
À l’approche de la 7ᵉ édition du Forum Harmattan, prévue du 18 au 20 février 2026 à Lomé, nous avons rencontré Dieudonné Kossi, le Directeur Exécutif de la Clinique d’Expertise Juridique et Sociale (CEJUS), organisation initiatrice de cet événement majeur dédié aux enjeux migratoires et à la gouvernance des crises contemporaines. Dans cet entretien, il revient sur les objectifs du forum, ses enjeux stratégiques et les attentes pour cette nouvelle édition.
Dialogue-Migration : Pouvez-vous nous présenter brièvement le Forum Harmattan et son importance dans le paysage des débats sur les migrations en Afrique ?
Le Forum Harmattan est une initiative phare de la CEJUS qui, depuis sept éditions, s’est imposée comme un espace crédible de réflexion, de dialogue et de propositions sur les enjeux migratoires. Mais c’est bien plus qu’un simple rendez-vous académique : c’est un lieu de conscience collective où l’Afrique se regarde dans les yeux et s’interroge sur ce que signifient aujourd’hui les migrations humaines dans nos sociétés. Né d’une volonté de dépasser les discours alarmistes et de replacer l’humain au centre, il réunit chercheurs, acteurs politiques, société civile et jeunes pour penser ensemble des réponses concrètes, dignes et inclusives aux défis migratoires. À travers ce forum, nous cherchons à transformer la perception de la migration, à partir de nos réalités africaines, et à faire entendre une voix qui défend la dignité humaine et la justice sociale.
Le Forum en est aujourd’hui à sa 7ᵉ édition. Qu’est-ce qui distingue cette édition des précédentes ?
Chaque édition du Forum Harmattan a été une étape de maturation, mais cette 7ᵉ édition marque un tournant. Elle place clairement les migrations au cœur de la gouvernance des crises contemporaines, qu’elles soient climatiques, économiques ou sécuritaires. Nous ne pouvons plus dissocier les mobilités humaines des crises globales. L’ambition est donc d’aller au-delà de l’analyse, en proposant des orientations concrètes pour faire de l’inclusion un véritable levier de développement durable et de paix.
Cette édition innove également avec le Village du Forum, un espace vivant et interactif, pensé comme une foire dédiée aux migrations, où se rencontrent initiatives de terrain, innovations et échanges citoyens autour d’une thématique très actuelle. Elle se distingue enfin par la diversité de ses intervenants venus des quatre coins du monde et par la forte mobilisation des acteurs, sous le parrainage institutionnel de l’Université de Lomé, qui porte collectivement cette dynamique.
Pourquoi avoir choisi le thème : « Les migrations au cœur de la gouvernance mondiale des crises contemporaines : faire de l’inclusion un levier de développement durable » ?
Parce que l’époque où l’on traitait la migration comme un phénomène marginal est révolue. Aujourd’hui, la mobilité humaine est profondément liée aux grands équilibres de notre monde : changement climatique, crises économiques, conflits, aspirations de jeunesse. Il faut une gouvernance qui ne regarde plus les mouvements humains comme des problèmes isolés, mais comme des éléments structurants de nos sociétés. Faire de l’inclusion un levier de développement durable, c’est reconnaître que chaque migrant est un être humain porteur de potentialités, que chaque femme, chaque jeune a une contribution à apporter si on lui offre les conditions d’expression et de participation.
En quoi les migrations constituent-elles à la fois un défi et une opportunité pour le développement durable en Afrique ?
Les migrations sont un défi lorsqu’elles résultent de vulnérabilités profondes : pauvreté, absence d’opportunités, crises climatiques ou conflits. Elles exposent des vies à des risques immenses. Mais elles sont aussi une opportunité extraordinaire, parce qu’elles témoignent de la vitalité des populations africaines, de leur capacité de s’adapter, d’innover et de contribuer ailleurs et ici, chez eux. Si les politiques publiques et les mécanismes de protection sont correctement pensés, les migrations deviennent un catalyseur pour la création d’emplois, le renforcement des capacités locales et la fertilisation des échanges culturels et économiques.
Quels sont les principaux défis migratoires que ce forum souhaite mettre en lumière ?
Nous voulons mettre en avant plusieurs défis urgents : d’abord la protection des droits des migrants dans tous les contextes, la sécurisation des parcours migratoires, mais aussi la lutte contre les trafics illicites et les formes d’exploitation. Nous abordons aussi la question de l’intégration socio-économique, de la création d’opportunités locales pour réduire les migrations contraintes, et enfin la gouvernance inclusive des frontières et des politiques migratoires. Il s’agit de poser un regard global, humain et pragmatique sur des dynamiques qui nous concernent tous.
Quels résultats concrets attendez-vous des échanges et des recommandations issues de cette rencontre ?
Nous attendons que ce forum inspire des actions concrètes : des politiques publiques mieux adaptées, des engagements institutionnels, des programmes de coopération renouvelés, et surtout une appropriation de ces enjeux par les communautés locales. Les recommandations doivent servir de base à des programmes concrets qui favorisent l’intégration, la protection des migrants et l’innovation sociale. Nous voulons que ces idées deviennent des politiques, des projets et des engagements mesurables sur le terrain.
À qui s’adresse principalement ce forum : chercheurs, décideurs, jeunes, société civile ?
Le Forum se veut inclusif donc s’adresse à tous : chercheurs, décideurs publics, société civile, acteurs internationaux, mais aussi et surtout aux jeunes – car ce sont eux qui vivent l’avenir que nous construisons aujourd’hui. Aucun groupe n’est secondaire dans cette conversation ; la pluralité des voix est une force qui enrichit nos propositions et ouvre des perspectives plus larges et plus justes.
Quelle place occupe la jeunesse dans cette réflexion sur les migrations et la gouvernance des crises ?
La jeunesse est au cœur de cette réflexion parce qu’elle est à la fois la plus touchée et la plus porteuse d’espoir. Les jeunes africains ne migrent pas seulement par contrainte : ils aspirent à créer, à apprendre, à entreprendre. Ils doivent être considérés non pas comme des objets de politiques, mais comme des acteurs à part entière de solutions. Leur énergie, leurs idées et leur créativité sont essentielles pour repenser des modèles de développement où la mobilité est synonyme d’opportunité et non de vulnérabilité.
Comment la CEJUS entend-elle transformer les réflexions issues du forum en actions concrètes sur le terrain ?
À la CEJUS, nous avons une philosophie d’action qui articule réflexion, recherche juridique et intervention sociale. Les échanges du Forum Harmattan ne s’arrêtent pas à l’événement lui-même : les actes du Forum seront édités, publiés et largement diffusés, afin de capitaliser les analyses, les recommandations et les bonnes pratiques issues des débats. Notre objectif est de vulgariser ces contenus pour qu’ils soient accessibles aux décideurs, aux acteurs de terrain, aux jeunes et aux communautés concernées.
Ces productions alimentent ensuite nos projets, nos actions de plaidoyer et nos partenariats avec les institutions nationales et internationales. Nous nous engageons à faire vivre ces recommandations au-delà des murs du Forum, en les traduisant en programmes concrets d’éducation, de sensibilisation, de soutien juridique et de participation citoyenne. Il ne s’agit pas seulement de parler de migration, il s’agit d’agir pour transformer les réalités.
Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs politiques et aux partenaires internationaux à l’issue de ce forum ?
Je dirais simplement ceci : ne laissons plus la migration être traitée comme un thème périphérique. Elle est aujourd’hui un enjeu central de paix, de sécurité et de développement durable. Face à cette réalité, nous avons besoin de politiques humaines, fondées sur les droits, qui offrent des perspectives à nos populations, protègent les plus vulnérables et valorisent les contributions des migrants.
C’est dans cet esprit que la CEJUS lance un appel à toutes les bonnes volontés. Le Forum Harmattan se veut un cadre ouvert, inclusif et collaboratif. Nous restons disponibles pour tout appui, tout partenariat et toute collaboration — institutionnelle, académique, technique ou citoyenne. La véritable mesure de notre engagement se lira dans les actions concrètes que nous construirons ensemble, ici en Afrique et à l’échelle mondiale.
Un mot d’invitation à l’endroit du public et des acteurs intéressés par les questions migratoires ?
Je lance un appel solennel à toutes et à tous : venez partager vos idées, vos expériences et vos espoirs au Forum Harmattan. Parce que la migration n’est pas une crise passagère, mais une réalité humaine profonde, nous avons besoin de vous pour inventer ensemble une vision qui protège, inclut et transforme. Notre avenir commun se joue dans ce dialogue, et il commence ici, à Lomé les 18, 19 et 20 février 2026.
À travers cette 7ᵉ édition du Forum Harmattan, la CEJUS ambitionne de renforcer le dialogue entre acteurs nationaux et internationaux et de promouvoir des approches inclusives face aux défis migratoires contemporains. Un rendez-vous incontournable pour penser ensemble des solutions durables.