À l’instar de plusieurs pays africains, le Bénin a célébré, le 7 juin 2026, la 16ᵉ édition de la Journée africaine des frontières (JAF). Cette commémoration met en lumière l’importance stratégique des espaces frontaliers, non seulement comme limites territoriales, mais surtout comme des espaces de coopération, de paix, de sécurité et d’intégration au service du développement économique, social et culturel. Malgré les progrès enregistrés, des défis sécuritaires persistent, notamment dans les zones septentrionales du pays.

Placée sous le thème « Populations frontalières et sécurité nationale : construire ensemble des territoires résilients », l’édition 2026 rappelle que la sécurité des communautés vivant le long des frontières est indissociable de la stabilité des États.

Au-delà de leur fonction de délimitation territoriale, les frontières sont appelées à devenir de véritables passerelles favorisant les échanges, le dialogue entre les peuples et le renforcement de l’intégration régionale. Cette vision invite les États africains à consolider leur coopération afin de tirer pleinement profit des opportunités qu’offrent leurs espaces frontaliers.

La célébration de cette année coïncidait également avec le 13ᵉ anniversaire de la Semaine des Frontières Béninoises (SFB), organisée dans un contexte marqué par le renforcement des capacités opérationnelles des forces de défense et de sécurité ainsi que par les efforts visant à accroître la résilience des communautés confrontées aux menaces sécuritaires dans le nord du pays.

La Journée africaine des frontières vise également à sensibiliser les décideurs publics, les partenaires techniques et financiers, les chercheurs, les acteurs des zones frontalières ainsi que les populations sur l’importance d’une gouvernance efficace des frontières.

L’ambition est de faire des espaces frontaliers des territoires résilients où la stabilité, la cohésion sociale et le développement durable progressent simultanément. Cette démarche s’inscrit dans la vision de l’Union africaine visant à « Faire taire les armes » sur l’ensemble du continent.

Au Bénin, cette volonté se traduit par la mise en œuvre du Programme de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers (PGIEF), qui ambitionne de réduire les vulnérabilités des populations riveraines tout en renforçant leur résilience face aux défis sécuritaires.

Une mobilisation nationale au profit des communautés frontalières

Pour les autorités béninoises, la consolidation de la sécurité dans les zones frontalières constitue une condition essentielle pour garantir un développement serein et durable.

Cet objectif passe par le renforcement des mécanismes de coopération, de concertation et de communication entre les différents acteurs impliqués dans la gestion des espaces frontaliers. Ces plateformes demeurent des outils indispensables pour prévenir les conflits, promouvoir la paix et assurer la stabilité des territoires. 

Pour marquer cette édition, plusieurs activités ont été organisées dans différentes communes frontalières du pays.

Des ateliers de sensibilisation ont été tenus à Kérou, Tchaourou, Dogbo, Savalou et Savè afin de mieux faire connaître le rôle de l’Agence béninoise de Gestion intégrée des Espaces Frontaliers (ABeGIEF) dans le renforcement de la résilience communautaire.

À Tchaourou, des consultations médicales foraines ont été offertes aux populations, tandis que des séances de sensibilisation destinées aux étudiants et acteurs universitaires ont porté sur les facteurs de vulnérabilité et les mécanismes permettant de renforcer la résilience des communautés face aux défis sécuritaires.

Les autorités entendent également orienter davantage de projets et de programmes vers les zones frontalières afin de promouvoir le vivre-ensemble, le développement local et le sentiment d’appartenance à la nation.

Des frontières qui unissent les peuples, une responsabilité collective

Loin d’être uniquement des lignes de séparation, les frontières constituent des espaces de rencontre où se construisent des relations humaines, économiques et culturelles durables.

Les communautés vivant de part et d’autre des frontières partagent souvent une histoire, des traditions et des intérêts communs. Les considérer uniquement comme des limites administratives revient à ignorer leur véritable vocation d’espaces d’échanges et de solidarité.

Dans cette dynamique, plusieurs organisations de la société civile béninoise plaident pour une gouvernance migratoire davantage centrée sur les personnes, favorisant une libre circulation des biens et des personnes dans le respect des lois en vigueur. Elles appellent également à des réponses coordonnées, inclusives et ancrées dans les réalités locales afin de renforcer durablement la paix, la sécurité et la cohésion sociale.

Face aux défis sécuritaires actuels, la résilience des communautés frontalières apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique. La coopération entre les États, l’implication des populations locales, le renforcement des capacités des institutions et l’investissement dans le développement des zones frontalières demeurent les principaux leviers pour bâtir des territoires sûrs, prospères et intégrés. Parce qu’au-delà des frontières administratives, ce sont les peuples qui se rencontrent, se complètent et construisent ensemble l’avenir du continent africain.

Ange Banouwin