A proposEquipeActualitésRessources & Donnees
Vérification
Président fondateur Boza Fii, Saliou Diouf : “nous sommes souvent les dernières personnes en contact avec les passagers des embarcations”
Témoignage
Président fondateur Boza Fii, Saliou Diouf : “nous sommes souvent les dernières personnes en contact avec les passagers des embarcations”
Mamadou Diop 🇸🇳
Mamadou Diop 🇸🇳
February 04, 2026

Le président fondateur de l’association Boza Fii Saliou Diouf a accordé un entretien à Dialogue Migration en prélude du Commermor’Action qui se tiendra ce 7 février à Yenne (au Sud-Est de Dakar, Sénégal). M. Diouf a aussi abordé d’autres questions lors de cet échange. 

Commemor’action Dakar 2026 : qu’est-ce que c’est ?

Notre rôle est central dans la coordination par lignes téléphoniques : nous sommes souvent les dernières personnes en contact avec les passagers des embarcations avant qu’un naufrage ne survienne. Face à ces tragédies, nous avons créé l’initiative Commémor-Action. Notre objectif n’est pas de nous limiter aux prières ou au décompte des victimes. Nous transformons la commémoration en un acte militant pour rendre visible la souffrance des familles et exiger des réponses concrètes face à la migration irrégulière.

Pourquoi le choix de Yenne ? Est-ce un endroit particulièrement touché par le phénomène migratoire ?

Le choix de Yenne est stratégique. C’est une zone de pêcheurs durement touchée, où la Garde civile espagnole effectue des patrouilles. Nous voulons dénoncer l’hypocrisie de cette présence : ceux qui tirent sur nos enfants aux frontières ne peuvent pas se présenter comme nos sauveurs sur nos propres côtes.

Cette année, nous avons choisi de décentraliser nos actions dans les zones de départ pour impliquer les communautés locales : Mbour le 6 février, Yenne le 7 février, Pikine le 8 février et Mbao le 9 février.

Par exemple, le 6 février (commémoration décentralisée) rend hommage aux victimes du 6 février 2014 à Ceuta, lorsque la Guardia Civil a tiré sur des migrants. Malgré le non-lieu prononcé par la justice, plus de 60 organisations dans le monde (Maroc, Tunisie, Allemagne, France, Sénégal) se mobilisent chaque année pour réclamer réparation. Nous incluons également le souvenir du massacre de Melilla du 24 juin 2022. Nous faisons la promesse de ne pas oublier ceux qui ont péri aux frontières, et nous luttons contre les politiques et frontières qui les tuent.

Que prévoit le programme de discussions le 7 février à Yenne ?

Le programme dure une demi-journée à partir de 16h. Parmi les activités prévues :

  • Appel “Missing at the Border” : présentation du réseau de recensement des disparus.
  • Thématique “Droits à la circulation” : synthèse sur la liberté de mouvement comme droit fondamental.
  • Projections : documentaires sur Ceuta et Melilla, ainsi que sur les « cimetières des inconnus ».
  • Espaces de discussion (Open Mic) : témoignages des familles pour briser les tabous et la stigmatisation.
  • Action symbolique : déploiement d’une banderole de 100 mètres listant les noms des disparus depuis 1993, allumage de bougies et dépôt de fleurs.

Parlons de Boza Fii : pouvez-vous réitérer le sens de votre combat ?

Mon engagement est également le fruit d’un parcours personnel. Diplômé de l’école maritime avec un BTS en mécanique lourde et huit ans d’expérience, je me suis pourtant entendu dire que je n’étais pas « fonctionnel » au Sénégal. Ce manque de perspectives pousse au départ.

Au niveau de Boza Fii, nous dénonçons :

  • L’escroquerie des visas : le système actuel est arbitraire et spolie les citoyens. La difficulté d’obtenir un visa pousse les gens vers des routes dangereuses.
  • Le déploiement de Frontex : nous nous opposons à leur présence au Sénégal, car cette organisation est responsable de violences structurelles aux frontières.
  • La criminalisation de la migration : la mobilité est un droit. Notre mission est de rester solidaires avec les migrants, soutenir les familles victimes et rappeler aux gouvernements que les contrats bilatéraux ne doivent pas se faire au détriment de la vie humaine.

Au sein de notre réseau, nous gérons des programmes de suivi appelés « shifts ». Lorsqu’une alerte est donnée, nous suivons l’embarcation de près. Si, après quinze jours, nous n’avons aucun résultat, nous fermons le dossier de recherche active pour ouvrir un cas de suivi des disparus. Cette démarche est essentielle car de nombreuses familles restent sans informations.

De 2018 à 2021, j’ai travaillé au Maroc pour identifier les victimes et mettre fin aux fosses communes, afin de permettre aux familles de faire leur deuil et d’obtenir des réponses concrètes sur le sort de leurs proches.

Comment se porte la question migratoire selon vous au Sénégal ?

La migration irrégulière au Sénégal demeure un enjeu majeur. Beaucoup de choses doivent encore être faites, surtout concernant les disparus en mer ou dans le désert. Les familles ont besoin de faire leur deuil.

Nous ne comprenons pas certaines positions de l’autorité : il est incompréhensible que le président de la République déclare que dénoncer un acte de migration irrégulière sera désormais récompensé. Voyager est un droit, un besoin naturel de l’homme. La criminalisation actuelle est inacceptable ; les individus concernés ont surtout besoin d’assistance.

En résumé, la question migratoire ne se porte pas très bien au Sénégal pour toutes ces raisons.


Tags

afriquemigrations
Previous Article
1 000 jours de guerre au Soudan et un exil sans horizon pour les femmes et les enfants
Mamadou Diop 🇸🇳

Mamadou Diop 🇸🇳

Producteur de contenus

Récemment publié

Entre  migration, brassage social et linguistique à Porto-Novo (Bénin)
2026-02-17T15:49:56

S'abonner à notre newsletter !

Liens Rapides

ContactFaq

Réseaux sociaux

facebooktwitterinstagram