Face à l’intensification de la mobilité humaine à l’échelle mondiale, la communauté internationale s’efforce de mieux en encadrer les dynamiques. C’est dans ce contexte qu’est né le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, adopté le 19 décembre 2018 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce texte marque une étape importante : pour la première fois, un accord international propose une vision globale des migrations.

Un cadre international inédit mais non contraignant

Le Pacte mondial trouve son origine dans la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, adoptée en 2016. Les États membres y reconnaissaient la nécessité d’une approche collective face aux enjeux migratoires.

Contrairement à un traité classique, le Pacte mondial n’est pas juridiquement contraignant. Il ne crée pas d’obligations légales pour les États, mais constitue un cadre de coopération. Chaque pays reste souverain dans la gestion de ses politiques migratoires, tout en s’engageant à collaborer avec les autres.

L’objectif est double : mieux organiser les migrations  et en maximiser les bénéfices, notamment en matière de développement économique et social

Que prévoit concrètement le Pacte mondial ?

Le Pacte couvre l’ensemble des dimensions de la migration : humanitaires, économiques, sociales et liées aux droits humains. Il propose aux États une véritable « boîte à outils » pour :

  • renforcer la coopération internationale 
  • améliorer la gestion des dynamiques migratoires 
  • répondre aux défis liés aux migrations contemporaines 

Il s’inscrit également dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Parmi ses ambitions : faciliter des migrations mieux encadrées, réduire les situations de vulnérabilité et promouvoir des politiques plus humaines et efficaces.

Qu’est-ce qu’une migration « sûre, ordonnée et régulière » ?

L’expression au cœur du Pacte repose sur trois principes essentiels :

  • Sûre : une migration qui protège la vie et la dignité des personnes, en limitant les risques (trafics, violences, traversées dangereuses). 
  • Ordonnée : une migration organisée, encadrée par des politiques publiques et une coopération entre États. 
  • Régulière : une migration qui respecte les lois et les procédures des pays d’origine, de transit et de destination. 

L’objectif est donc de lutter contre les migrations dangereuses et irrégulières, tout en proposant des alternatives légales et sécurisées.

Un rôle central pour les organisations internationales

La mise en œuvre du Pacte mondial repose en grande partie sur des organismes internationaux comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). À travers le Réseau des Nations Unies sur les migrations, ces institutions accompagnent les États en leur fournissant :

  • des conseils politiques 
  • un appui technique 
  • des outils d’évaluation 

Des réseaux nationaux ont ainsi été mis en place dans de nombreux pays pour adapter les recommandations du Pacte aux réalités locales. Pour aider à la mise en œuvre, des structures internationales ont été mobilisées, notamment l’Organisation internationale pour les migrations. Dans plus de 80 pays, des réseaux nationaux accompagnent les gouvernements, fournissent des conseils et partagent des bonnes pratiques. Mais sur le terrain, les défis restent nombreux : manque de moyens, coordination complexe, réalités locales parfois éloignées des ambitions globales.

La Côte d’Ivoire engagée dans la gouvernance migratoire

À l’approche du Forum international d’examen des migrations (IMRF) prévu en 2026 à New York, la Côte d’Ivoire s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Le 12 mars dernier, une consultation nationale a été lancée à Abidjan par le gouvernement ivoirien, en collaboration avec le Réseau des Nations Unies pour les migrations. L’objectif : élaborer un rapport national sur la mise en œuvre du Pacte mondial.

Cette rencontre a réuni une quarantaine d’acteurs : institutions publiques, organisations internationales, société civile et représentants de migrants. Ensemble, ils ont évalué les progrès réalisés et identifié les défis à relever. Pour les autorités ivoiriennes, la migration est un enjeu majeur : « La migration est une réalité structurelle pour notre pays », a rappelé le professeur Kouakou Clément, représentant du ministère du Plan et du Développement.

Parmi les avancées notables : l’adoption d’une politique nationale de gestion des frontières en 2024 et l’élaboration de stratégies sur la réintégration des migrants et la migration de la main-d’œuvre. Ces efforts témoignent d’une volonté de mieux structurer la gouvernance migratoire et de tirer parti des opportunités qu’offre la mobilité humaine.

Un pari sur l’avenir

Au-delà des textes, le Pacte mondial repose sur une idée simple : mieux organiser les migrations pour mieux protéger ceux qui migrent. Un pari ambitieux, dans un monde où les déplacements humains ne cessent d’augmenter. Reste à savoir si les engagements suivront. Car derrière les principes, ce sont des millions de trajectoires individuelles qui se jouent.