Dans les crises humanitaires, les populations déplacées sont souvent présentées comme de simples bénéficiaires de l’aide. Pourtant, elles sont aussi les premières à se mobiliser, à secourir leurs proches et à maintenir en vie les solidarités locales. C’est l’un des principaux enseignements de la 28ᵉ édition de la Revue des Migrations Forcées, consacrée au renforcement des capacités des pays du Sud.

Publié par le Centre d’études sur les réfugiés de l’Université d’Oxford en 2007, le document de 68 pages interroge l’écart entre les discours des agences internationales et leurs pratiques sur le terrain. Toutes affirment vouloir renforcer les organisations locales. Mais, dans les faits, selon la revue, les décisions, les financements et la conduite des opérations restent largement contrôlés par les acteurs internationaux.

La revue dénonce ainsi une conception déséquilibrée du partenariat. Les ONG nationales sont fréquemment réduites au rôle de structures chargées d’exécuter des programmes conçus ailleurs. Elles sont consultées, mais rarement associées aux choix stratégiques. Cette situation entretient une relation de dépendance : l’organisation internationale conserve les ressources et le pouvoir de décision, tandis que son partenaire local fournit l’accès aux communautés, la connaissance du terrain et le personnel nécessaire.

Ce document cite la douloureuse expérience du tsunami de décembre 2004 en Asie qui a illustré les limites de cette approche. Dans les premières heures, les populations voisines ont sauvé de nombreuses vies grâce à leur connaissance des lieux et à leur capacité d’intervention immédiate. Pourtant, l’arrivée massive des agences internationales a parfois marginalisé les organisations locales. Le recrutement de leur personnel, la hausse des loyers et la multiplication de réunions en anglais ont affaibli les structures existantes, a fait savoir cette revue. Au lieu de consolider les capacités locales, l’aide extérieure a parfois contribué à les fragiliser.

La question de la sécurité du personnel humanitaire révèle également une profonde inégalité. Lorsque les risques deviennent trop élevés, les expatriés sont souvent évacués, tandis que les employés nationaux continuent d’assurer les activités auprès des populations. Or, selon la revue, le personnel local représentait 79% des victimes recensées parmi les travailleurs humanitaires entre 1997 et 2006. Malgré cette exposition, il bénéficie souvent de moins de formations, d’équipements et de mécanismes de protection.

Face à ces constats, la revue appelle à repenser l’aide humanitaire. Le renforcement des capacités ne devrait pas se limiter à former quelques agents ou à financer des projets de courte durée. Il doit aussi soutenir la gouvernance, la gestion administrative, les systèmes financiers, la participation citoyenne et l’autonomie des organisations locales.

L’exemple du programme PIUR, en Colombie, montre qu’une autre voie est possible. Élaborée avec la participation directe des personnes déplacées, cette initiative a permis de financer des projets de logement et de création d’emplois. À la fin de 2006, elle avait mobilisé 4,2 millions de dollars et bénéficié à plus d’un millier de personnes déplacées ainsi qu’à des familles vulnérables. Son succès repose sur une idée simple : les populations concernées doivent participer à l’identification des besoins, à la conception des projets et au suivi des résultats.

La migration forcée ne peut donc être traitée uniquement par des réponses d’urgence. Elle exige des partenariats équilibrés, des financements durables et une véritable reconnaissance du savoir local. Aider ne signifie pas, d’après les conclusions de la revue,  agir à la place des communautés, mais créer les conditions pour qu’elles puissent mieux se protéger, décider et reconstruire leur avenir.