L’année 2025 s’inscrit comme une période de défis sécuritaires majeurs pour le Sénégal, marquée par une recrudescence des mouvements migratoires irreguliers et une persistance préoccupante de la traite des êtres humains. Les données consolidées par la Gendarmerie nationale dessinent le portrait d’une lutte acharnée contre des réseaux criminels de plus en plus organisés qui exploitent la position géostratégique du pays pour transformer ses côtes en zones de départ vers l’Europe.
La pression migratoire sur la route de l’Atlantique a atteint des niveaux critiques avec quinze embarcations ayant réussi à franchir les dispositifs de surveillance pour débarquer 1 920 migrants sur les côtes espagnoles. Face à cette situation, la réponse de la Gendarmerie nationale s’est traduite par une intensification des patrouilles terrestres et maritimes, permettant l’arraisonnement de quarante-quatre embarcations au total sur l’ensemble de l’année. Ces opérations d’envergure ont abouti à l’interpellation de 2 634 individus, dont 1 198 ressortissants sénégalais et 1 436 étrangers, illustrant la dimension transnationale de ce phénomène qui attire des candidats de toute la sous-région.
L’analyse temporelle des mouvements révèle une activité des passeurs soumise à de fortes variations saisonnières. Le mois de mars a constitué le point culminant de cette crise avec l’interception de neuf embarcations et l’interpellation de 948 migrants en l’espace de seulement trente-et-un jours. Si une relative accalmie a été observée entre les mois d’avril et de septembre, la fin de l’année a connu un regain de tension notable, particulièrement en décembre où sept embarcations ont été stoppées et 427 personnes interpellées. Cette lutte contre l’émigration clandestine s’est également portée sur le démantèlement des structures de commandement avec l’arrestation de cinquante convoyeurs, cerveaux de ces voyages périlleux, qui ont été mis à la disposition de la justice.
Le succès de la stratégie de dissuasion repose en grande partie sur l’asphyxie logistique des réseaux de passeurs.
Les unités de la Gendarmerie nationale ont ainsi opéré des saisies significatives comprenant vingt-trois pirogues, neuf moteurs de forte puissance et trois appareils GPS indispensables à la navigation en haute mer. L’impact le plus direct sur les capacités de départ reste la confiscation massive de 12 890 litres de carburant, une perte matérielle qui a permis de neutraliser préventivement de nombreuses tentatives de traversée avant même que les moteurs ne soient lancés.
Au-delà de la migration maritime, les services de gendarmerie ont dû faire face à la réalité complexe de la traite des personnes, une forme de criminalité souvent dissimulée mais dévastatrice. Pour l’année 2025, quarante-deux cas de traite ont été officiellement documentés, impliquant un total de 254 victimes. La cartographie de cette exploitation souligne des disparités territoriales frappantes liées aux activités économiques locales. La région de Kédougou se place en tête de ce triste bilan avec 44,1 % des victimes recensées, soit environ 112 personnes.
Cette situation est directement corrélée à la prolifération des sites d’orpaillage clandestin qui attirent une main-d’œuvre vulnérable, souvent soumise au travail forcé ou à l’exploitation sexuelle. Les régions de Ziguinchor et de Saint-Louis complètent ce tableau de la vulnérabilité avec respectivement 80 et 31 victimes identifiées.