En août 2026, une campagne faisant l’apologie de l’excision au Mali a relancé le débat sur les violences liées aux mutilations génitales féminines. « Au Mali, oui à l’excision » ou encore « Ensemble, protégeons l’excision au Mali » : tels sont les messages que l’on pouvait lire sur les visuels diffusés sur les réseaux sociaux.

Choquante, cette campagne, qui s’apparente à une promotion et à une banalisation d’une violence d’un autre âge, a suscité une vague d’indignation. Loin d’être anodin, ce phénomène constitue l’un des facteurs qui poussent de nombreuses filles à quitter leur localité pour se réfugier dans d’autres régions. Certaines vont même jusqu’à quitter le pays afin d’échapper à cette forme de violence.

En effet, chaque année, en Afrique ou partout ailleurs dans ce monde, des millions de femmes et de filles quittent leur famille pour échapper aux dangers multiples : violences conjugales, mutilations génitales, mariages forcés ou discriminations qui les privent de leurs droits les plus élémentaires. Cette réalité, souvent éclipsée par les récits économiques de la migration, constitue pourtant l’un des facteurs les plus puissants et les plus méconnus des départs féminins.

Fuir la violence liée au genre

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 60 millions de femmes et de filles déplacées de force ou apatrides sont aujourd’hui exposées à des risques élevés de violence fondée sur le genre à travers le monde. Dans certains contextes de déplacement, ce risque serait supérieur de 20 % à celui que courent les femmes non déplacées. L’agence onusienne souligne également une hausse préoccupante des signalements de violences sexuelles liées aux conflits, les femmes et les filles représentant la quasi-totalité des cas recensés. Pourtant, ces chiffres ne reflètent qu’une fraction de la réalité : l’accès limité à la justice, la peur des représailles et la marginalisation sociale dissuadent de nombreuses victimes de témoigner.

Au-delà des situations de conflit, ce sont aussi des inégalités structurelles qui contraignent des femmes à l’exil. ONU Femmes rappelle que l’accès restreint à un emploi décent, à des ressources ou à une protection juridique influence directement la décision de nombreuses femmes de quitter leur pays. Les crises climatiques et les conflits, qui frappent les femmes de manière disproportionnée, viennent renforcer ce mouvement vers une recherche de sécurité ailleurs. Une fois en chemin, la vulnérabilité ne disparaît pas : l’organisation constate qu’environ 13 % des femmes migrantes travaillent comme domestiques, et que 81 % occupent des emplois informels, sans aucune protection sociale ni juridique, un terrain propice à l’exploitation.

Des contraintes sociales à fuir

Les normes sociales imposées aux femmes constituent un autre facteur de départ majeur. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) classe le mariage précoce forcé et les mutilations génitales féminines parmi les pratiques traditionnelles néfastes qui s’intensifient en période de crise humanitaire. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, quant à lui, rappelle que ces mariages violent des droits fondamentaux : autodétermination, liberté, intégrité physique et accès à l’éducation. Pour certaines jeunes femmes, la fuite reste la seule échappatoire face à des pressions familiales et communautaires souvent renforcées par la violence physique ou psychologique.

La vulnérabilité des femmes ne s’arrête pas à la frontière. D’après ONU Femmes, la violence jalonne chaque étape du parcours migratoire : le voyage, le passage des frontières, l’installation dans le pays de destination, puis parfois le retour au pays d’origine. Plus troublant encore, les femmes de retour chez elles après avoir subi des violences à l’étranger sont parfois stigmatisées : l’organisation onusienne cite des témoignages venus d’Éthiopie et du Bangladesh, où certaines survivantes ont été qualifiées de « migrantes ratées » ou accusées d’avoir « déshonoré » leur famille, aggravant ainsi leur isolement.

Force est de constater que, tout comme la migration masculine, la migration des femmes ne relève pas toujours d’un choix. Elle constitue parfois l’unique recours face à des violences que la famille, la communauté ou l’État n’ont pas su prévenir ni empêcher. Mais jusqu’à quand cette situation pourra-t-elle perdurer ?