La récente controverse autour des contrats saisonniers en Espagne met en lumière une faiblesse fondamentale des politiques migratoires des deux côtés de la Méditerranée. En Europe, face à l’indignation populaire générée par les images choquantes des vagues de migrants atteignant les côtes espagnoles et italiennes, les gouvernements resserrent les restrictions sur les flux migratoires, rendant permanents des flux qui étaient auparavant temporaires. Il semble que les gouvernements européens cherchent de plus en plus à confier à leurs homologues africains la responsabilité de contrôler les flux migratoires en provenance du continent, malgré le fait que les pays africains disposent de peu de contrôle sur leurs propres frontières.
Du côté africain, les gouvernements essayent de déléguer la responsabilité de la création d’emplois pour les jeunes à l’Europe, une attente qui risque de ne jamais se concrétiser, compte tenu des difficultés économiques que subit l’Europe et de l’émergence d’une opinion publique de plus en plus xénophobe, qui perçoit l’immigration africaine comme une menace. Les données issues des satellites concernant le commerce transfrontalier en Afrique révèlent que moins de 3 % de ces flux commerciaux sont enregistrés dans les statistiques officielles. Les itinéraires de la contrebande, malheureusement, sont également ceux des trafics divers (migrants, drogue, marchandises contrefaites, armes, etc.). La sécurité est considérée comme un bien public global : tous les pays ont intérêt à vivre dans un monde plus sûr, mais aucun pays n’a le désir de financer seul cette sécurité. Les nations africaines ne devraient pas hésiter à exiger des contributions appropriées pour sécuriser les routes transsahariennes. En outre, la sensibilisation et l’éducation jouent un rôle crucial, influençant fortement les décisions des jeunes aspirants à la migration. Toutefois, la solution à long terme demeure l’amélioration des conditions de vie par la création d’emplois de qualité.
Bien que le cadre réglementaire établisse des bases solides pour gérer la migration, de nombreux défis persistent, notamment en matière de droits humains et de gestion des flux. Le Sénégal doit relever divers challenges, tels que le traitement des migrants en situation irrégulière, le manque de données fiables, les risques de traite des personnes et la gestion des retours. La lutte contre l’émigration irrégulière et la stigmatisation des migrants constituent des enjeux sociaux et politiques majeurs. Une régulation plus efficace des flux migratoires, une coopération régionale renforcée et des politiques d’insertion pour les migrants pourraient contribuer à maximiser les bénéfices de la migration tout en minimisant ses risques. En outre, le développement économique local et la promotion du retour des migrants, accompagnés de programmes adaptés, pourraient atténuer les motivations à émigrer.
D’une manière générale, la politique migratoire sénégalaise, bien que visant à répondre aux enjeux socio-économiques, environnementaux, sécuritaires et juridiques, semble avoir des perspectives limitées car elle s’oriente principalement contre l’émigration vers l’Europe. En ce sens, elle peut être considérée comme une externalisation des politiques migratoires européennes au Sénégal.