Chaque présidentielle a son refrain. Chez Éric Zemmour, c’est toujours le même : les étrangers ne sont pas les bienvenus. À l’approche du scrutin de 2027, le voilà de retour, avec une nouveauté qui ne fait pas sourire : « des robots à la place des immigrés ».

La formule glace. Si elle relevait d’une logique économique ou technologique, elle vaudrait pour tous les travailleurs. Or, elle ne vise que les étrangers. Sous le vernis de la modernité se cache une froideur assumée envers celles et ceux qui gagnent dignement leur vie. Entre la chaleur d’un être humain et la froideur d’une machine, Zemmour a choisi la machine.

Ses propos visent deux cibles. D’abord les personnes âgées des Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), à qui l’on proposerait un automate en guise de présence humaine. Ensuite les immigrés eux-mêmes, réduits à une étiquette. Ils travaillent de longues heures, soignent, construisent, font tourner l’économie et veillent sur les Français dans le besoin. Lui n’y voit que des envahisseurs, coupables des malheurs du pays. Rien de surprenant de la part d’un homme condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine ou à la discrimination raciale ou religieuse.

Reste l’ironie de l’histoire. Zemmour est né à Montreuil en 1958, de parents venus d’Algérie, des juifs berbères arabophones installés en métropole en 1952. Son père, Roger Haïm, fut ambulancier, sa mère s’appelait Lucette Lévy. Le fils d’immigrés s’en prend aujourd’hui à ceux qui empruntent le chemin de ses parents. Et si la France leur avait fermé sa porte ? Aurait-il seulement pu naître ici, lui qui prétend désormais décider qui a le droit d’y rester ? L’amnésie est bien commode.

Élection après élection, il pousse le curseur : expulser les chômeurs étrangers, les délinquants, les détenus. Personne n’est épargné. Il va jusqu’à soutenir qu’« on ne peut pas être français avec un prénom musulman ». Faut-il rappeler que la France est plurielle ?

Alors allez-y, chassez-les. Mais n’oubliez pas l’équipe de France de football. Dites-nous combien de temps tiendront vos hôpitaux. Expliquez-nous qui fera fonctionner vos maisons de retraite et vos chantiers.

Et parmi ceux qu’il voudrait renvoyer « chez lui », combien sont africains, petits-enfants et enfants de soldats qui ont versé leur sang pour sauver la France ? Leurs aînés ont planté et arrosé l’arbre ; leurs descendants n’auraient plus le droit d’en goûter les fruits ? Quelle ingratitude.

Zemmour devra s’y faire : ces gens-là comptent rester, et pour longtemps. Souhaitons que son ambition reste aux portes de l’Élysée. Pour la France, et pour l’humanité.