Si la migration irrégulière n’est pas un fait nouveau au Sénégal, les données récentes laissent entrevoir des signes encourageants. Au premier trimestre 2025, 1 946 personnes ont été interpellées alors qu’elles tentaient de rejoindre l’Europe par la voie maritime. Fait notable, plus de la moitié d’entre elles étaient des ressortissants étrangers venus transiter par le Sénégal. Dans le même temps, les forces de défense et de sécurité ont saisi 32 pirogues et présenté 74 passeurs présumés à la justice. Comparé à la même période en 2024, le nombre de départs avortés et d’embarcations interceptées a sensiblement diminué. « Cela montre que les efforts de surveillance portent leurs fruits », souligne Dr Modou Diagne, qui insiste néanmoins sur l’importance de la prévention.
La lutte contre la migration irrégulière ne saurait se limiter au contrôle des frontières. Le gouvernement sénégalais en est conscient. Outre les opérations de surveillance maritime et terrestre, des actions de sensibilisation et de prévention sont menées à l’échelle nationale. Surtout, l’État mise sur le développement économique et social pour offrir des alternatives crédibles aux jeunes et aux femmes tentés par l’exil. Des programmes de formation, d’insertion professionnelle et d’entrepreneuriat sont progressivement déployés afin de créer des opportunités locales et de réduire l’attractivité des routes migratoires clandestines. « La prévention, c’est d’abord donner des perspectives aux populations. L’enjeu est de permettre à nos jeunes de rester au Sénégal et d’y bâtir leur avenir », rappelle le secrétaire permanent du CILMI.
La mise en place du Comité interministériel en charge de la migration irrégulière s’inscrit dans cette dynamique. Instance de coordination, il fédère l’action de l’ensemble des ministères, des forces de défense et de sécurité, mais aussi des partenaires techniques et financiers. Cette approche transversale vise à harmoniser les efforts et à renforcer l’efficacité des interventions.
Au-delà de la dimension sécuritaire, l’atelier de Dakar ambitionne ainsi de consolider un cadre stratégique où prévention, protection et développement s’articulent pour contenir un phénomène profondément enraciné. Car comme le rappelle Modou Diagne, « il ne s’agit pas d’une question qui se règle en quelques mois, mais d’un travail de longue haleine ».