Pendant quatre jours, la culture burkinabè s’est invitée au cœur de N’Djaména, la capitale tchadienne. Derrière les saveurs, les tissus et les sonorités, les « 72h du bBurkina Faso au Tchad », organisées du 2 au 5 avril 2026 sous le thème « Burkina Faso au cœur de l’authenticité : mon assiette, ma fierté », ont esquissé une autre lecture des mobilités africaines, loin des récits dominants centrés sur l’exil et les frontières. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la 3ème édition des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne.
Dans les allées du village artisanal installé à l’espace Talino Manu dans le quartier sud de N’Djaména, entre étoffes de Faso Dan Fani, objets façonnés à la main et plats traditionnels, se dessine une proximité qui dépasse les appartenances nationales. Les visiteurs tchadiens, burkinabè et autres nationalités circulent d’un stand à l’autre, partagent un repas, échangent des souvenirs. La scène est simple, mais elle dit beaucoup. Elle raconte une mobilité ancrée, quotidienne, faite de cohabitation et d’échanges.
Pour les organisateurs, l’ambition est de faire de cet événement un espace de convergence. Alimata Ba, présidente du comité d’organisation, insiste sur cette dimension. Les « 72h du Burkina Faso ne sont pas seulement une vitrine culturelle. Elles incarnent un trait d’union entre deux peuples dont les liens se sont tissés au fil du temps. Entre hospitalité tchadienne et enracinement burkinabè, c’est une relation faite de proximité et de reconnaissance mutuelle qui s’exprime.
Au-delà de la célébration, l’évènement porte aussi une vision économique. Les stands ne sont pas uniquement des lieux d’exposition, mais des espaces d’opportunités. Artisanat, gastronomie, textile : autant de secteurs où se croisent initiatives locales et perspectives de collaboration. L’objectif est d’encourager les synergies entre entrepreneurs tchadiens et burkinabè, dans une logique de développement partagé. Cette dynamique trouve un écho dans les discours officiels. L’ambassadeur du Burkina Faso au Tchad, Boukaré Zoungrana, a salué l’engagement de la diaspora, soulignant le rôle central de la culture dans le rapprochement des peuples. Dans un contexte sahélien marqué par des défis sécuritaires et économiques, il a rappelé l’importance des solidarités régionales, notamment dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel. Les valeurs mises en avant “fraternité, unité, solidarité” dépassent les frontières nationales et renvoient à une identité plus large, partagée à l’échelle du Sahel.
Une coopération culturelle aux accents politiques
Même tonalité du côté des autorités tchadiennes. Pour Abdoulaye Souleymane Babalé, secrétaire général du ministère en charge de la culture, l’événement traduit une réalité souvent évidente sur le terrain mais peu mise en récit : celle de peuples liés par une histoire commune. « Nous avons les mêmes racines », rappelle-t-il, évoquant une proximité qui ne relève pas seulement de la géographie, mais d’une mémoire collective. Ces paroles trouvent une résonance particulière dans un contexte où les mobilités africaines sont fréquemment réduites à leur dimension irrégulière. À N’Djaména, les “72h du du Burkina Faso au Tchad” proposent un autre regard. Ici, la mobilité ne se vit pas comme une rupture, mais comme une continuité. Elle s’inscrit dans des logiques d’installation, de circulation et de participation à la vie sociale et économique des territoires d’accueil.
Les activités proposées durant ces quatre jours prolongent cette lecture. Expositions, gastronomie, démonstrations artisanales : autant de formes d’expression qui permettent de transmettre, de valoriser et de partager des savoir-faire. En mettant l’accent sur la consommation locale et les identités culinaires, les organisateurs s’inscrivent aussi dans une réflexion plus large sur la souveraineté alimentaire et le patriotisme économique. Mais au fond, ce que révèle cet événement, c’est une réalité souvent invisible dans les discours publics : celle d’une migration qui rapproche, qui construit et qui participe à la vie des sociétés. Une migration faite de familles installées, de réseaux sociaux, de solidarités concrètes.
À travers les “72h du Burkina Faso au Tchad”, la diaspora burkinabè ne se contente pas seulement de célébrer son identité, elle affirme sa place dans un espace partagé, où les frontières s’effacent au profit des liens humains. Dans un Sahel en quête de repères, cette forme de présence dit autre chose de la migration. Elle rappelle qu’elle peut être aussi une histoire d’ancrage, de transmission et de coexistence.