A proposEquipeActualitésEspace dialogueRessources & Données
Mobilité interne et violences urbaines : y a-t-il un lien ?
Contribution
Mobilité interne et violences urbaines : y a-t-il un lien ?
Koffi Dzakpata 🇹🇬
Koffi Dzakpata 🇹🇬
January 21, 2026

La mobilité interne, notamment le mouvement de populations des zones rurales vers les zones urbaines, est l’un des phénomènes démographiques les plus marquants du XXIᵉ siècle, particulièrement en Afrique où l’urbanisation rapide transforme la structure sociale et économique des villes. Cette dynamique soulève une question majeure : les migrations internes augmentent-elles le risque de violences urbaines ? Pour apporter des éléments de réponse fiables, il est nécessaire de distinguer différents types de mobilité interne, d’examiner les mécanismes sociaux et économiques en jeu, et de s’appuyer sur des recherches internationales dans ce domaine.

L’Afrique connaît une urbanisation accélérée, portée par la croissance démographique, les migrations rurales–urbaines et la recherche d’opportunités économiques en ville. Selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), près de la moitié des violences observées dans certains contextes d’Afrique du Nord et de l’Ouest se déroulent à proximité des zones urbaines, ce qui signale l’importance des villes comme espaces à surveiller dans les politiques de sécurité et de développement.

Cette urbanisation massive est souvent alimentée par les migrations internes : des jeunes quittent les campagnes pour chercher du travail, de l’éducation ou des services publics. Ce qui entraîne une croissance démographique rapide des centres urbains, parfois sans les infrastructures nécessaires pour absorber ces nouveaux arrivants.

Mobilité interne et insécurité urbaine

La question de savoir si la mobilité interne provoque directement des violences urbaines n’a pas de réponse simple. Les liens ne sont pas automatiquement linéaires, les migrations ne « créent » pas la violence en elles-mêmes, mais la mobilité peut interagir avec d’autres facteurs structurels.

Facteurs socio-économiques et pauvreté

Lorsque les migrants internes s’installent dans des zones périurbaines ou des quartiers informels sans services adéquats (logement, emploi, éducation), les inégalités et les frustrations sociales peuvent s’accentuer. Les conditions de vie difficiles, en particulier pour les jeunes sans emploi, peuvent devenir des facteurs de tensions communautaires et de délinquance, surtout dans des contextes où l’État peine à répondre aux besoins sociaux.

Dynamique de la mobilité quotidienne et criminalité

Des recherches récentes explorent comment les déplacements quotidiens vers les centres urbains, notamment les flux de navetteurs ou de migrants internes temporaires, peuvent être associés à des variations des taux de criminalité. Une étude publiée en 2025 montre que, dans certaines grandes villes, une augmentation de 1 % des navetteurs entrants est associée à une hausse significative des délits tels que le vol et le cambriolage, même lorsque la population reste stable. Ce lien suggère que la manière dont les flux de mobilité se structurent dans les espaces urbains peut influencer certains types de crimes.

Perception de l’insécurité et mobilité restreinte

L’étude, « Feelings of insecurity as a gender-specific constraint on urban mobility », dans le domaine de la science des données urbaines montre aussi que la peur de la violence peut limiter la mobilité quotidienne des habitants, avec des effets différents selon le genre. Lorsque les individus perçoivent leur environnement urbain comme dangereux, ils modifient leurs déplacements, circulant moins librement, ce qui a des effets sur les interactions sociales et les dynamiques communautaires.

Pourquoi il y a interaction entre mobilité et violence urbaine ?

Pour comprendre ces mécanismes, la criminologie met en avant plusieurs cadres théoriques dont la théorie de la désorganisation sociale stipulant que certains quartiers urbains caractérisés par une forte mobilité résidentielle, une hétérogénéité socio-économique et un faible capital social sont moins capables de réaliser les objectifs communs de leurs habitants, ce qui peut favoriser la criminalité et les violences urbaines. Dans les contextes de migration interne, ces conditions peuvent se renforcer, alimentant les tensions communautaires.

Mobilité interne, réseaux sociaux et cohésion

D’un autre côté, la mobilité interne peut aussi renforcer la cohésion sociale si elle est accompagnée de politiques inclusives. L’intégration réussie des nouveaux habitants dans les réseaux sociaux urbains, l’accès à l’emploi et la participation communautaire peuvent réduire les risques de violence.

Une clé de lecture importante provient de recherches menées par l’International Development Research Centre (IDRC), qui soulignent comment la mobilité interne peut être associée à des formes complexes d’inclusion et d’exclusion dans les villes. Selon leurs travaux, la manière dont les migrants internes s’intègrent (ou non) dans les structures sociales locales influence directement la probabilité que des formes de violences urbaines éclatent ou non.

Ces traditions de recherche signalent que forts liens sociaux, accès à des services, intégration dans des associations locales et cohésion communautaire jouent un rôle protecteur contre la violence.

Le cas africain : une urbanisation unique

Plusieurs publications spécialisées sur l’Afrique montrent que, bien que les zones urbaines concentrent souvent des violences liées à des tensions sociales et des inégalités, il ne s’agit pas toujours d’une simple extension de la violence rurale vers la ville. Un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) sur l’Afrique du Nord et de l’Ouest indique que les villes restent des lieux essentiels d’exercice de l’autorité, d’accès aux opportunités économiques et de développement humain, mais aussi que la croissance urbaine exige des politiques de sécurité et d’inclusion plus adaptées.

Cela suggère que le lien entre mobilité interne et violence urbaine dépend fortement du niveau de gouvernance, des investissements publics (logement, services sociaux, emploi) et des stratégies urbaines de prévention.

Facteurs aggravants : densité, pauvreté et exclusion

Même si les violences directement liées à des migrations internes ne font pas consensus scientifique, certaines conditions, aggravées par la mobilité, peuvent augmenter le risque de violence :

Logement précaire et vulnérabilités : Les migrants internes, souvent pauvres, s’installent dans des zones périphériques mal planifiées, créant des quartiers où l’absence d’infrastructures et de services peut croître avec la densification. Dans des contextes similaires comme au Ghana, la mobilité interne est associée à des formes de logement précaire, qui elles-mêmes sont liées à de nombreux défis sociaux (sécurité, santé, cohésion).

Fragmentation sociale et diversité ethnique : Il a été montré que la relation entre la croissance urbaine et la violence dépend aussi de la diversité locale et de la façon dont les ressources sont réparties entre groupes. Dans certains contextes, la mobilité interne peut augmenter la diversité locale sans mécanismes de redistribution équitable, renforçant les tensions entre groupes. 

Le Togo et les dynamiques urbaines

Si les données spécifiques sur le Togo sont limitées, l’analyse des tendances africaines montre que les migrations internes rurales–urbaines sont motivées par des facteurs économiques, éducatifs et sociaux. L’intégration des jeunes migrants dans les villes représente un défi pour la cohésion sociale et la paix urbaine. Dans de nombreuses villes africaines, les tensions liées au chômage des jeunes et à l’inégalité d’accès aux services peuvent créer des conditions propices à des violences de type délinquance ou conflits communautaires, si elles ne sont pas traitées efficacement. Ce cadre théorique s’applique aussi à des contextes urbains comme Lomé, Kara ou Kpalimé,  où la croissance rapide de population pose des défis de gouvernance locale.

Recommandations pour une mobilité interne pacifique

Pour réduire les liens potentiels entre mobilité interne et violences urbaines, plusieurs pistes s’imposent :

Renforcer les politiques urbaines inclusives, avec des investissements dans le logement, l’emploi, l’éducation et la santé pour les migrants internes.

Aussi améliorer la sécurité publique communautaire, fondée sur des relations de confiance entre forces de l’ordre et populations locales.

Programmes d’intégration sociale, qui favorisent les réseaux communautaires et réduisent les exclusions socioculturelles.

Il faut une collecte de données locales pertinentes pour mieux comprendre les dynamiques de mobilité et de violence dans les villes togolaises et africaines.

La question de savoir si la mobilité interne est un déterminant de violence urbaine ne peut pas être résolue par une réponse simple et univoque. Les migrations internes et l’urbanisation rapide peuvent, dans certaines conditions de pauvreté, d’exclusion ou de faibles services publics, agir comme des facteurs aggravants dans des contextes déjà fragiles. Toutefois, elles ne sont pas une cause directe et mécanique de violence ; ce sont plutôt les structures sociales, économiques et politiques qui conditionnent l’impact de ces mouvements sur la sécurité urbaine.


Tags

afriqueHautmigrationsune
Previous Article
Mobilité des artistes et musiciens togolais : opportunité ou fuite des talents ?
Koffi Dzakpata 🇹🇬

Koffi Dzakpata 🇹🇬

Producteur de contenus

Récemment publié

Mobilité interne et violences urbaines : y a-t-il un lien ?
2026-01-21T13:43:40

S'abonner à notre newsletter !

Liens Rapides

ContactFaq

Réseaux sociaux