
Alors que le pays fait face à des enjeux migratoires sans précédent, une étude récente du réseau panafricain Afrobarometer révèle qu’un Sénégalais sur deux envisage de s’expatrier. Entre désir d’ailleurs pour la jeunesse et gestion complexe de l’accueil des étrangers sur le sol national, l’enquête dresse le portrait d’une société à la croisée des chemins.
Le Sénégal demeure un carrefour migratoire majeur en Afrique de l’Ouest. Mais derrière les chiffres se cache une réalité sociale tendue : un chômage structurel de 20% et une jeunesse (60% de la population a moins de 25 ans) qui voit parfois l’horizon national comme trop étroit pour ses ambitions.
L’appel de l’Occident : une aspiration en hausse
Les données recueillies par l’équipe d’Afrobarometer, dirigée par le Consortium pour la Recherche Economique et Sociale (CRES), sont sans appel : 48% des Sénégalais ont pensé à émigrer, marquant une hausse de 7 points par rapport à 2017. Le moteur de cet exode n’est pas un simple désir de voyage, mais une nécessité économique impérieuse.
« Sept candidats au départ sur dix évoquent la recherche d’emploi ou de meilleures opportunités de travail comme principale raison », souligne l’étude.
Si le gouvernement multiplie les initiatives, comme la Stratégie Nationale de Lutte contre la Migration Irrégulière ou les programmes de migration circulaire vers l’Espagne, l’attraction pour l’Amérique du Nord (41%) et l’Europe (39%) reste prédominante.
Les défis d’une terre d’accueil
En 2025, le Sénégal n’est pas seulement un pays de départ. Avec plus de 13 000 personnes déplacées, dont 11 897 réfugiés, le pays doit gérer sa propre hospitalité dans un contexte économique fragile. Cette situation crée des perceptions nuancées chez les citoyens.
D’un côté, l’impact économique des étrangers divise : 48% des répondants le jugent négatif. De l’autre, la cohabitation sociale reste une force culturelle :
« La majorité des citoyens (75%) aimeraient ou sont indifférents à l’idée d’avoir pour voisins des immigrés ou travailleurs étrangers. »
Cela démontre que si les Sénégalais s’inquiètent de la pression sur le marché du travail, ils conservent une ouverture humaine remarquable au quotidien, fidèle à l’esprit de la Teranga.
Une intégration régionale à construire
Le rapport met également en lumière un paradoxe sur l’unité africaine. Si une courte majorité (53%) soutient la libre circulation dans la sous-région, les obstacles concrets se multiplient sur le terrain.
« Trois quarts des répondants (76%) affirment qu’il est difficile de traverser les frontières internationales en Afrique de l’Ouest, une hausse de 10 points par rapport à 2017. »
Plus frappant encore, la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf),pilier du développement futur du continent, reste largement méconnue : seul un citoyen sur sept en a entendu parler.