La migration des mineurs, qu’ils soient accompagnés ou non, pose des défis majeurs aux États africains et aux institutions internationales. Entre protection, sécurité et responsabilité publique, l’équilibre est délicat. Pour éclairer cette interaction complexe entre droit de l’enfant et migration, nous avons rencontré El Hadj Baba Wangara, contrôleur principal de police, engagé sur les questions de protection des mineurs.
Comment le droit de l’enfant encadre-t-il la question migratoire ?
Tout part de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la quasi-totalité des États du monde. C’est un droit universel, indivisible, qui s’applique à tous les enfants sans distinction.
Trois principes fondamentaux doivent guider toute politique migratoire dont l’intérêt supérieur de l’enfant, le principe de non-discrimination (article 2), et le respect de l’opinion de l’enfant (article 12).
En Afrique, nous parlons beaucoup de protection de l’enfant, mais nous écoutons peu son opinion. Or, un enfant a le droit d’être entendu. Il faut changer de paradigme et lui donner une place réelle dans les décisions qui le concernent.
Pourquoi des enfants migrent-ils seuls ?
Il n’est pas rare de voir des mineurs de 15 ou 16 ans emprunter les routes migratoires. Il faut comprendre les causes. Dans le Sahel, les crises sécuritaires sont graves. Violences armées, pauvreté extrême, fermeture d’écoles, accès limité aux soins…Les enfants fuient ces réalités.
Certains cherchent simplement à survivre. D’autres espèrent accéder à l’éducation ou soutenir leur famille. J’ai vu des enfants parcourir des kilomètres pour aller à l’école. Quand les écoles ferment à cause des conflits, la migration devient, pour eux, une stratégie de survie.
Il ne faut pas nier qu’il existe un aspect “positif” perçu : développement personnel, accès à l’université, opportunités économiques. Mais cet espoir masque souvent des dangers majeurs.
Quels sont les principaux dangers auxquels ces enfants sont confrontés ?
Les risques sont nombreux et particulièrement graves. D’abord, l’enrôlement forcé dans des groupes armés. Dans certaines zones du Sahel ou d’Afrique centrale, des mineurs sont recrutés et se retrouvent, parfois dès 14 ou 16 ans, armés, manipulés et exposés à la radicalisation.
S’ajoute la traite des êtres humains, qui prend plusieurs formes : exploitation sexuelle, travail forcé ou servitude domestique. De jeunes filles, parfois âgées de moins de 16 ans, sont exploitées comme domestiques à l’étranger, souvent sans rémunération pendant de longs mois.
L’exploitation dans les mines constitue également un danger. Dans certaines régions du Mali, des enfants travaillent dans des conditions difficiles pour financer leur migration vers l’Afrique du Nord, en violation des règles qui interdisent le travail des enfants dans ce type d’environnement.
Les réseaux criminels et les passeurs contribuent aussi à ces situations d’abus. Ils utilisent des stratégies de manipulation variées : promesses trompeuses de protection, endettement, menaces ou pressions psychologiques et sociales.
Enfin, les parcours migratoires exposent ces enfants à des situations d’abandon et de violences extrêmes. En plein désert, certains sont laissés sans assistance, et les images issues des opérations de secours témoignent de réalités souvent dramatiques.
Enfants non accompagnés ou séparés : quelle différence ?
Il faut distinguer :
- Enfant non accompagné : aucun parent ni tuteur légal
- Enfant séparé : accompagné par un adulte autre que ses parents
Cette distinction est essentielle pour adapter les mécanismes de protection.
Le cadre juridique existe-t-il ?
Oui, le cadre juridique est dense.
Au niveau international
- Convention internationale des droits de l’enfant
- Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières
- Pacte mondial sur les réfugiés
- Principe de non-refoulement
Au niveau régional africain
- Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant
- Directives de la CEDEAO et de l’Union africaine sur la protection des mineurs non accompagnés
Ces instruments imposent des obligations claires aux États : alternatives à la détention, approche sensible à l’enfant, protection renforcée.
Quel rôle jouent les forces de sécurité et la coopération internationale ?
La lutte contre les réseaux criminels nécessite une coopération renforcée. En Europe, par exemple, Frontex joue un rôle central dans la gestion des frontières.
Cependant, la réponse ne peut pas se limiter au contrôle. Il faut investir dans le renforcement des capacités locales en Afrique : formation des acteurs, coopération régionale, prévention communautaire.
La migration des enfants ne peut être traitée uniquement par des dispositifs sécuritaires.
Plaidoyer : protéger plutôt que subir
Absolument. Nous menons des actions de sensibilisation pour que les jeunes comprennent les dangers réels de la migration irrégulière.
Mais au-delà de la sensibilisation, il faut investir dans l’éducation, garantir l’accès aux services sociaux de base, lutter contre la pauvreté, soutenir les familles, et renforcer les systèmes de protection de l’enfance