Si le papa de Doudou Diop se refait toujours le film de ses derniers échanges avec son fils avant son départ et regrette de n’avoir rien pu faire pour empêcher son aventure en haute mer, la maman Oumou Sarr met tout sur le compte du destin. « Beaucoup de ses amis n’osent plus traîner dans le coin de peur de me croiser. Ils savent que je mène ma petite enquête pour savoir ce qui s’est réellement passé avant et pendant le voyage. Si Doudou m’avait mis au courant de son projet, il n’allait jamais prendre la pirogue », peste le vieux Sandiéry Diop.
Il est coupé net par son épouse. « C’était son destin. Tu n’y pourrais rien », rétorque-t-elle à son mari. Avant de nous confier le mal être vécu par Babacar, ami intime de Doudou, depuis son retour de cette aventure. « Il est venu ici le jour des funérailles, mais il est aussitôt reparti en sanglots dès que mon fils cadet lui a demandé où était Doudou. Il est profondément abattu. Il a quitté le quartier et est devenu injoignable », a-t-elle raconté.
Aux dernières nouvelles, Babacar est allé se réfugier avec son chagrin à Ross Béthio, à 50 kilomètres de Saint-Louis. Tentera-t-il un quatrième voyage en mer pour rejoindre l’Espagne ? Rien n’est moins sûr !
Agé de 23 ans, Doudou Diop avait obtenu son diplôme en Patrimoine à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Mais il a décidé de mettre ses connaissances acquises à côté pour se concentrer sur sa véritable passion, le cinéma. Il se forme d’abord en tant que photographe et vidéaste puis en montage et post-production au célèbre centre Yenenga de Dakar. Son film documentaire « Le Dépotoir » avait été sélectionné au Festival International du film documentaire de Porto Novo
Malheureusement, le 28 juillet, la marine marocaine a intercepté une pirogue et porté secours à 71 jeunes, qui affirment que 14 personnes sont mortes lors de la traversée. Doudou Diop en fait partie.