
L’association culturelle Mbootaayu Leppiy Wolof a tenu un colloque ce 22 janvier au centre culturel Blaise Senghor (Dakar), pour notamment revenir sur la migration du peuple wolof du Nil au Fleuve Sénégal. Selon l’historien et disciple de Cheikh Anta Diop tout part de l’Égypte antique.
Dans un espace public plus que jamais démocratisé, les commentaires pullulent sur tout et sur des sujets aussi importants concernant la genèse même d’une communauté. Cela étant dit, toute chose a une origine bien définie. Pour le peuple wolof, selon l’historien Amadou Lamine Yagué, cela a été le fruit d’une longue migration qui part de l’Égypte.
« Il faut rappeler déjà que dès le départ, le Nil a toujours été un lieu de rencontre de plusieurs peuples, un creuset de populations qui ont créé des civilisations, dont celle de l’Égypte pharaonique, qui est la mère de toutes les autres civilisations », renseigne le professeur Amadou Lamine Yagué.
Une précision de taille dans la mesure où le mythe des groupes qui peuplent le Sénégal, d’une manière générale, fait souvent rage.
Poursuivant sa démonstration historique, il ajoute, revenant un peu sur les principales étapes de ce grand mouvement plusieurs fois séculaire :
« Parmi ces nombreux groupes qui ont constitué la grande civilisation égyptienne, nous avons les Wolofs. Ce n’est que plus tard, par la succession d’événements historiques, dont des persécutions que vivront les Noirs en Égypte, que la grande migration des peuples fondateurs de la civilisation mère va s’opérer. Ils n’avaient qu’à suivre le fleuve pour se rendre un peu partout : le lac Tchad, le fleuve Niger, avant d’atteindre le nord du Sénégal vers le XIᵉ siècle, une époque qui coïncide avec la fin de l’empire du Ghana ».
Selon M. Yagué, la chute du Ghana a été un élément plus que décisif avant que les Wolofs, avec d’autres groupes, n’atteignent plus tard le fleuve Sénégal, d’où l’occupation progressive de la Sénégambie est partie.
« Sur place, les Diaobé (Wolofs), avec d’autres groupes, dont les Soninkés, les Sérères et les Peulhs, fondèrent le Tekrour, qui ne deviendra le royaume du Tekrour que quelque temps après avec les Peulhs Denyankobé ».
Le président de l’association Mbootaayu Leppiy Wolof, Amadou Bakhao Diaw, pour sa part, s’arrête un peu sur les autres thématiques abordées lors de ce colloque. « Nous avons évoqué la migration du peuple wolof depuis le Nil jusqu’au fleuve Sénégal, la parenté linguistique avec l’égyptien ancien, les récits des navigateurs portugais, ainsi que la place centrale du peuple Lébou dans la communauté wolof », souligne-t-il.
Pour une meilleure prise en charge et pérennisation de la culture wolof, M. Diaw a parlé d’une bibliothèque numérique. Il présente cet outil comme étant un excellent moyen pour tout jeune désirant en savoir plus sur ses origines.
« Cette ressource sera mise à disposition des jeunes Sénégalais et, à terme, déposée à l’Université de Touba et au département de linguistique pour être traduite en arabe et en wolof », a-t-il précisé.
En définitive, il faut reconnaître que ce genre d’initiatives est toujours bénéfique dans la mesure où elles rétablissent et consolident les faits. Peut-être que d’autres récits similaires sur la migration des autres communautés devraient suivre afin que chacun sache à quel point le chemin parcouru a été parfois long.