Redonner confiance aux jeunes dans leur localité, face aux défis contemporains, reste l’un des principaux enjeux des communautés locales. Un défi de plus en plus relevé par différents acteurs sociocommunautaires.

Au Bénin, des acteurs sociaux et des ONG ont souligné auprès de Dialogue Migration le rôle capital des communautés et des institutions décentralisées dans l’épanouissement des jeunes, notamment pour répondre à leur désir de rester dans leur communauté ou de ne pas repartir après une expérience migratoire.

Venu au Bénin à l’occasion de la célébration de la fête nationale de l’Indépendance en août 2026, Nidal Benali, président du Réseau marocain des conseils locaux de la jeunesse, estime que « la coopération Sud-Sud ne doit pas rester un concept utilisé dans les discours diplomatiques. Pour qu’elle ait un sens pour un jeune à Cotonou, Rabat, Asilah ou dans une commune rurale, elle doit produire des opportunités visibles dans sa vie quotidienne ».

Au Bénin comme au Maroc, ainsi que dans nombre de pays africains, une grande partie de la population est jeune. Cependant, des défis persistants empêchent des jeunes de participer pleinement à la vie publique et politique.

Des défis de la jeunesse africaine

La jeunesse africaine est confrontée à des défis liés notamment à l’emploi, à la migration, à l’éducation, à l’innovation et à l’accès aux opportunités. « Notre première réponse doit être de créer davantage de mobilité intra-africaine », dit Benali.

Il relève qu’on parle beaucoup de mobilité des jeunes Africains vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, mais encore trop peu de la mobilité entre les pays africains.

« Un étudiant marocain devrait pouvoir considérer Cotonou comme une destination naturelle pour une expérience académique ou professionnelle, de la même manière qu’un étudiant béninois devrait pouvoir envisager Rabat, Casablanca, Marrakech ou d’autres villes marocaines », souligne Benali.

À son avis, il faudrait développer des programmes conjoints dans la formation professionnelle, l’entrepreneuriat, le numérique, l’agriculture durable, les industries créatives et l’économie sociale. Il faudrait également connecter davantage les écosystèmes d’innovation. Un jeune entrepreneur béninois peut avoir une solution applicable au Maroc, et inversement.

Il relève également la nécessité de travailler sur l’information, car parfois, les opportunités existent, mais elles circulent dans des réseaux très limités. « Nous devons démocratiser l’accès aux programmes, aux bourses, aux formations et aux appels à projets », invite-t-il.

Il propose aussi le mentorat, fort du fait que l’Afrique possède une génération impressionnante d’entrepreneurs, de chercheurs, de responsables associatifs et de professionnels. Il faut créer davantage de mécanismes permettant à cette expérience d’être transmise à la génération suivante.

Des initiatives concrètes pour changer la donne

« Nous pourrions tout d’abord créer un programme annuel d’échange Maroc-Bénin réunissant des jeunes engagés dans leurs territoires. Une première délégation béninoise pourrait venir au Maroc rencontrer des conseils locaux de jeunesse, des collectivités, des universités, des associations et des structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat. Une délégation marocaine pourrait ensuite effectuer le parcours inverse », dit Benali.

Il propose également de développer une académie Maroc-Bénin de la participation citoyenne et du leadership local. Elle pourrait offrir des formations en gouvernance locale, gestion de projet, plaidoyer, communication, entrepreneuriat social et innovation.

Une autre idée, soutient-il, serait de créer des binômes entre organisations marocaines et béninoises autour de projets très concrets. Deux associations pourraient, par exemple, travailler pendant six mois sur une problématique commune et présenter ensuite les résultats de leur travail.

Benali souhaite également que le numérique soit davantage exploité. « Nous n’avons pas besoin d’attendre systématiquement les déplacements physiques pour coopérer. Des jeunes de Cotonou et d’Asilah peuvent travailler ensemble chaque semaine à distance et se rencontrer ensuite pour concrétiser leur projet ».

L’objectif final est de créer une relation durable, et non une coopération qui commence et s’arrête avec une visite officielle.

Des atouts d’une Afrique plus intégrée, pacifique, solidaire et prospère

Plusieurs acteurs, notamment des ONG et des institutions régionales et internationales, s’accordent à dire que l’intégration africaine ne pourra pas être construite uniquement par les gouvernements et qu’elle doit également l’être par les citoyens. Un aspect sur lequel les jeunes ont une responsabilité particulière.

« Nous devons créer une génération qui se considère à la fois marocaine, béninoise, sénégalaise, ivoirienne, kényane ou autre, tout en ayant conscience d’appartenir à un espace africain commun », dit Benali.

Il fait observer que les organisations de jeunesse peuvent construire ces liens beaucoup plus rapidement que les institutions traditionnelles.

« Lorsqu’un jeune Marocain et un jeune Béninois travaillent ensemble sur un projet, les préjugés disparaissent et une relation humaine se crée. La paix se construit également de cette manière. Elle ne commence pas uniquement dans les grandes conférences internationales. Elle commence lorsque les sociétés apprennent à se connaître ».

Pour ce faire, il faudra multiplier les réseaux africains de jeunes, les échanges universitaires, les projets communs, les programmes de volontariat et les espaces de dialogue, propose-t-il.

Inverser la dynamique…

Si, dans les relations internationales, on fait parfois beaucoup de rencontres intéressantes qui produisent de belles photos et de bonnes discussions, mais qui ne débouchent pas toujours sur des actions, Benali souhaite éviter cela. Son ambition est d’établir un mécanisme permanent de coopération entre le réseau et des organisations béninoises de jeunesse. Ensuite, il souhaite travailler sur un programme d’échange permettant à des jeunes des deux pays de découvrir concrètement les expériences de gouvernance locale et de participation citoyenne.

Il souhaite également développer des activités de formation conjointes et explorer les possibilités de collaboration autour de l’entrepreneuriat social et de l’innovation. « Mais je veux surtout que ces partenariats ne concernent pas uniquement les jeunes déjà très connectés ou ceux qui participent régulièrement aux conférences internationales. Nous devons aller chercher les jeunes dans les territoires, dans les petites villes et dans les communautés qui ont moins accès aux opportunités. C’est là que notre coopération aura véritablement du sens », dit Benali.