Malgré le sauvetage de plus de 700 migrants par la Marine sénégalaise depuis le début du mois de mai 2026, les arrivées sur l’archipel espagnol enregistrent une baisse spectaculaire de plus de 70 % par rapport à l’an dernier. Un recul historique porté par le verrouillage des côtes et la traque des passeurs.

Mai 2026 : Série de sauvetages massifs au large de Saint-Louis et Dakar

La pression migratoire reste intense au large des côtes sénégalaises. Depuis le début du mois de mai, la Marine nationale a secouru plus de 700 migrants à bord de plusieurs embarcations de fortune. L’opération la plus marquante s’est déroulée le vendredi 22 mai au large de Saint-Louis, dans le nord du pays, où au moins 416 migrants répartis dans deux pirogues ont été interceptés. Selon les autorités, ils ont été débarqués à la Base navale Amiral Faye avant d’être pris en charge par les services compétents.

Plus tôt, le 5 mai, une autre pirogue transportant 153 migrants avait été secourue au large de Dakar. Le 17 mai, ce sont plus de 150 exilés, partis de Gambie et dérivant depuis six jours dans l’Atlantique, qui ont également reçu l’assistance des marins sénégalais.

Des traversées plus longues et de plus en plus périlleuses

Pour contourner le renforcement des contrôles côtiers au Maroc, en Mauritanie et dans le nord du Sénégal, les réseaux de passeurs adaptent leurs stratégies. Les départs s’effectuent désormais de plus en plus bas vers le sud, notamment depuis la Casamance, la Gambie ou la Guinée.

Ce déplacement des zones d’embarquement allonge considérablement les distances à parcourir — souvent plus de 1 300 km pour atteindre les Canaries — et multiplie les risques dans une zone de l’Atlantique réputée pour ses vents violents, ses courants imprévisibles et ses pannes de moteur récurrentes.

Le drame évité de la mi-mai

Le samedi 16 mai, une pirogue partie de Gambie a dû faire demi-tour en plein océan après une panne de moteur survenue au large de la Mauritanie. À leur retour près des côtes sénégalaises, les passeurs ont fui à bord de petites embarcations, abandonnant les passagers. Les forces de l’ordre ont interpellé 85 passagers sur la plage de Guet Ndar (Saint-Louis), de nationalités diverses (Gambiens, Maliens, Sénégalais, Ivoiriens, Gabonais et Congolais). Cinq d’entre eux ont dû être hospitalisés d’urgence.

Traque des réseaux : la réponse sécuritaire s’intensifie

Parallèlement aux interventions en mer, les autorités sénégalaises intensifient leur lutte à terre contre le trafic d’êtres humains. La Division nationale de lutte contre le trafic de migrants (DNLT) a ouvert une enquête pour identifier les passeurs en fuite après l’incident de Guet Ndar. Cette vigilance s’est également traduite par l’arrestation, le vendredi 15 mai, d’un passeur sénégalais présumé, Y. Cissé. Recherché depuis décembre dernier, il est soupçonné d’avoir organisé la traversée avortée de près de 200 personnes à la fin de l’année 2025 et s’apprêtait à fuir vers la Gambie.

Chute historique des arrivées et de la mortalité en mer

Si les tentatives persistent en ce mois de mai, la surveillance accrue des frontières maritimes produit des résultats statistiques majeurs. Selon les données du ministère espagnol de l’Intérieur, les arrivées de migrants aux Canaries se sont effondrées. Entre le 1er janvier et le 15 mai 2026, l’archipel a enregistré 3 018 arrivées, contre 10 822 sur la même période en 2025, soit une baisse spectaculaire de 72 %. Cette tendance s’inscrit dans la continuité de l’année 2025, qui avait déjà vu une chute de 62 % des arrivées par rapport au pic de 2024 (environ 17 500 arrivées en 2025 contre près de 47 000 en 2024). Conséquence directe de cette baisse des flux, le bilan humain s’allège, même s’il reste tragique. L’ONG espagnole Caminando Fronteras indique que 1 906 exilés sont morts ou ont été portés disparus en mer en 2025, un chiffre en forte baisse comparé aux 9 757 décès ou disparitions recensés au cours de l’année 2024.