Chaque année, des centaines d’étudiants internationaux franchissent les frontières avec des rêves plein les sacs et des diplômes en ligne de mire. Pourtant, selon le mot qu’on emploie pour les désigner, leur image peut basculer d’un symbole de savoir à une figure de soupçon. 

Que ce soit dans un autre État de la sous-région ou ailleurs dans le monde, officiellement, ils sont appelés étudiants internationaux ou étudiants étrangers, des termes reconnus par les institutions universitaires et les organisations internationales comme l’UNESCO ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

Pourtant, dans le débat public, notamment sur les réseaux sociaux, ces jeunes sont parfois assimilés à des migrants, un mot chargé d’images souvent négatives : précarité, errance, irrégularité. Un amalgame que dénonce régulièrement Dialogue Migration, qui rappelle que la migration recouvre des réalités multiples, allant du travail à la formation.

Selon l’UNESCO, la mobilité étudiante internationale constitue avant tout un levier de coopération académique et de développement des compétences. Elle repose sur des cadres légaux précis : visas d’études, conventions universitaires, accords bilatéraux. Rien à voir avec l’image du départ forcé ou de l’exil subi souvent associée au terme « migrant » dans l’opinion. 

Les mots façonnent l’intégration

Nommer, ce n’est jamais neutre. Le langage structure le regard social. Dire « migrant » là où il faut dire « étudiant international » ou « citoyen communautaire » pour des ressortissant de la CEDEAO, c’est déplacer le débat du droit vers la peur.

Les jeunes qui quittent le Niger pour étudier au Bénin, le Burkina Faso pour le Sénégal ou la Guinée pour le Ghana etc, ne sont pas en situation d’exil. Ils participent à ce que l’UNESCO définit comme la mobilité académique internationale, un levier majeur de coopération et de développement des compétences.

Les appeler « migrants », c’est importer dans les débats les peurs construites ailleurs. Des peurs largement nourries par les récits occidentaux sur la migration, analysés régulièrement par des médias comme Dialogue Migration.

Mieux, l’Afrique de l’Ouest n’est pas une frontière de crise. C’est un espace de circulation historique. 

Mal nommer, ce n’est pas seulement se tromper. C’est participer à la stigmatisation. C’est nourrir les amalgames. C’est préparer parfois le rejet.

Dans un continent africain où les universités accueillent de plus en plus d’étudiants venus de la sous-région, persister à employer des mots inappropriés revient à affaiblir un outil majeur d’intégration régionale.

Dire « étudiant étranger » ou « étudiant international », ce n’est pas édulcorer la réalité. C’est la décrire correctement.

Le débat sur la migration est légitime. Mais l’y mêler systématiquement, au mépris des faits, relève moins de l’analyse que de l’idéologie.

À force de tout confondre, on finit par perdre de vue l’essentiel : ces jeunes ne fuient pas, ils apprennent. Et apprendre ailleurs ne devrait jamais être un motif de suspicion.