Ils partent pour se construire un avenir. Chaque année, des milliers de jeunes Africains traversent le désert ou tentent la dangereuse route de la Méditerranée, souvent au péril de leur vie, dans l’espoir de trouver de meilleures conditions d’existence. Malheureusement, le désert continue d’engloutir de nombreuses personnes en route vers un ailleurs meilleur. 

Parmi ces migrants, certains sont hautement qualifiés et disposent de solides compétences intellectuelles. Leur contribution dépasse largement la simple réussite individuelle : ils participent activement au développement économique de leurs pays d’origine tout en contribuant aux économies de leurs pays d’accueil.

Malgré les défis auxquels la diaspora africaine est confrontée à travers le monde, ses contributions financières à destination du continent restent considérables. Ces transferts représentent plusieurs milliards de dollars chaque année. À titre d’exemple, la diaspora égyptienne a transféré en 2025 environ 41,5 milliards de dollars américains, soit une progression de 40,5 % en un an, selon la Banque centrale égyptienne citée par la chaîne de télévision privée tchadienne Tchad24.

Dans cet article, nous proposons un tour d’horizon comparatif des transferts de fonds entre 2024 et 2025, avec un focus sur certains pays africains particulièrement concernés.

L’Afrique, un marché des transferts de fonds en pleine expansion

Selon Digipay.guru, l’Afrique est aujourd’hui l’un des marchés de transferts de fonds connaissant la croissance la plus rapide au monde. D’après cette source, le continent africain a reçu entre 95 et 96,4 milliards de dollars de remittances en 2024, selon les rapports de l’Africa Finance Corporation (AFC) et de la World Bank via Remitscope.

Pour l’année 2025, les flux financiers envoyés par la diaspora devraient dépasser 100 milliards de dollars, avec des projections pouvant atteindre 120 milliards de dollars, selon certains analystes fintech.

Toujours selon Digipay.guru, la valeur transactionnelle totale du marché des transferts de fonds en Afrique devrait atteindre 75,72 milliards de dollars d’ici fin 2025, avec un taux de croissance annuel composé (CAGR) estimé à 9,96 % jusqu’en 2030.

De son côté, la Banque mondiale indique que les transferts de fonds vers l’Afrique ont franchi le cap des 100 milliards de dollars en 2024, dépassant ainsi à la fois les investissements directs étrangers (IDE) et l’aide publique au développement.

Pour de nombreux pays africains, ces transferts constituent désormais la principale source de devises étrangères, soutenant non seulement les ménages mais également l’ensemble de l’économie nationale.

Tableau 1 : Comparaison des transferts de fonds entre 2024 et 2025

Années Montant (milliards US)%du PIB Afrique Croissance observée Principaux récepteurs 
202495-96,4 (NigerianCEO)5,1-5,2% (RemitSCOPE Africa)+3,7% (prévu initialement) sendvalu Nigeria, Égypte, Maroc (NigerianCEO)
2025>100 (jusqu’à 120 projeté) Digipay.guru3,3% (Afrique subsaharienne)inafrika+1,9 à 2,8% (modérée)Business Daily Nigeria (~26 Md), Kenya, Ghana (The African Exponent)

Source : tableau réalisé grâce aux données issues des recherches sur Internet

Selon NigerianCEO, l’Afrique a reçu 95 milliards de dollars de transferts de fonds en 2024, avec le Nigéria et l’Égypte comme principaux bénéficiaires.

Pour Digipay, les transferts de fonds représentent bien plus que de simples transactions financières. Pour des millions de familles africaines, ils constituent une véritable bouée de sauvetage économique.

Ces ressources permettent notamment de financer l’éducation, les soins de santé, le logement, l’entrepreneuriat, etc. 

Elles jouent également un rôle déterminant dans la résilience des économies locales, notamment lorsque d’autres sources de financement se raréfient.

Digipay estime la diaspora africaine à plus de 40 millions de personnes, réparties principalement entre l’Europe, les États-Unis et les pays du Golfe. Cette population continue de croître et génère des flux constants de transferts financiers vers leurs communautés d’origine.

Pourquoi la croissance ralentit en 2025

Selon NigerianCEO, plusieurs facteurs expliquent le ralentissement de la croissance des transferts en 2025, notamment le resserrement des politiques monétaires dans les pays d’accueil (États-Unis et Europe), la persistance de l’inflation, les incertitudes géopolitiques mondiales. 

Ces éléments incitent les migrants à faire preuve de davantage de prudence dans leurs envois d’argent et cela demeure, de nos jours, une réalité. 

Nigeria, Égypte, Maroc : les géants africains des remittances

Dans le classement des principaux bénéficiaires, le Nigeria occupe la première place avec 26 milliards de dollars projetés en 2025, soutenu par une diaspora très active aux États-Unis et en Europe, selon The African Exponent.

Il est suivi par l’Égypte et le Maroc, qui figuraient déjà dans le Top 3 en 2024, et devraient conserver leur position grâce à des corridors financiers bien établis, selon NigerianCEO.

L’Afrique subsaharienne, dans son ensemble, totalise entre 54 et 58 milliards de dollars, soit environ 3,3 % du PIB, un soutien crucial pour de nombreuses zones rurales, selon Sendvalu

Un levier contre la pauvreté

Selon Sebastiane Ebatamehi, analyste spécialisé dans les tendances économiques et les écosystèmes entrepreneuriaux africains, lorsque les transferts de fonds dépassent les financements extérieurs, ils deviennent un levier déterminant pour réduire la pauvreté et stimuler la croissance économique. Il définit les transferts de fonds comme l’argent envoyé par les migrants vers leur pays d’origine. Au fil du temps, ces flux financiers sont devenus un moteur majeur de l’économie de nombreux pays africains.

Avec des millions d’Africains vivant et travaillant à l’étranger, les fonds envoyés à leurs familles représentent une source essentielle de devises étrangères, un revenu crucial pour les ménages et un financement indirect du développement national. 

Lire aussi : L’argent de la diaspora : levier de développement ou simple filet de sécurité pour le Niger ?  

Toutefois, une grande partie de ces ressources est encore consommée plutôt qu’investie, notamment dans la consommation courante.

Selon Sebastiane Ebatamehi, le classement des dix principaux pays africains bénéficiaires des transferts de fonds met en évidence leur importance économique et l’impact direct sur les économies nationales.

Tableau 2 : Les 10 pays africains qui reçoivent le plus de transferts

Ordre PaysDevise en milliards dollars USD (2024)Impact
1Egypte 22,7Les transferts de fonds sont devenus une source essentielle de devises étrangères, soutenant la consommation des ménages et le développement national.
2Nigéria 19,8Ces efforts ont renforcé les réserves de change et la confiance des investisseurs, contribuant ainsi à la diversification économique.
3Maroc 12,05Ces fonds contribuent de manière essentielle au maintien des revenus des ménages, à l’éducation et aux soins de santé, et stimulent la croissance économique par l’augmentation de la consommation et des investissements.
4Kenya 4,94Les transferts de fonds sont devenus la première source de devises étrangères du Kenya, dépassant le tourisme et les exportations agricoles.
5Ghana 4,6Soutien de l’économie nationale, la consommation des ménages, à l’éducation et aux soins de santé, et contribuent à la réduction de la pauvreté et à la stabilité économique.
6Zimbabwe 3,08Soutien aux ménages, leur permettant de subvenir à leurs besoins fondamentaux et de financer de petites entreprises.
7Sénégal 2,94 (11 % du PIB)Investissement dans l’agriculture, le tourisme et projets créateurs d’emplois
8Tunisie 2,8 Soutien de la consommation des ménages et contribution aux réserves de change du pays.
9Algérie 1,86Maintien des revenus des ménages et le soutien de l’économie nationale
10République démocratique du Congo
1,4 
Réduction de la pauvreté et la résilience économique.

Source : tableau réalisé en février 2026 grâce au classement fait par Sebastiane Ebatamehi sur The African Exponent.

Un potentiel d’investissement encore sous-exploité

Selon The High Street Journal, citant le rapport 2025 sur l’état des infrastructures en Afrique publié par la Société financière africaine(AFC) (AFC), l’Afrique a reçu environ 95 milliards de dollars de transferts de fonds en 2024.

Toutefois, la plus grande partie de ces ressources est consacrée à la consommation immédiate, ce qui prive le continent d’une opportunité majeure de mobiliser des capitaux pour le financement des infrastructures.

Le rapport souligne que ces fonds, bien qu’essentiels à la survie des ménages, restent insuffisamment utilisés comme instruments d’investissement formel.

Sans réformes politiques et innovations financières, ces capitaux continueront de rester fragmentés et difficiles à mobiliser pour financer des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports, le logement, l’industrie manufacturière, etc.