Naufrages meurtriers en Méditerranée, sauvetages dans l’Atlantique, départs massifs depuis les côtes ouest-africaines et durcissement des politiques migratoires européennes marquent l’actualité d’octobre. Ces événements mettent en lumière les dangers persistants des routes de l’exil.

Au Sénégal, trois pirogues transportant 190 ressortissants sénégalais, dont une soixantaine d’enfants, sont arrivées le 4 octobre à Dakhla, dans le sud du Maroc. Selon une source autorisée citée par l’Agence de presse sénégalaise (APS), les embarcations avaient quitté la Gambie et Saint-Louis pour rejoindre l’Espagne. La présence de nombreux mineurs, dont certains voyageaient avec des membres de leur famille, soulève des préoccupations particulières en matière de protection de l’enfance. 

Quelques jours plus tard, 53 candidats à l’émigration irrégulière, dont un ressortissant malien, ont été secourus le 15 octobre, au large de Mboro-sur-Mer après une panne du moteur de leur pirogue. Alertés, les gendarmes ont bénéficié de l’appui de pêcheurs et de sapeurs-pompiers de Tivaouane pour porter assistance aux passagers. Ces incidents illustrent les risques auxquels sont exposés les candidats au départ, même à proximité des côtes.

Toujours au Sénégal, la protection des droits des migrants figure également parmi les priorités défendues par les institutions. En marge de la 89ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, organisée à Dakar du 12 au 21 octobre, la présidente de la Commission nationale des droits de l’homme, Amsatou Sow Sidibé, a plaidé pour une meilleure protection des migrants en conflit avec la loi. Elle a également appelé à intégrer la dimension de genre dans les politiques extérieures des États africains. 

Au Maroc dans le nord de l’Afrique, la Marine royale a intercepté le 15 octobre une pirogue transportant 200 migrants subsahariens, dont 124 Sénégalais. De nombreuses femmes et des mineurs figuraient parmi les personnes secourues. Dans le même temps, lors de l’ouverture de la première session du nouveau Parlement, le 9 octobre, le roi Mohammed VI a reconnu que le modèle actuel de coopération migratoire avait « atteint ses limites », en référence aux crises récurrentes observées aux frontières. Cette déclaration fait notamment écho aux événements de juillet dernier à Ceuta, lorsque plus de 70 000 personnes avaient rejoint l’enclave espagnole depuis le territoire marocain. Le souverain a ainsi annoncé la nécessité de faire évoluer l’approche du royaume en matière de coopération migratoire.

En Europe, la pression migratoire reste particulièrement visible sur la route atlantique. En Espagne, au cours du week-end des 17 et 18 octobre, les services de secours ont secouru 352 migrants lors de trois opérations au large des îles Canaries. Trois corps ont également été récupérés. Parmi les personnes secourues figuraient des femmes et des mineurs, ainsi que des ressortissants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment de Gambie, de Guinée, du Mali, du Sénégal, du Ghana et du Cameroun. Ces opérations témoignent de la persistance des traversées vers l’archipel espagnol, malgré les risques liés à la navigation sur l’Atlantique.

En Grèce, deux accidents survenus le 19 octobre en mer Égée ont coûté la vie à douze migrants, dont un nourrisson, au large des îles de Lesbos et de Samos. Selon les gardes-côtes grecs, six personnes sont mortes dans chacun des deux incidents. Au large de Lesbos, les victimes comprenaient quatre femmes, un homme et un bébé, tandis que huit personnes ont survécu. Ces nouveaux drames rappellent la dangerosité des routes maritimes empruntées pour rejoindre l’Europe et la vulnérabilité des personnes qui s’y engagent.

En France, la justice a rendu son verdict dans l’un des naufrages les plus meurtriers de la Manche. 13 hommes ont été condamnés à des peines pouvant atteindre 10 ans de prison pour leur responsabilité dans la mort de 31 migrants qui tentaient de rejoindre le Royaume-Uni en novembre 2021 à bord d’une embarcation de fortune. Plusieurs accusés affirmaient avoir été eux-mêmes des candidats à l’exil et avoir été instrumentalisés par des réseaux de passeurs. Le tribunal a néanmoins retenu leur responsabilité dans ce drame, mettant en lumière les conséquences judiciaires des activités qui exposent les migrants à des traversées mortelles.

De son côté, le Royaume-Uni a annoncé, la fin de l’accord franco-britannique « One in, one out », conclu en été 2025 pour organiser des échanges de migrants entre les deux pays. Londres a indiqué qu’aucun nouveau dossier ne serait traité dans le cadre de ce dispositif expérimental, dont la période d’essai arrivait à échéance le 1er octobre. Critiqué par les associations de défense des droits humains, cet accord constituait l’un des mécanismes de coopération visant à encadrer les traversées de la Manche.

Enfin, les autorités britanniques ont annoncé la suspension, à compter du 15 octobre, des procédures accélérées de délivrance de visas pour les responsables gouvernementaux érythréens. Les diplomates de ce pays sont également soumis à des restrictions de déplacement : tout trajet au-delà de 60 kilomètres autour de Londres doit désormais être autorisé par le ministère britannique des Affaires étrangères. En novembre 2025, le levier des visas avait déjà été brandi contre la Namibie, l’Angola et la République Démocratique du Congo (RDC).