
La mobilité saisonnière de certaines communautés de la sous-région ouest-africaine répond à une dynamique. Une réalité bénéfique tant aux pays de départs qu’à ceux d’accueil, loin des appréhensions.
Depuis quelques semaines, les usagers de ce maquis-bar situé dans les périphéries de Cotonou ne voient plus le vendeur de “Tchatchanga”, grillade de viande de poulet, de mouton ou de bœuf, accompagnée de piment et autres assaisonnements pour agrémenter leurs soirées.
Ce soir-là, contre toute attente, ils voient un jeune, attiser la braise et étaler la viande sur le four. A leur inquiétude de savoir où est passé le vendeur qui avait l’habitude de les servir, on leur annonce qu’il est parti. Le jeune homme le remplacera jusqu’à son retour.
Tout comme ce vendeur qui s’est fait relayer par un jeune venu du Niger, bon nombre de ses compatriotes opèrent dans le petit commerce à Cotonou et environs, ou sur l’ensemble du territoire béninois, avec un mode opératoire similaire.
Quête de ressources pour booster la production agricole au pays
Au centre du Bénin, ce sont des vendeurs ambulants de tissus et autres habits souvent à moto qui parcourent des hameaux et différents marchés. Courant août-septembre-octobre, bon nombre d’entre eux repartent dans leur pays, où se trouvent leurs familles pour produire dans leurs champs.
Mariam Adjibola loue certaines de ses habitations à des ressortissants du Niger. Dans son village elle a la réputation comme bien d’autres d’être leur « propriétaire de maison ». « Chaque année, ils retournent chez eux pour faire le champ. Après la production, ils reviennent en fonction de leurs activités », dit-elle à Dialogue Migration.
Tenancier d’un kiosque de vente de vêtement et autres accessoires dans un centre commercial majoritairement tenu par des Nigériens dans la périphérie de Cotonou, « Bientôt mon frère viendra, et moi je vais partir », dit Inoussa.
Rencontrés au cœur de Cotonou non loin de la place de l’Etoile rouge, ce matin-là dans les encablures d’une mosquée ou chaque matin, des marchands emballent leurs affaires avant l’entame de leur journée, « J’irai bientôt à Lomé au Togo et après je vais continuer sur le Niger. Nous sommes des producteurs, on vient ici juste pour chercher un peu d’argent », dit Habib.
Effet du climat et quête d’opportunités économiques
Le climat sahélien offrant une courte saison pluvieuse et une longue saison sèche, cette dernière est mise à profit pour des activités économiques au Bénin et d’autres pays voisins comme le Togo, ou la Côte d’Ivoire. A travers des activités diverses ou dans un secteur bien défini, des ressortissants du sahel viennent fructifier leur ressources et retourner au pays, pour la production agricole. Une période pendant laquelle certains, en fonction de leurs économies, contractent le mariage.
« Certains font quatre ou six mois et retournent dans leur village. D’autres viennent avec du bétail et certains juste pour travailler. Tout dépend du travail trouvé grâce à son patron, son grand frère, ou son oncle. D’autres font le gardiennage, et après ils retournent pour aller faire les travaux champêtres, généralement, la production de produits vivriers et autres. Nous avons deux saisons et c’est pendant la saison sèche qu’ils viennent travailler, et retourner pendant la saison des pluies à compter des mois d’août, septembre », dit à Dialogue Migration Abdourazack, un jeune Burkinabé, rencontré dans un centre commercial de vente de bétails ou se côtoient Nigériens, Burkinabés, Maliens et autres.
Au Sahel, la saison des pluies dure environ 3 à 5 mois, généralement de juin à septembre ou octobre, tandis que la longue saison sèche s’étend sur 7 à 9 mois, d’octobre à mai ou juin, caractérisée par des températures très élevées et une faible humidité.
Dynamiques agro-économique et sociologique
Cotonou est l’une des destinations de l’oignon, l’Or rouge du Niger et du bétail en provenance des pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger). La fluctuation du coût de ces produits en provenance des pays du Sahel se remarque dans le commerce au Bénin en fonction des saisons. « Actuellement il n’y a pas l’oignon du Niger, c’est pourquoi c’est cher. C’est l’oignon du Bénin qui est sur le marché, la taille et le coût en disent long », dit Béatrice Adjakpa, une productrice d’oignons à Grand-Popo au sud du Bénin. Sur les étales de vente de condiments, la réalité est également palpable.
Situation similaire avec le coût du bétail vendu à Cotonou en provenance des pays du Sahel.
La mobilité dans la sous-région ouest-africaine, notamment entre le Bénin et les pays du Sahel, est au cœur d’une dynamique sociale. Elle permet d’assurer une chaîne de valeur économique et de production agricole qui maintient un équilibre et une interdépendance entre les communautés des deux pays.
« Si on prend le cas du Niger et du Bénin, la fermeture des frontières impacte fortement sur les activités des populations, y compris les activités agricoles obligeant à passer par des voies détournées qui peuvent être aussi des sources où les gens sont exploités. Parce qu’il faut payer certains frais pour accéder à d’autres véhicules ou même la marchandise qu’on transporte », dit à Dialogue Migration, Jérôme Wagou, fonctionnaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), au sujet du lien d’interconnexion.
Il indique que les « communautés sont séparées par des frontières imaginaires et vivent de part et d’autre ». Car, certains peuvent avoir leur champ dans un pays et habiter le pays voisin ; ou avoir leurs parents de l’autre côté de la frontière. Les voies de contournement des frontières officielles font que cette réalité n’est pas toujours évaluée, mais relève d’une réalité sociologique.