Au moins 139 migrants ont péri dans le naufrage d’une embarcation au large de Djibouti, dans la nuit du 8 au 9 octobre 2026, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce drame met en lumière les dangers persistants de la route migratoire de l’Est, empruntée par des milliers de personnes en direction du Yémen et des pays du Golfe.
L’embarcation transportait 305 personnes lorsqu’elle a chaviré près de Guehere, au nord d’Obock. Le bilan, initialement établi à 109 morts, est passé à 139 après la découverte de 30 corps supplémentaires. Quelque 84 personnes sont toujours portées disparues et 82 ont survécu.
Pour l’OIM, il s’agit de l’un des naufrages les plus meurtriers jamais recensés sur cette route. La tragédie survient alors que les mouvements migratoires sur cet axe restent importants. Selon le rapport de suivi de l’OIM couvrant janvier à mars 2026, 152 700 mouvements ont été enregistrés sur la route de l’Est, contre 141 000 à la même période en 2025, soit une hausse de 8 %. L’organisation estime que ces mouvements resteront élevés dans les mois à venir, sous l’effet des difficultés économiques, de l’insécurité alimentaire, de l’endettement des ménages et du manque de moyens de subsistance. Ces facteurs éclairent une partie des raisons qui poussent les migrants à partir, mais ils ne suffisent pas à expliquer à eux seuls la persistance de cette route. Les perspectives d’emploi dans les pays du Golfe entrent également en jeu. Pour de nombreux migrants originaires de la Corne de l’Afrique, le Yémen constitue une étape vers l’Arabie saoudite et d’autres destinations où ils espèrent trouver du travail.
Les données sur les arrivées au Yémen confirment l’ampleur de ces mouvements. Dans une mise à jour publiée le 12 octobre 2026, l’OIM indique avoir enregistré 134 100 arrivées de migrants entre janvier et septembre, soit 22 % de plus que les 110 144 recensées sur l’ensemble de l’année 2025. En 2024, ce chiffre s’élevait à 60 897.
Une étude du Mixed Migration Centre, publiée en août 2025 et fondée sur 1 645 enquêtes auprès de migrants au Yémen, apporte un éclairage sur les conditions des parcours. Elle relève un recours presque généralisé aux passeurs parmi les personnes interrogées. Selon le centre de recherche, cette dépendance reflète notamment le manque de voies de migration régulières et les difficultés des traversées terrestres et maritimes, qui nécessitent des connaissances et des moyens pour franchir les frontières en évitant les contrôles. Le rôle des passeurs ne se limite donc pas à l’organisation du transport. Lorsque les possibilités de déplacement sont limitées, les migrants peuvent dépendre d’intermédiaires pour poursuivre leur trajet, sans nécessairement maîtriser les conditions de la traversée ni les risques auxquels ils s’exposent. Cette dépendance peut les rendre plus vulnérables aux abus, à l’exploitation et aux accidents. Elle ne signifie cependant pas que tous les migrants empruntent la route pour les mêmes raisons ou disposent des mêmes ressources.
Une route dangereuse au-delà de la traversée
Les risques ne s’arrêtent pas à la mer. Dans son rapport du premier trimestre 2026, l’OIM a également recensé 94 décès et disparitions sur la route de l’Est, dont 61 à Djibouti. L’organisation signalait également que jusqu’à 1 000 migrants étaient bloqués près d’Obock, confrontés à des pénuries de nourriture et d’eau après la suspension de certaines traversées et dans un contexte de conditions météorologiques défavorables.
Au Yémen, les migrants doivent aussi composer avec un contexte de conflit et une situation humanitaire dégradée. L’OIM fait état de risques de détention, de déplacements forcés, de traite et d’exploitation, ainsi que d’un accès limité aux soins et aux services de protection. Pour ceux qui espèrent poursuivre leur route vers les pays du Golfe, l’arrivée au Yémen ne marque donc pas nécessairement la fin des difficultés. Après le naufrage d’octobre, l’organisation fournit une aide d’urgence aux survivants dans son Centre de réponse aux migrants à Obock, notamment des soins de santé, un soutien psychosocial, de la nourriture, un abri et des services de protection. Amy Pope, la directrice générale de l’Organisation appelle les gouvernements et les bailleurs de fonds à agir avant qu’un nouveau drame ne survienne. Elle plaide pour des voies de migration régulières, estimant qu’elles peuvent contribuer à sauver des vies.
Les chiffres de l’OIM montrent que la route de l’Est demeure un axe migratoire majeur malgré les pertes humaines et les risques documentés. Pour réduire ces drames, les réponses doivent tenir compte à la fois des contraintes qui poussent les personnes à partir, des aspirations qui orientent leurs choix et des conditions dans lesquelles elles entreprennent leur voyage.