Les Béninois oscillent entre l’envie de quitter leur pays et une certaine réserve face à l’accueil de migrants étrangers. En revanche, ils se montrent largement favorables à la libre circulation régionale et à l’ouverture commerciale. C’est ce que révèle la dernière enquête de Afrobarometer, publiée en août 2025.
Selon l’étude, quatre Béninois sur dix (40%) déclarent avoir envisagé d’émigrer vers un autre pays. Cette proportion marque toutefois une baisse de six points par rapport à 2017. Les motivations restent essentiellement économiques : la recherche d’un emploi (37%), les difficultés économiques (28%), la pauvreté (14%) ou encore la quête de meilleures opportunités d’affaires (6%).
Les destinations envisagées se répartissent désormais presque à parts égales. Près de la moitié des aspirants à l’émigration souhaitent rester sur le continent africain, principalement au Nigéria (23%) ou dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest (16%). L’autre moitié se projette vers l’Occident, notamment l’Europe (20%) et l’Amérique du Nord (18%). Cette répartition contraste avec 2017, où 57% des candidats au départ privilégiaient encore l’Afrique.
Des perceptions positives, mais un accueil mesuré
L’enquête met en lumière une perception globale des migrants. Bien que 64% des répondants (soit plus de six répondants sur dix) estiment que l’impact économique des migrants étrangers est positif pour le Bénin, les réticences demeurent fortes. Seuls 27% souhaitent que le pays accueille davantage de travailleurs étrangers, et 25% se disent favorables à l’accueil accru de réfugiés. Cette prudence traduit un décalage entre la reconnaissance des apports économiques de l’immigration et les préoccupations sociales ou économiques internes.
Une forte adhésion à la libre circulation régionale
L’enquête met en évidence un soutien massif à la libre circulation en Afrique de l’Ouest. Près des trois quarts des Béninois (74%) estiment que les populations de la sous-région devraient pouvoir franchir librement les frontières pour travailler ou commercer. Pourtant, cette aspiration se heurte à la réalité du terrain : (78 %) déclarent qu’il est « difficile » (47 %) ou « très difficile » (31 %) de traverser les frontières internationales en Afrique de l’Ouest pour y travailler ou y faire du commerce. Un décalage apparaît ainsi entre l’aspiration à la libre circulation et la réalité perçue sur le terrain.
Ouverture commerciale plébiscitée, intégration continentale méconnue
L’ouverture économique recueille une adhésion quasi unanime. Plus de huit citoyens sur dix (83%) souhaitent que le gouvernement béninois facilite les échanges commerciaux avec d’autres pays afin de stimuler les opportunités économiques. Pour 70 % des citoyens, cette ouverture devrait concerner tous les pays du monde. En revanche, 20 % privilégient une coopération centrée sur l’Afrique et 6 % exclusivement sur l’Afrique de l’Ouest.
Malgré cette volonté d’intégration économique, la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine demeure largement méconnue : seuls 8 % des répondants déclarent en avoir entendu parler. Même parmi les personnes les plus instruites, les plus aisées et les plus âgées, le niveau de connaissance ne dépasse pas 10 à 12 %, soulignant un déficit d’information sur les politiques d’intégration continentale.
Un pays au cœur des dynamiques migratoires
Situé au carrefour de plusieurs routes migratoires, le Bénin est à la fois pays d’origine, de transit et de destination. L’émigration béninoise se dirige principalement vers l’Afrique de l’Ouest et la France. Il s’agit souvent de migrants qualifiés dont les transferts de fonds soutiennent les ménages. En 2020, ces envois s’élevaient à environ 206 millions de dollars américains, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations et Index Mundi.
Parallèlement, le Bénin accueille des immigrés majoritairement originaires d’Afrique de l’Ouest, souvent actifs comme travailleurs indépendants ou des déplacés suite à la menace sécuritaire. Cette réalité confirme le rôle central du pays dans la mobilité humaine régionale.
Un besoin de pédagogie sur l’intégration africaine
L’enquête d’Afrobarometer, conduite au Bénin par Innovante Recherche en Économie et Gouvernance (IREG), a été réalisée auprès de 1 200 adultes entre le 29 janvier et le 9 février 2024, avec une marge d’erreur de plus ou moins trois points et un niveau de confiance de 95 %. Des sondages similaires avaient déjà été menés en 2005, 2008, 2011, 2014, 2017, 2020 et 2022.
L’étude révèle une société béninoise partagée : ouverte à la circulation des personnes et aux échanges économiques, mais prudente quant à l’accueil accru d’étrangers. Le faible niveau de connaissance des initiatives continentales comme la ZLECAf met en lumière l’urgence d’une meilleure communication et d’une pédagogie renforcée autour des politiques d’intégration régionale et africaine.