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La souveraineté culturelle : vers une nouvelle philosophie de la mobilité africaine
Témoignage
La souveraineté culturelle : vers une nouvelle philosophie de la mobilité africaine
Youssouf Abdoulaye Haidara 🇳🇪
Youssouf Abdoulaye Haidara 🇳🇪
January 20, 2026

La 7e édition du Festival des Africains du Niger au Radisson Blu ne s’est pas limitée à une célébration artistique. Elle a servi de catalyseur à une réflexion politique profonde portée par l’Honorable Moumouni Saidou, membre du Conseil Consultatif de la Refondation. Au cœur de son propos : la souveraineté culturelle comme levier indispensable pour repenser la migration. Loin des images de l’exil subi, il théorise une mobilité choisie, interne au continent, fondée sur la suppression des frontières mentales et physiques héritées de la colonisation.

Briser les frontières pour un espace commun

L’analyse de Moumouni Saidou part d’un constat : les frontières actuelles sont des obstacles artificiels à l’unité des peuples. Le festival, en réunissant des ressortissants de toute l’Afrique (Tchad, Cameroun, Bénin, Mali, etc.), préfigure ce que devrait être la normalité continentale : un espace fluide.

Pour le conseiller, promouvoir la souveraineté culturelle revient à délégitimer le concept même d’étranger entre Africains. L’objectif explicite est de permettre aux populations de « traverser les frontières » pour devenir des « peuples de même espace ». La migration cesse alors d’être une problématique de gestion de flux pour devenir un acte d’affirmation identitaire. En retrouvant une culture commune, les barrières administratives tombent, transformant le migrant en citoyen continental évoluant chez lui, de Niamey à Bamako ou Ouagadougou.

L’identité comme passeport universel

La promotion de cette mobilité intra-africaine repose sur un socle idéologique précis : la « Maâtocratie ». Ce système de valeurs ancestrales, basé sur la Vérité, la Justice et la Solidarité, constitue selon M. Saidou le ciment capable de lier les nations.

Dans cette vision, la culture précède le politique. Si les Africains partagent les mêmes codes éthiques et sociaux, ancrés dans leur histoire millénaire, la méfiance envers “l’autre” s’efface. La souveraineté culturelle agit comme un passeport invisible mais puissant. Elle garantit que le déplacement d’un Africain dans un autre pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ou au-delà ne soit pas perçu comme une intrusion, mais comme une circulation naturelle au sein d’une civilisation partagée. L’intégration par la culture rend la libre circulation effective, là où les simples accords politiques peinent souvent à être appliqués.

La connaissance du territoire : freiner l’exode, encourager l’échange

Un aspect crucial de l’entretien concerne le rapport de la jeunesse à son propre territoire. Moumouni Saidou insiste sur la nécessité impérieuse de maîtriser la géographie et les ressources du sol (uranium, or, pétrole, eau).

Cette appropriation cognitive a un impact direct sur les dynamiques migratoires. D’une part, elle freine l’émigration de désespoir vers l’Occident. En prenant conscience des richesses locales et en rejetant la narration d’une Afrique pauvre, la jeunesse trouve des raisons de rester et de bâtir. D’autre part, elle encourage une migration économique interne et stratégique. La connaissance des ressources invite les compétences africaines à circuler là où elles sont nécessaires pour le développement endogène. La souveraineté culturelle transforme ainsi la migration : elle n’est plus une fuite vers l’extérieur, mais une redécouverte et une mise en valeur de l’intérieur.

L’AES : Laboratoire de la libre circulation culturelle

L’Alliance des États du Sahel est présentée comme l’incarnation politique de cette philosophie. En rupture avec les modèles « néocolonisés », les leaders actuels (Tiani, Goïta, Traoré) œuvrent pour une souveraineté totale. Cette souveraineté ne s’arrête pas à la défense militaire ; elle englobe la capacité des peuples à se mouvoir librement sur leur territoire historique.

Pour Moumouni Saidou, la guerre de l’information joue ici un rôle clé. Il faut déconstruire les termes qui criminalisent la mobilité ou divisent les populations. En imposant ses propres concepts et en valorisant son patrimoine, l’Afrique reprend le contrôle de sa démographie et de ses mouvements de population.

La vision exposée par Moumouni Saidou offre une perspective nouvelle : la migration, lorsqu’elle est sous-tendue par une souveraineté culturelle forte, devient un instrument de puissance. Elle cesse d’être une vulnérabilité pour devenir le moteur de l’intégration régionale. Unir les Africains ne signifie pas seulement harmoniser des politiques, mais permettre à chaque Africain de se sentir souverain sur l’ensemble de son continent.


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