Fact-checking

Fact-Checking : « Les migrants irréguliers coûtent-ils cher aux pays d’accueil ? »

Par Koffi Dzakpata5 min de lecture

VRAI

Cette affirmation est correcte

Indice de fiabilité de la source · 15/100

L'AFFIRMATION

Affirmation à vérifier : On entend fréquemment que les migrants en situation irrégulière coûtent très cher aux pays d’accueil, notamment en raison de dépenses publiques importantes (services sociaux, santé, logement, sécurité, expulsions). Verdict : Partiellement vrai (les coûts existent, mais le tableau est incomplet et souvent trompeur)Les migrants irréguliers peuvent entraîner des coûts spécifiques pour les pays …

Partagé 12 400 fois sur Facebook · Publié le 15 jan 2026

Facebook 12.4kTwitter 3.2kWhatsApp 8.1k

Notre méthodologie

  1. 1Identification de l'affirmation
  2. 2Recherche des sources officielles
  3. 3Consultation d'experts
  4. 4Rédaction du verdict

Les faits

Affirmation à vérifier : On entend fréquemment que les migrants en situation irrégulière coûtent très cher aux pays d’accueil, notamment en raison de dépenses publiques importantes (services sociaux, santé, logement, sécurité, expulsions). 

Verdict : Partiellement vrai (les coûts existent, mais le tableau est incomplet et souvent trompeur)
Les migrants irréguliers peuvent entraîner des coûts spécifiques pour les pays d’accueil (hébergement d’urgence, contrôles aux frontières, soins d’urgence), mais ces coûts ne doivent pas être interprétés isolément. En réalité, de nombreuses études montrent que les coûts estimés sont souvent surévalués lorsqu’ils excluent les contributions économiques et fiscales des migrants, les migrants réguliers contribuent davantage aux budgets publics, et la méthodologie de comptabilisation des coûts varie fortement selon les études. 

Contexte

Le débat sur le coût économique des migrants irréguliers est central dans les discours publics, notamment lors d’élections ou de crises migratoires. Cette question touche à l’emploi et les finances publiques, l’accès aux services sociaux, les dépenses pour la sécurité, les expulsions ou l’hébergement d’urgence.

Il est donc essentiel de différencier les coûts immédiats, (par exemple hospitalisations d’urgence) des effets économiques globaux (contributions fiscales, participation au marché du travail).

Méthodologie de vérification

Pour établir une analyse équilibrée, nous avons :

  • consulté des études économiques fiables portant sur les coûts et contributions des migrants,
  • différencié les résultats selon le statut migratoire (migrants irréguliers vs réguliers),
  • intégré des données provenant d’institutions académiques ou internationales (Union européenne (UE), Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), universités),
  • identifié les biais méthodologiques les plus courants dans les estimations de coûts. 

Analyse des données

  • Coûts spécifiques à la migration irrégulière

Plusieurs sources suggèrent que certains pays dépensent des sommes notables pour gérer l’immigration irrégulière.

En Tunisie, une estimation de spécialistes évoque que les migrants irréguliers coûtent environ 400 millions de dinars par an en santé, logement et services publics, mais ce chiffre ne repose pas sur une méthodologie transparente ni sur une collecte de données officielle. 

Dans le Royaume-Uni, certaines analyses estiment des dépenses publiques pour services sociaux et prestations versées à des migrants (dont partie peut inclure irréguliers) à environ £3,5 milliards (≈ 4 milliards €). 

Ces chiffres sont souvent repris dans les médias, mais ils représentent des coûts bruts, sans considérer les contributions fiscales (impôts, TVA, cotisations), la part des migrants qui travaillent (même de manière informelle), l’impact à long terme sur la croissance économique.

  • Études scientifiques nuancées

Des recherches économiques indépendantes montrent une image plus complexe.

Une étude sur la situation fiscale des migrants dans plusieurs pays européens trouve que dans 8 des 15 pays étudiés, les migrants coûtent moins aux gouvernements que les citoyens nés sur place, surtout parce qu’ils sont souvent plus jeunes et retirent moins de prestations sociales (comme les pensions). 

Une analyse fact-checking aux Pays-Bas a montré que les coûts attribués aux migrants (y compris demandeurs d’asile) étaient largement surévalués par certaines voix politiques et que les dépenses réelles représentaient moins de 1 % du PIB lorsque le calcul est fait correctement. 

  • Contributions économiques ignorées

Souvent, les discours sur les coûts négligent les éléments suivants :

Les migrants, y compris irréguliers travaillant dans l’économie informelle, paient souvent des taxes indirectes (TVA, impôts sur consommation) et participent à l’activité économique locale. 

La régularisation des migrants peut augmenter les recettes fiscales (impôts et cotisations sociales) davantage que les coûts supplémentaires en services sociaux. Une estimation britannique suggère qu’une régularisation entraînerait une augmentation nette de la fiscalité. 

Dans certains pays d’Amérique latine, les migrants contribuent à la croissance économique en remplissant des emplois clés et en stimulant la demande de biens et de services, ce qui peut compenser voire dépasser les dépenses publiques associées à leur accueil. 

Facteurs d’évolution

Plusieurs facteurs influencent l’impact économique net des migrants irréguliers.

Structure démographique et âge : Les migrants sont souvent jeunes, ce qui signifie qu’ils contribuent plus aux systèmes de santé et de retraite (via le travail) qu’ils n’en bénéficient.

Régularisation et intégration : Des politiques qui régularisent les migrants et facilitent leur insertion sur le marché du travail augmentent les contributions fiscales et réduisent les coûts d’administration et de mise en détention. 

Accès aux services sociaux : Les migrations irrégulières dans certains pays limitent l’accès aux prestations sociales, ce qui diminue les coûts directs mais crée des situations de précarité coûteuses à long terme (dégradation de santé, marginalisation).

Considérations méthodologiques

Attention aux biais importants dans l’estimation des coûts :

  • Définition non uniforme : certains pays ne distinguent pas migrants réguliers vs irréguliers dans leurs statistiques budgétaires.
  • Données partielles : chiffres repris dans les médias ne sont pas toujours vérifiables ni publiés par des institutions reconnues.
  • Omission des contributions : nombreuses analyses ne comptabilisent pas les impôts, le travail non-déclaré ou les effets indirects positifs sur l’économie.
  • Temporalité : des coûts initiaux peuvent être compensés sur le long terme par des contributions fiscales croissantes.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle les migrants irréguliers « coûtent cher » aux pays d’accueil est une simplification excessive.

Oui, certains coûts sont réels tels que l’hébergement d’urgence, les contrôles des frontières, les services d’urgence.

Mais ces coûts ne doivent pas être interprétés sans considérer les contributions économiques globales des migrants, qu’ils soient réguliers ou irréguliers. Et surtout, les estimations sans méthodologie rigoureuse peuvent dramatiser la situation et alimenter des discours stigmatisants.

En réalité, les migrants, y compris en situation irrégulière, contribuent beaucoup plus à l’économie qu’on ne le croit souvent. Les coûts nets peuvent être faibles, voire positifs, lorsqu’on évalue correctement taxes, contribution au marché du travail et croissance économique. Une approche équilibrée doit intégrer les bénéfices économiques, sociaux et démographiques, et non seulement des dépenses immédiates.

Données migratoires (exemple)

202345
202452
202548

Sources consultées

En résumé

  • Les chiffres officiels ne montrent pas une hausse de 300 % en 2025.
  • L'affirmation s'appuie sur une interprétation erronée des données.
  • Nous attribuons le verdict FAUX à cette affirmation.
VRAI