
Dans l’espace ouest-africain, la libre circulation des personnes est un droit reconnu depuis plus de quarante ans. Pourtant, dans le débat public et médiatique, les ressortissants vivant dans un pays voisin continuent d’être désignés comme des « migrants » ou des « étrangers ». Une confusion lexicale qui fragilise l’intégration régionale et nourrit des clichés importés. Nommer juste devient alors un acte citoyen.
La mobilité des citoyens de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) constitue un pilier de l’intégration régionale consacrée en 1979. Cependant la récurrence de certaines expressions pour nommer des ressortissants d’un pays de cette communauté dans un autre, laisse à désirer et appelle à un changement de paradigme pour une réelle intégration.
L’expression la plus appropriée pour désigner un ressortissant de la CEDEAO qui réside dans un pays voisin dépend du cadre juridique, mais certaines formules sont clairement recommandées, car elles respectent l’esprit de l’intégration régionale.
L’expression la plus juste juridique et institutionnelle est “ressortissant communautaire de la CEDEAO”. C’est l’expression la plus correcte et la plus conforme aux textes officiels. Elle s’appuie sur le Protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d’établissement adopté depuis 1979.
En tant que ressortissant communautaire de la CEDEAO, ils bénéficient du droit de résidence dans le pays d’accueil.
D’autres expressions sont appropriées et selon le contexte. Il s’agit de : Citoyen de la CEDEAO et Ressortissant d’un État membre de la CEDEAO.
– Citoyen de la CEDEAO est une expression de plus en plus utilisée dans les discours d’intégration régionale, en adéquation à sa Vision à l’horizon 2050.
La Vision 2050 de la CEDEAO est une feuille de route pour une Afrique de l’Ouest intégrée, pacifique et prospère d’ici 2050, axée sur cinq piliers : paix et sécurité, gouvernance forte, intégration économique, transformation durable et inclusion des femmes, des jeunes, et des enfants. Elle vise une « CEDEAO des peuples » sans frontières où les citoyens prospèrent, avec des institutions solides et le respect des libertés, malgré des défis récents comme le retrait de certains pays (Mali, Burkina Faso, Niger) en 2025.
– Ressortissant d’un État membre de la CEDEAO est une formule neutre, très utilisée dans les textes administratifs et dans la presse.
Expressions à éviter dans le contexte CEDEAO
Des expressions sont à éviter dans le contexte de la CEDEAO. Il s’agit :
La formule la plus forte politiquement et symboliquement est : « citoyen de la CEDEAO résidant dans un pays membre ». Elle traduit clairement l’idée que :
Installé au Bénin, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria ou autre pays de la communauté, un citoyen de la CEDEAO exerce son droit de résidence conformément aux protocoles communautaires sur la libre circulation des personnes. Dans l’espace CEDEAO, la mobilité est un droit, pas une immigration classique.
Nommer juste n’est pas un exercice de style. C’est un acte politique, citoyen et panafricain. Car on ne construira jamais l’intégration régionale avec un vocabulaire de séparation ou qui stigmatise.
Traverser les frontières ouest-africaines, un dossier universitaire, un contrat de travail, parfois simplement la volonté de vivre temporairement ou de s’installer chez le voisin, peut exposer à des mots qui rendent suspect.
Dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la mobilité n’est ni une faveur ni une tolérance administrative. Elle est un droit communautaire, consacré par le Protocole de 1979 sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d’établissement. Parler de « migration » là où il s’agit de mobilité régionale revient à déformer la réalité juridique et politique de l’Afrique de l’Ouest.
Le terme « migrant » s’est chargé, au fil des débats internationaux, d’une forte connotation négative : précarité, irrégularité, insécurité, menace sociale… Une perception largement façonnée par les discours occidentaux sur la migration, régulièrement diffusés sur des médias. Mais peut-on raisonnablement parler de migration lorsqu’un Guinéen tient ses activités au Bénin, un Ivoirien travaille au Sénégal, ou Ghanéen étudie au Togo ?
Ces trajectoires sont des circulations communautaires, au cœur même du projet d’intégration régionale.
L’intégration régionale ne se construit pas uniquement lors des sommets ou à travers les traités. Elle se joue aussi dans les discours publics, dans les médias et les mots du quotidien. L’Afrique de l’Ouest ne se bâtira pas avec des frontières mentales plus solides que les frontières physiques et l’intégration ne se fera pas avec un vocabulaire de méfiance. Le jour où nos médias parleront de citoyens au lieu de parler d’étrangers, la CEDEAO cessera d’être une simple organisation régionale pour devenir enfin une conscience collective.
Nommer correctement, c’est faire vivre l’intégration. Mal nommer, c’est reproduire des clichés et fragiliser une communauté qui aspire à devenir un espace de libre circulation et de solidarité. Une Afrique de l’Ouest qui continue d’appeler ses ressortissants « migrants » ou « étrangers » ne fait pas d’erreur lexicale : elle retarde l’intégration dont elle se dit l’ambassadrice et expose ses ressortissants à des abus de tous genres. Que ce soit dans l’espace communautaire qu’en dehors de celui-ci.