplois directs et indirects : ouvriers sur le terrain, conducteurs d’engins, logistique, restauration et approvisionnement des zones de travaux. Cela stimule l’économie locale des régions où les chantiers sont implantés, notamment via les activités commerciales et de services qui se développent autour des sites.
Des dispositions régionales à la rescousse
Au niveau régional, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) estime que des millions de travailleurs migrent à l’intérieur de la région pour des opportunités d’emploi, dont une part notable dans la construction et les services.
Cependant, cette migration vers les chantiers n’est pas sans défis. Les conditions de travail et la protection sociale sont mises à l’index. De nombreux travailleurs migrants opèrent dans l’économie informelle, avec une faible protection sociale et un accès limité aux services de santé ou à des conditions de travail sécurisées, un phénomène documenté à l’échelle régionale dans les secteurs comme la construction.
Par ailleurs, face à ces enjeux, des initiatives régionales tentent d’harmoniser les politiques migratoires et la mobilité professionnelle. La CEDEAO a validé une Stratégie de migration de travail pour renforcer la mobilité sécurisée et la protection des droits des travailleurs migrants dans la sous-région, incluant les travailleurs du Bénin. Pour les experts, une meilleure collecte de données sur les flux de travailleurs liés aux chantiers d’infrastructures, ainsi que des cadres politiques qui intègrent la migration professionnelle dans la planification des projets publics, permettraient de maximiser les retombées économiques tout en protégeant les travailleurs.