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Journée internationale des migrants : entre promesses de développement et drames dans la diaspora sénégalaise
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Journée internationale des migrants : entre promesses de développement et drames dans la diaspora sénégalaise
Ndiémé Faye 🇸🇳
Ndiémé Faye 🇸🇳
January 17, 2026

Célébrée le 18 décembre, la Journée internationale des migrants (IMD) met en lumière le rôle central de la migration dans le développement économique, social et culturel des sociétés. Mais derrière les discours sur la mobilité comme levier de prospérité se cachent aussi des réalités douloureuses : précarité, violences et morts dans la diaspora. Au Sénégal, les initiatives porteuses d’espoir de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) contrastent avec le bilan alarmant dressé par la société civile sur la protection des migrants à l’étranger.

Cette journée internationale des migrants, une date symbolique qui réaffirme la nécessité de bâtir des systèmes migratoires plus sûrs, plus inclusifs et plus équitables dans un monde en mutation rapide. Malgré son importance croissante, la migration demeure mal comprise et insuffisamment encadrée, souffrant d’un déficit chronique de financements, de partenariats solides et de données fiables pour répondre aux réalités actuelles.

Le thème de cette année, « Ma grande histoire : cultures et développement », rappelle que la mobilité humaine est un puissant moteur de croissance. Elle enrichit les sociétés, renforce les liens communautaires et permet aux populations de s’adapter aux transformations économiques et sociales. En 2025, ce message reste d’une brûlante actualité, tant la migration façonne désormais les économies, les communautés et le développement mondial.

Une force déterminante du XXIᵉ siècle

La migration s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes dynamiques de notre siècle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les envois de fonds vers les pays à faible et moyen revenu ont atteint un niveau record de 685 milliards de dollars, contribuant directement à la réduction de la pauvreté et au financement de l’éducation, de la santé et de l’entrepreneuriat. Elle permet également de combler les pénuries de main-d’œuvre, de stimuler l’innovation et de soutenir la stabilité démographique dans de nombreux pays. Cependant, ces bénéfices ne peuvent se déployer pleinement que lorsque la migration est sûre, ordonnée et gérée de manière responsable. Une migration bien encadrée devient alors un véritable atout stratégique, renforçant la résilience des sociétés, favorisant le développement et consolidant la cohésion sociale.

C’est dans cet esprit que l’OIM Sénégal a organisé, le 18 décembre à Dakar, une journée portes ouvertes placée sous le thème : « Promouvoir les voies de migration sûres et régulières comme facteur de prospérité pour les migrants et les communautés, à chaque étape ». L’événement a rassemblé des migrants de retour, des représentants gouvernementaux et des acteurs de la société civile autour d’un objectif commun : valoriser les contributions des migrants et réfléchir aux moyens de maximiser leur impact sur le développement national. Pour Madame Aissata Kane, Cheffe de mission de l’OIM Sénégal, « la migration doit être abordée comme un levier de transformation positive, non seulement pour les migrants eux-mêmes, mais aussi pour les sociétés d’accueil ». Un message repris par Mme Marie Niang, représentante des migrants, qui a insisté sur l’importance du respect des droits humains et de la solidarité.

Moment fort de la journée, la signature de deux accords stratégiques : une convention cadre avec le Centre africain de complémentarité scolaire, universitaire et de promotion (CACSUP) pour renforcer les opportunités éducatives et professionnelles des migrants de retour et un partenariat avec la Direction de la Coopération décentralisée du ministère de l’Urbanisme, en faveur de leur réintégration économique. La remise symbolique de cartes de couverture maladie universelle (CMU) et de cartes bancaires inclusives (CBI) à dix migrants de retour a également marqué un pas important vers leur inclusion sociale et financière.  De son côté, l’ambassadeur de l’Union européenne, M. Jean-Marc Pisani, a souligné que « les objectifs de La Valette restent une boussole essentielle pour s’attaquer aux causes profondes de la migration ».

Un bilan sombre qui assombrit la célébration

Mais cette célébration de la migration comme moteur de développement contraste avec un constat beaucoup plus sombre dressé par l’Organisation Internationale de Défense, d’Orientation et d’Intégration des Migrants, Horizons sans Frontières. Lors d’une conférence de presse tenue le même jour, son président Boubacar Sy a révélé que 29 Sénégalais ont été assassinés ou retrouvés morts dans la diaspora en 2025, soit près de trois morts par mois. Un chiffre alarmant qui pose la question de la protection des migrants sénégalais à l’étranger.

Plus inquiétant encore, l’émergence d’un phénomène nouveau : des crimes commis par des Sénégalais contre leurs propres compatriotes dans les pays d’accueil. « Aujourd’hui, nous nous tuons entre nous à l’étranger. Cela pose un véritable problème », a-t-il dénoncé. Face à ces drames souvent restés sans suite judiciaire, Boubacar Sy appelle l’État du Sénégal à se constituer systématiquement partie civile afin de garantir l’ouverture d’enquêtes et de soulager les familles endeuillées. Pour lui, il est urgent de bâtir une politique migratoire réellement axée sur la protection des citoyens sénégalais à l’extérieur.

La Journée internationale des migrants rappelle ainsi une vérité fondamentale : chaque migrant porte une histoire de résilience, de courage et de possibilités. Mais pour que ces histoires individuelles s’inscrivent dans une grande histoire collective porteuse de développement et de justice sociale, les engagements doivent dépasser les symboles. Comme le souligne le thème de 2025, « Ma grande histoire » n’est pas seulement celle des migrants. C’est aussi celle des États, des institutions et des sociétés qui choisissent ou non de faire de la migration un vecteur d’avenir plus juste, plus humain et plus durable.


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