
Le Sénégal a franchi un cap historique avec l’organisation, le 17 décembre 2025, de la première Journée nationale de la diaspora. En consacrant officiellement les Sénégalais de l’extérieur comme partenaires stratégiques du développement, les autorités ouvrent une nouvelle ère de co-construction nationale, où compétences, investissements et citoyenneté active de la diaspora deviennent des leviers majeurs de la Vision Sénégal 2050.
Le Sénégal a franchi une étape politique et symbolique majeure avec la tenue, le 17 décembre 2025, de la première édition de la Journée nationale de la diaspora, présidée par le Chef de l’État, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Placée sous le thème évocateur : « La diaspora sénégalaise, levier de transformation du pays », cette journée consacre la reconnaissance officielle et assumée du rôle central des Sénégalais de l’extérieur dans la construction nationale. Cette initiative marque un tournant dans la relation entre l’État et sa diaspora. Elle traduit une volonté politique claire : faire des Sénégalais de l’extérieur non plus de simples contributeurs financiers, mais de véritables partenaires stratégiques du développement, pleinement intégrés aux politiques publiques et à la vision de long terme du pays.
Dans son discours, le Président de la République a réaffirmé que la diaspora sénégalaise n’est « ni marginale ni périphérique », mais bien une partie intégrante de la communauté nationale. Force vive, pilier économique, acteur culturel, scientifique et technique, vitrine du sport national, la diaspora apparaît comme une extension dynamique de la Nation sénégalaise à travers le monde. Cette reconnaissance s’inscrit pleinement dans l’Agenda national de Transformation et dans la Vision Sénégal 2050, feuille de route stratégique adoptée par les autorités pour bâtir un Sénégal souverain, juste, prospère et solidaire. Dans ce référentiel, la diaspora occupe une place de choix, à la fois comme actrice de la citoyenneté active et comme levier de mobilisation des compétences, des talents et des ressources. « J’ai voulu réaffirmer solennellement la place stratégique que j’accorde à nos compatriotes établis à l’étranger », a déclaré le Chef de l’État, soulignant la nécessité de renforcer durablement les liens entre la Nation et sa diaspora, et d’intégrer davantage ses aspirations dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques.
Au-delà des discours de reconnaissance, le Président Faye a posé un diagnostic lucide des difficultés auxquelles font face les Sénégalais de l’extérieur. Parmi les défis majeurs identifiés figurent :
Sur la question du logement, le Chef de l’État a reconnu la nécessité de réponses « adaptées et durables », reposant sur des politiques publiques crédibles, des dispositifs financiers innovants et des partenariats solides, capables de garantir un habitat décent, sécurisé et conforme aux attentes des Sénégalais de l’extérieur. Concernant l’administration consulaire, d’importantes réformes ont été annoncées. Trois objectifs sont clairement affichés : simplifier les démarches, améliorer l’accueil des usagers et garantir une plus grande fiabilité des documents délivrés, notamment le passeport et la carte consulaire. Des réformes majeures dans ce domaine devraient entrer en vigueur prochainement.
Le Président de la République a également insisté sur le renforcement de la protection et de l’assistance des Sénégalais vivant à l’étranger, notamment face aux drames liés aux meurtres, aux trafics et à la traite des êtres humains. Ces situations, souvent douloureuses et complexes, laissent des familles dans l’attente prolongée de réponses sur le sort de leurs proches. « Notre dispositif de protection consulaire et d’accompagnement devra être renforcé pour un suivi rapproché de chaque cas », a affirmé le Chef de l’État, faisant de la dignité et de la sécurité des Sénégalais de l’extérieur un impératif moral et politique.
La mise en œuvre du New Deal technologique constitue un autre pilier de la nouvelle relation entre le Sénégal et sa diaspora. Le numérique est appelé à jouer un rôle central dans le rapprochement entre les compétences de l’extérieur et les besoins du pays. « Le numérique abolit les distances. La diaspora, déjà proche par le cœur, le devient encore davantage par son engagement concret et permanent au service du pays », a déclaré le Président Faye, ambitionnant de faire du Sénégal un véritable creuset de cerveaux et de compétences, notamment dans les domaines de l’économie, de la finance, de l’administration, de la science et de la technologie. Grâce à la digitalisation, le partage de savoirs, l’expertise à distance, l’appui aux administrations, aux universités et aux entreprises deviennent désormais possibles à grande échelle, renforçant ainsi l’impact qualitatif de la diaspora sur le développement national.
Le rôle économique de la diaspora sénégalaise s’illustre de manière spectaculaire à travers les transferts financiers, qui ont atteint un niveau historique en 2024. Selon les données de la BCEAO, ces transferts se sont élevés à 2 211 milliards de francs CFA, contre environ 1 600 milliards en 2023, soit près de 12 % du PIB national. Ces flux financiers dépassent désormais l’aide publique au développement et rivalisent avec les principaux secteurs d’exportation. Ils soutiennent la consommation des ménages, contribuent à la réduction de la pauvreté et participent à la stabilité macroéconomique du pays.
Pour le Premier ministre Ousmane Sonko, cette diaspora constitue un véritable « or financier », appelé à jouer un rôle central dans le financement de la souveraineté économique du Sénégal. Dans cette optique, les autorités ont engagé une stratégie visant à orienter une partie de ces ressources vers le financement direct de l’État, notamment à travers des mécanismes d’emprunt dédiés à la diaspora. Le succès récent du troisième Appel public à l’épargne (APE), dont les souscriptions ont atteint 450 milliards de francs CFA pour un objectif initial de 300 milliards, illustre l’engagement croissant des Sénégalais de l’extérieur dans les instruments de financement du développement national. Ces « diaspora bonds » offrent à l’État une source de financement stable, tout en renforçant les réserves de change et en réduisant la dépendance aux marchés financiers internationaux.
Dans la continuité de cette dynamique, le Président de la République a rappelé le lancement du Programme spécial d’accompagnement et de promotion des Sénégalais de l’extérieur, piloté par le Gouvernement. Aligné sur le référentiel Sénégal 2050, ce programme vise à promouvoir une gouvernance intégrée, durable et inclusive de la diaspora, en améliorant les dispositifs d’accompagnement, d’assistance, de protection et de valorisation de leur contribution économique, sociale et culturelle.
« La diaspora ne doit plus être perçue seulement comme une source de ressources financières, mais comme un véritable partenaire stratégique dans la construction de notre avenir commun », a conclu le Chef de l’État, appelant à une meilleure écoute, une représentation renforcée et un accompagnement adapté aux réalités des Sénégalais de l’extérieur. Avec cette première Journée nationale de la diaspora, le Sénégal amorce ainsi une nouvelle ère de co-construction nationale, fondée sur la confiance, la reconnaissance et la mobilisation stratégique de l’un de ses atouts les plus puissants : sa diaspora.
Au-delà des chiffres et des politiques publiques, la diaspora sénégalaise se distingue par la qualité de ses trajectoires migratoires et la diversité de ses réussites à travers le monde. Présente sur tous les continents, elle s’illustre dans des secteurs aussi stratégiques que la finance, la médecine, l’ingénierie, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, les nouvelles technologies, l’entrepreneuriat, le sport et la culture. De nombreux Sénégalais de l’extérieur occupent aujourd’hui des postes de responsabilité dans les administrations internationales, les grandes entreprises, les universités de renom et les centres de recherche. D’autres ont bâti des entreprises performantes, créatrices d’emplois, aussi bien dans leurs pays d’accueil qu’au Sénégal, contribuant ainsi à la circulation des capitaux, des compétences et des innovations.
Cette réussite migratoire repose sur des valeurs profondément ancrées : le travail, la résilience, la solidarité et l’attachement au pays d’origine. Malgré les défis de l’intégration, les Sénégalais de la diaspora ont su transformer l’expérience migratoire en opportunité, devenant des ambassadeurs du savoir-faire et de l’image du Sénégal à l’international. Dans le domaine académique et scientifique, la diaspora joue un rôle clé dans la transmission des connaissances, la coopération universitaire et la formation des jeunes générations. Grâce aux réseaux professionnels transnationaux, aux initiatives de mentorat et aux partenariats institutionnels, elle contribue activement au renforcement du capital humain national.
Les réussites sportives et culturelles participent également au rayonnement du Sénégal. Artistes, intellectuels, sportifs de haut niveau et acteurs culturels issus de la diaspora portent haut les couleurs nationales et renforcent le soft power sénégalais sur la scène mondiale. Ces succès individuels et collectifs donnent tout leur sens à l’ambition affichée par les autorités : faire de la diaspora non seulement un levier économique, mais aussi un réservoir stratégique de compétences, d’idées et d’expériences, au service de la transformation structurelle du pays. Ils confirment que la migration sénégalaise, loin d’être une fuite, constitue un atout majeur de développement, dès lors qu’elle est accompagnée, structurée et pleinement intégrée dans les politiques publiques.