
Au terme de deux jours de dialogue à Luanda en Angola, les 24 et 25 novembre 2025, l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) ont adopté une Déclaration conjointe marquant une étape importante dans la redéfinition de leur approche commune de la migration. Loin des narratifs alarmistes et des idées reçues qui circulent souvent dans le débat public, les deux blocs rappellent que la mobilité humaine peut être une opportunité partagée, dès lors qu’elle est pensée de manière sûre, régulière et respectueuse de la dignité humaine.
Dans leur document final, les deux organisations insistent sur un principe fondamental : la migration n’est pas une menace, mais un phénomène naturel qui, bien géré, peut devenir un catalyseur de progrès économique, social et humain pour les pays d’origine comme pour les pays d’accueil.
Étudiants, chercheurs, universitaires, entrepreneurs : les voies légales de mobilité constituent, selon la déclaration, un outil essentiel pour favoriser l’innovation, le transfert de compétences et l’intégration économique entre les deux continents.
Cette approche s’oppose frontalement aux représentations réductrices qui associent systématiquement migration à crise, danger ou perte. L’UA et l’UE reconnaissent ainsi la contribution majeure des diasporas africaines en matière de transferts de fonds, d’investissements et de circulation des savoirs et s’engagent à réduire le coût des remises migratoires afin d’en renforcer l’impact sur le développement local.
Responsabilité partagée, droits humains au centre
Le texte adopté par les chefs d’État et de gouvernement réaffirme une vision globale et équilibrée de la migration, fondée sur la responsabilité partagée et le respect des droits humains.
Les deux partenaires annoncent un renforcement de leur coopération pour prévenir la migration irrégulière, lutter contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains, améliorer la gestion des frontières et garantir des procédures de retour qui soient sûres, dignes et conformes au droit international.
L’accent est également mis sur les causes profondes des déplacements forcés : inégalités persistantes, instabilité régionale, manque d’opportunités économiques, vulnérabilité climatique. L’UA et l’UE affirment vouloir y répondre par des investissements dans la croissance inclusive, la stabilité et le développement durable.
Davantage de routes légales entre l’Afrique et l’Europe
L’un des messages les plus forts de ce sommet concerne l’ouverture et l’élargissement des voies légales de migration. Une orientation portée notamment par les États africains, qui appellent à faciliter les programmes d’échanges académiques, les mobilités étudiantes et les migrations circulaires. Ce type de mobilité constitue une alternative concrète aux parcours dangereux empruntés par de nombreux jeunes en quête d’opportunités, souvent victimes de réseaux criminels.
L’Observatoire africain des migrations (OAM), basé au Maroc, ainsi que les processus régionaux de Rabat et de Khartoum, auront un rôle clé dans la coordination de ces nouvelles politiques migratoires.
Un contexte géopolitique en mutation
Ce 7ᵉ Sommet UA–UE coïncidait avec le 25ᵉ anniversaire du partenariat entre les deux organisations. Lors de la séance d’ouverture, le président angolais João Lourenço a plaidé pour un système international plus équitable, où les pays africains participent pleinement à la gouvernance mondiale.
Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a quant à lui réitéré la nécessité de lever les barrières commerciales qui freinent les exportations africaines vers l’Europe, rappelant que la question migratoire ne peut être dissociée des enjeux de développement économique.
Parallèlement, les chefs d’État ont examiné des dossiers liés aux investissements, à l’industrialisation, aux ressources minérales et aux échanges bilatéraux autant de domaines qui conditionnent l’avenir des mobilités entre les deux continents.
Changer le récit migratoire : de la peur à la coopération
En réaffirmant que la migration sûre, ordonnée et régulière peut être une source de prospérité mutuelle, l’Union africaine et l’Union européenne ouvrent la voie à un discours plus juste et plus ancré dans la réalité.
Ce sommet marque une tentative claire de déconstruire les stéréotypes qui entourent les migrations africaines et de promouvoir une vision fondée sur les faits, la dignité et la coopération.