La mise en œuvre de la Stratégie nationale commence à freiner les départs sur la route atlantique, avec une baisse de près de 50 % des arrivées de ressortissants sénégalais aux Canaries entre 2024 et 2025. Face à ce bilan encourageant, les autorités plaident pour une approche globale qui dépasse le cadre strictement policier afin de proposer de réelles perspectives locales à la jeunesse.

Les efforts engagés par l’État sénégalais sur le front de l’émigration clandestine se traduisent désormais par des indicateurs chiffrés encourageants. Lors de l’ouverture d’un atelier national axé sur la sensibilisation et la valorisation des opportunités locales, en juin, le 09, le Dr Modou Diagne, contrôleur général de Police et secrétaire permanent du comité interministériel de lutte contre l’émigration irrégulière, a mis en lumière une inflexion notable de la courbe migratoire sur l’axe atlantique, reconnu comme l’un des couloirs maritimes les plus périlleux du globe.

Portant la voix du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, le haut responsable s’est appuyé sur les récentes conclusions statistiques du Centre de Collecte et d’Analyse des Données sur la Migration (CSDM). Les rapports font état d’un reflux massif : le volume de migrants sénégalais ayant atteint l’archipel des Canaries est tombé de 9 554 personnes en 2024 à 4 918 au cours de l’année 2025. Cette trajectoire à la baisse, qui frôle les 50 %, valide selon lui les premières orientations de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (SNLMI) adoptée par le gouvernement.

« La maîtrise des flux migratoires a un impact direct sur la protection des vies humaines », a-t-il souligné, rappelant que la réduction des départs s’est accompagnée d’une baisse significative de la mortalité en mer.

L’urgence de dépasser la seule réponse policière

Cette amélioration sur le plan humanitaire ne doit pas occulter la dangerosité persistante de l’océan. Les pirogues de fortune continuent de défier la mer, portées par des motivations profondes et complexes chez les jeunes candidats au départ. Entre les réalités de la précarité économique, le mirage d’un eldorado occidental et le poids des fausses promesses véhiculées sur les réseaux de passage, les facteurs de vulnérabilité restent multiples.

Pour inverser durablement la tendance, le secrétariat permanent estime qu’un changement de doctrine s’impose, refusant de s’en remettre uniquement aux barrières physiques et à la surveillance des côtes.

« Il faut bannir le tout-sécuritaire », a-t-il déclaré, plaidant pour une approche globale combinant prévention, sensibilisation, création d’emplois et accompagnement des jeunes.

L’arsenal répressif conserve néanmoins toute sa place dans le dispositif de l’État. L’action conjointe des unités de la Police, de la Gendarmerie et de la Marine nationales s’est soldée par l’interception de 6 662 personnes, dont 3 983 ressortissants étrangers. Ce dernier chiffre confirme le statut stratégique du Sénégal comme zone de transit majeur pour les flux ouest-africains. En amont, la justice a également frappé les réseaux de passeurs avec le défèrement de 309 convoyeurs présumés et la saisie de 63 embarcations.

Une communication ancrée dans les réalités du pays

Le véritable défi se situe désormais sur le terrain de la bataille des idées et de l’ancrage territorial. L’atelier ouvert à Dakar vise précisément à concevoir des campagnes d’information capables de déconstruire le discours des réseaux clandestins tout en mettant en relief les dispositifs d’insertion professionnelle existants. Le thème retenu pour guider cette réflexion nationale pose les bases des futures interventions publiques.

« Jeunesse, opportunités et migration : quel message pour un avenir au Sénégal ? », doit selon lui servir de cadre à une communication plus efficace et mieux adaptée aux réalités locales.

Cette réorientation stratégique implique une forte déconcentration de la sensibilisation. Le gouvernement compte s’appuyer sur le réseau des comités régionaux et départementaux pour concevoir des messages spécifiques aux bassins d’émigration les plus touchés. Cette démarche de longue haleine, soutenue techniquement et financièrement par l’Union européenne et le Programme opérationnel conjoint (POC), s’inscrit dans un plan de transformation globale dont l’ambition ultime est de tarir structurellement les départs non réglementés à l’horizon 2035 en réconciliant la jeunesse avec son territoire.