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Mobilité étudiante Sud-Sud : itinéraire d’un Togolais au Maroc
Témoignage
Mobilité étudiante Sud-Sud : itinéraire d’un Togolais au Maroc
Koffi Dzakpata 🇹🇬
Koffi Dzakpata 🇹🇬
February 04, 2026

Quand Kossi K. a quitté Lomé pour Casablanca, il avait 22 ans, un visa étudiant soigneusement plié dans son passeport et une idée assez claire de ce qu’il venait chercher : un diplôme reconnu, une ouverture internationale, et la promesse d’un avenir plus stable. Comme beaucoup de jeunes Togolais, le Maroc lui apparaissait comme une destination à la fois accessible et ambitieuse, un pont entre l’Afrique subsaharienne et le reste du monde.

« Je ne partais pas pour fuir mon pays, raconte-t-il. Je partais pour apprendre, pour revenir plus fort. »

Le départ : entre fierté et pression familiale

Dans sa famille, le départ de Kossi est vécu comme une réussite collective. Les voisins félicitent ses parents, les oncles lui rappellent qu’il porte désormais « le nom de la famille à l’étranger ». Cette fierté est aussi une pression silencieuse.

« Dès l’aéroport, j’ai compris que je n’avais pas droit à l’échec. Tout le monde comptait sur moi. »

L’avion atterrit de nuit. Casablanca s’étend, immense, bruyante, étrangère. Le choc est immédiat.

L’arrivée : découvrir la solitude

Les premiers mois sont difficiles. Kossi découvre un pays africain, mais très différent de celui qu’il connaît. La langue, les accents, les codes sociaux, le rythme de vie : tout lui demande un effort d’adaptation.

À l’université, les cours sont exigeants. Les étudiants viennent de plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Kossi se sent parfois invisible, parfois trop visible.

« On me demandait souvent d’où je venais. Quand je disais “Togo”, certains ne savaient même pas le situer. Ça faisait sourire, mais ça blessait un peu. »

En dehors du campus, il fait l’expérience de regards insistants, de remarques maladroites, parfois de méfiance. Rien de systématique, mais suffisamment répété pour peser sur le moral.

Survivre avec peu

Comme beaucoup d’étudiants étrangers, Kossi K. vit avec un budget serré. Les bourses arrivent en retard, le coût de la vie augmente, les petits boulots sont difficiles à trouver sans réseau. « Il y a eu des mois où je comptais chaque dirham. Je mangeais souvent la même chose. J’évitais de sortir. »

Il hésite à parler de ses difficultés à sa famille restée au pays. Il ne veut pas les inquiéter, ni donner l’impression d’avoir échoué. « Quand ma mère appelait, je disais toujours que tout allait bien. En réalité, je me sentais parfois très seul. »

Les moments de doute

La solitude, la pression académique et l’incertitude sur l’avenir finissent par l’affecter psychologiquement. Kossi parle de nuits blanches, de fatigue mentale, d’un sentiment de décalage. « Je me demandais si j’avais fait le bon choix. Si ça valait vraiment tous ces sacrifices. »

Il pense parfois à rentrer au Togo avant la fin de ses études. Mais il tient, par orgueil peut-être, par espoir surtout.

La rencontre qui change tout

C’est dans une association d’étudiants africains que les choses commencent à changer. Là, Kossi rencontre d’autres jeunes venus du Sénégal, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Mali.

« Pour la première fois, je pouvais parler sans expliquer. On se comprenait. »

Les discussions, les repas partagés, les conseils pratiques deviennent une bouée de sauvetage. Il découvre l’importance du soutien communautaire dans l’expérience migratoire.

Reprendre confiance

Progressivement, Kossi s’adapte. Il comprend mieux les attentes académiques, améliore ses résultats, ose participer en classe. Il commence même à aider des nouveaux arrivants togolais à s’installer. « À un moment, je me suis dit : si j’ai survécu aux débuts, je peux aller jusqu’au bout. »

Il apprend à voir le Maroc autrement : comme un espace d’apprentissage, parfois dur, mais aussi riche en opportunités humaines.

Le regard sur soi qui change

Aujourd’hui en fin de cycle, Kossi regarde son parcours avec lucidité. Il ne l’idéalise pas, mais ne le regrette pas non plus. « L’expérience m’a changé. Je suis devenu plus patient, plus résilient. J’ai appris à demander de l’aide. »

Il se sent à la fois togolais, africain et un peu marocain. Cette identité multiple, autrefois source de confusion, devient une richesse.

Entre retour et avenir incertain

Kossi envisage de rentrer au Togo après ses études, même s’il sait que la réinsertion ne sera pas simple.

« Quand tu reviens, on pense que tu as tout réussi. On ne voit pas les sacrifices invisibles. »

Il garde cependant une conviction forte : son expérience migratoire, avec ses difficultés et ses apprentissages, fait désormais partie de lui.

Derrière les statistiques sur la mobilité étudiante Sud-Sud, il y a des vies qui se construisent loin de chez elles, souvent dans le silence. Écouter ces récits, c’est rappeler que la migration étudiante n’est pas seulement une stratégie éducative, c’est aussi une épreuve humaine et psychologique profonde.

PS : Pour des raisons de sécurité et de vie privée, l’identité de l’étudiant a été modifiée.


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