
En visite à Dakar, au début du mois, le Premier ministre mauritanien a voulu rassurer les autorités sénégalaises en affirmant que “tous les ressortissants du continent africain et de la sous-région” étaient “les bienvenus en Mauritanie”, alors que ce pays est critiqué pour son traitement des personnes migrantes.
La « gestion de la migration et de l’entrée à nos frontières » est menée de manière « normale et classique », a martelé le Premier ministre Moctar Ould Diay. Il s’exprimait le jeudi 8 janvier en réponse à une question d’une journaliste lors d’une conférence de presse au Sénégal, où il a effectué une visite officielle de deux jours. La Mauritanie, située sur la côte atlantique, est devenue ces dernières années un point de départ pour de nombreuses personnes migrantes venues de tout le continent et notamment du Sénégal.
Rappelons qu’au début 2025, une vaste campagne d’arrestations et de refoulements de personnes migrantes en situation irrégulière en Mauritanie avait suscité de vives critiques en Afrique de l’Ouest. Le gouvernement sénégalais s’était alors dit « indigné » des traitements subis par ses ressortissants migrants en Mauritanie. Nouakchott avait évoqué des actes de « routine » visant à régulariser leur situation et à lutter contre les réseaux de trafic de migrants.
Dans un rapport publié en août 2025, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé les autorités mauritaniennes d’avoir commis de « graves violations des droits humains » à l’encontre de migrants et de demandeurs d’asile, entre 2020 et début 2025. En septembre 2025, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme des migrants avait exhorté les autorités mauritaniennes à « mieux aligner les pratiques dans le pays sur les normes internationales en matière de droits humains » concernant les personnes migrantes.
Moctar Ould Diay a eu ce 8 janvier des entretiens avec son homologue sénégalais, le Premier ministre Ousmane Sonko. Les deux responsables ont surtout tenu à arrondir les angles : « La Mauritanie fait partie de son environnement global, la sous-région et le continent africain, et tous les ressortissants de ces pays sont les bienvenus en Mauritanie, c’est notre philosophie », avait déclaré le Premier ministre mauritanien. « Il faut le faire de manière ordonnée et en respectant la réglementation de la migration », a-t-il estimé.
De son côté, M. Ousmane Sonko a même “salué” les efforts menés ces derniers mois par Nouakchott à la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, qui ont permis la “régularisation de 28 000 Sénégalais”. Il précise davantage sa position : “On est passé de 2 000 et quelques à 28 000 Sénégalais régularisés en Mauritanie” depuis l’entrée en vigueur d’un accord le 1er juillet dernier, a-t-il souligné. “La vraie question, aujourd’hui”, a-t-il continué, “c’est le nombre d’Africains expulsés d’Europe et le nombre de visas refusés chaque année. Même aller et revenir est devenu presque impossible, y compris pour les élites”, a-t-il conclu avec fermeté.
Rappelons in fine que la Mauritanie et le Sénégal ont conclu le 2 juin dernier deux accords portant sur l’immigration : l’un sur la lutte contre l’immigration irrégulière, l’autre sur les conditions de séjour. Dans ce texte, Nouakchott et Dakar s’étaient notamment engagés “à lever tout obstacle à la libre circulation des ressortissants” de chacun des deux pays.