La confusion s’installe rapidement autour de la situation des non-nationaux dans un pays tiers. Dans le contexte actuel, marqué par un narratif souvent négatif sur la migration, ces personnes ne sont plus systématiquement accueillies à bras ouverts. Cela se reflète même dans le vocabulaire employé pour les désigner, y compris lorsqu’il s’agit d’étudiants.

Chaque année, des milliers de jeunes traversent les frontières pour étudier dans un pays voisin, ou hors du continent. Mais il se pose la question de savoir, si ces étudiants sont des migrants ? Ces étudiants en mobilité académique représentent un exemple typique de ce qu’on appelle la mobilité communautaire ou internationale. Selon l’UNESCO, ces parcours sont encadrés juridiquement, financés parfois par des bourses, et contribuent à la circulation des savoirs et des compétences.

Pourtant, dans les médias ou les discours publics, certains continuent d’utiliser le mot « migrant » pour désigner ces jeunes, alimentant un amalgame qui associe mobilité et précarité. Comme le soulignent les spécialistes de la migration, le terme « migrant » est souvent chargé d’une connotation négative dans l’opinion publique, évoquant irrégularité, fuite ou menace sociale.  

Pour désigner des étudiants qui vont étudier à l’étranger, il est recommandé  l’utilisation des expressions comme étudiants internationauxétudiants en mobilitéétudiants d’échange. Ou bien, on décrit leur projet avec des phrases comme “partir étudier à l’étranger”, “faire une mobilité internationale”, ou “vivre une expérience académique à l’international”, mettant en avant le développement personnel, l’immersion culturelle et les opportunités professionnelles. 

Des expressions et leurs connotations

Les expressions recommandées pour désigner les étudiants hors de leur pays d’origine ont une portée sémantique bien à propos.

  • Étudiants internationaux : Il s’agit d’un terme général pour ceux qui étudient dans un pays différent du leur.
  • Étudiants en mobilité : Cette expression souligne le caractère temporaire et le déplacement éducatif.
  • Étudiants d’échange : Ce vocable est souvent utilisé pour les programmes spécifiques (exemple : Erasmus+).

Certaines expressions sont également descriptives comme :

  • « Partir faire un séjour d’études à l’étranger »: C’est une expression simple et directe, qui désigne le projet de l’apprenant.
  • « S’immerger dans une nouvelle culture » : Cette expression souligne l’aspect culturel du projet d’étude.
  • « Faire une mobilité académique à l’étranger » : Plus formel et professionnel, cette expression est un classique de la mobilité d’étude.
  • « Vivre une expérience de vie étudiante internationale » : Celui-ci insiste sur l’aventure et le réseautage. 

Ces trajectoires contribuent à la croissance personnelle, notamment le gain d’indépendance, la confiance en soi, ou encore la découverte de soi. Également, l’ouverture culturelle, en s’adaptant à un nouvel environnement, et tisser des liens internationaux. Ainsi que  des avantages professionnels, comme la valorisation de son CV, et l’acquisition de nouvelles compétences. 

Des spécifiés de l’usage

En style journalistique ou analytique, on emploie : Étudiants venus de l’étranger ; Jeunes en mobilité académique ou Étudiants en mobilité internationale qui est plus institutionnel.

Par ailleurs, il est à utiliser avec prudence l’expression comme :

  • Expatriés étudiants ; le terme « expatrié » concerne surtout les travailleurs.
  • Migrants étudiants ; un terme sensible, plutôt utilisé en sociologie ou en politique migratoire. 

Étudiants étrangers ou migrants ? Le poids des mots face aux clichés

Chaque année, des centaines d’étudiants internationaux franchissent les frontières avec des rêves plein les sacs et des diplômes en ligne de mire. Pourtant, selon le mot qu’on emploie pour les désigner, leur image peut basculer d’un symbole de savoir à une figure de soupçon. 

Que ce soit dans un autre État de la sous-région ou ailleurs dans le monde, officiellement, ils sont appelés étudiants internationaux ou étudiants étrangers, des termes reconnus par les institutions universitaires et les organisations internationales comme l’UNESCO ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

Pourtant, dans le débat public, notamment sur les réseaux sociaux, ces jeunes sont parfois assimilés à des migrants, un mot chargé d’images souvent négatives : précarité, errance, irrégularité. Un amalgame que dénonce régulièrement Dialogue Migration, qui rappelle que la migration recouvre des réalités multiples, allant du travail à la formation.

Selon l’UNESCO, la mobilité étudiante internationale constitue avant tout un levier de coopération académique et de développement des compétences. Elle repose sur des cadres légaux précis : visas d’études, conventions universitaires, accords bilatéraux. Rien à voir avec l’image du départ forcé ou de l’exil subi souvent associée au terme « migrant » dans l’opinion. 

Les mots façonnent l’intégration

Nommer, ce n’est jamais neutre. Le langage structure le regard social. Dire « migrant » là où il faut dire « étudiant international » ou « citoyen communautaire » pour des ressortissant de la CEDEAO, c’est déplacer le débat du droit vers la peur.

Les jeunes qui quittent le Niger pour étudier au Bénin, le Burkina Faso pour le Sénégal ou la Guinée pour le Ghana etc, ne sont pas en situation d’exil. Ils participent à ce que l’UNESCO définit comme la mobilité académique internationale, un levier majeur de coopération et de développement des compétences.

Les appeler « migrants », c’est importer dans les débats les peurs construites ailleurs. Des peurs largement nourries par les récits occidentaux sur la migration, analysés régulièrement par des médias comme Dialogue Migration.

Mieux, l’Afrique de l’Ouest n’est pas une frontière de crise. C’est un espace de circulation historique. 

Mal nommer, ce n’est pas seulement se tromper. C’est participer à la stigmatisation. C’est nourrir les amalgames. C’est préparer parfois le rejet.

Dans un continent africain où les universités accueillent de plus en plus d’étudiants venus de la sous-région, persister à employer des mots inappropriés revient à affaiblir un outil majeur d’intégration régionale.

Dire « étudiant étranger » ou « étudiant international », ce n’est pas édulcorer la réalité. C’est la décrire correctement.

Le débat sur la migration est légitime. Mais l’y mêler systématiquement, au mépris des faits, relève moins de l’analyse que de l’idéologie.

À force de tout confondre, on finit par perdre de vue l’essentiel : ces jeunes ne fuient pas, ils apprennent. Et apprendre ailleurs ne devrait jamais être un motif de suspicion.