En 2026, la migration s’impose plus que jamais comme une question centrale en Afrique et dans le monde. Expulsions en Occident, externalisation des migrants, restrictions d’accès au travail dans certains pays africains, déplacements liés à l’insécurité et au climat, mais aussi trafics humains, tortures et naufrages : les réalités migratoires restent préoccupantes. Face à cette situation, experts et acteurs appellent à une refonte des approches, avec une priorité claire : humaniser la migration et en faire un levier de développement.

Pour le Professeur Shamsidine Akrawati ADJITA, Doyen de la Faculté de droit de l’Université de Lomé, le diagnostic est sans détour : « Il ne s’agit pas d’enjeux, mais plutôt de défis. Nous sommes confrontés à une crise existentielle ». Au cœur du problème : l’absence de conditions de vie satisfaisantes dans les pays de départ. « Comment faire pour que les gens soient fiers de rester chez eux ? », interroge-t-il.

Selon lui, la réponse passe par une meilleure gouvernance et des politiques publiques capables d’offrir des perspectives : « Il faut améliorer le bien-vivre ensemble chez nous en donnant les conditions que les gens vont chercher ailleurs».

Même logique pour la prévention des départs : anticiper, évaluer les politiques à mi-parcours et corriger les insuffisances.

Accès à la justice : un chantier prioritaire

Au-delà des causes du départ, la protection des migrants reste un enjeu majeur, notamment pour les femmes, les enfants et les travailleurs.

Gildas NONNOU, Professeur agrégé (Bénin) et membre du Réseau des Experts Juristes en Migration d’Afrique de l’Ouest et du Centre, plaide pour une approche concrète : « Si nous pouvons réussir à accompagner ne serait-ce que 50 personnes en difficulté d’accès à la justice, nous aurions déjà avancé».

Pour lui, il est temps de sortir du cadre théorique : « Il faut dépasser le stade des productions livresques pour aller davantage à l’action».

L’inclusion, clé du développement

Dans un contexte de mobilité croissante, l’inclusion apparaît comme un levier stratégique.

« On ne peut pas penser le développement sans penser la mobilité humaine », insiste Dieudonné KOSSI, Directeur exécutif de la Clinique d’expertise juridique et sociale (Cejus), à Lomé au Togo.

Les migrants, loin d’être un fardeau, contribuent activement aux économies nationales, notamment à travers la diaspora et les activités commerciales. 

« On ne peut plus exclure les migrants, les femmes, les personnes handicapées ou les enfants des politiques de développement », affirme-t-il.

CEDEAO : le défi de la légitimité

Autre point de tension : le rôle de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). Pour le Professeur ADJITA, l’organisation sous-régionale traverse une crise : « Elle est dans l’impasse. Elle doit se restructurer et s’adapter».

Son plaidoyer est clair : revenir à l’esprit initial d’une « CEDEAO des peuples », fondée sur la libre circulation et au service des citoyens. 

« Faire le bien des peuples et non celui de ceux qui les gouvernent », résume-t-il.

Former, harmoniser, reconnaître les compétences

Du côté des solutions, Norbert N’ZONOU, Docteur en droit privé de l’Université de Lomé, met l’accent sur la coopération entre États.

Parmi les priorités, il invite à : harmoniser les cadres juridiques ; faciliter la reconnaissance des diplômes et renforcer les systèmes éducatifs.

« La migration ne cessera pas. Elle est aussi ancienne que le monde », rappelle-t-il. D’où la nécessité d’aller plus loin, notamment avec la création de centres régionaux d’excellence et de reconnaissance des compétences.

Transformer la migration en opportunité

Le droit doit jouer un rôle structurant, préconise l’Honorable Juge Modibo SACKO, Président de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples : « Le droit ne doit pas être un instrument de peur, mais un instrument de justice». Son appel : bâtir une gouvernance migratoire fondée sur la responsabilité, la solidarité et la dignité.

« Comment concilier souveraineté nationale et protection des droits humains ? », questionne-t-il. Pour lui, c’est à cette condition que l’Afrique pourra transformer les crises migratoires en opportunités de développement durable.