Le 8 février 2026, l’Esplanade Demba KEBE de Pikine Guinaw Rail Sud (Dakar, Sénégal) est devenue le théâtre d’un hommage vibrant et solennel. À l’appel du Collectif des Migrants de Retour pour la Réinsertion et le Développement (CM2RD), présidé par Cheikh Abdou Fall, une journée de « Commémor’Action » a été organisée pour honorer la mémoire des victimes du TARAJA et de toutes ces vies fauchées sur les routes migratoires. En présence de l’association Boza Fii et des familles des disparus, l’événement a été un puissant plaidoyer collectif contre les frontières qui tuent.

Un rempart contre l’oubli et le silence

Les disparus en mer ou dans les sentiers du désert doivent rester dans nos mémoires. Voilà en quoi se résume, le Commémor’Action. En effet, pour Cheikh Abdou Fall, cette initiative est avant tout un acte de résistance face à l’indifférence. « Cette initiative est d’abord contre l’oubli. Nos frères, nos sœurs sont restés en mer ou sur les routes du désert. C’est pour leur rendre hommage qu’on s’est réuni ici à Guinaw rail auprès de leur famille en commémorant leur mémoire », explique-t-il avec une émotion contenue. Se réunir à Pikine n’est pas seulement un acte de deuil, c’est une promesse de ne jamais effacer l’existence de ces disparus et de construire, à partir de cette douleur, une alternative durable à l’exil désespéré. Avec le terme « Commémor’Action », le collectif s’engage à offrir un espace de souvenir tout en luttant activement contre les politiques qui mènent à ces drames.

Un appel à la patience et à la légalité pour la jeunesse

S’adressant directement à la jeunesse sénégalaise, le président du CM2RD a tenu un discours de vérité, empreint de sagesse et d’expérience personnelle. « Les jeunes il ne faut pas se décourager dans la vie tout est question de temps. J’ai eu à beaucoup voyager mais il faut tout faire dans les règles de l’art en ne risquant pas sa vie dans un rêve de plus en plus lointain. Les voix recommandées, légales existent, il faut aller vers ça », souligne M. Fall. Il insiste sur l’importance de ne pas céder à la précipitation, car risquer sa vie dans une pirogue ne peut plus être perçu comme la seule issue possible pour réussir sa vie.

Le paradoxe économique : La pirogue plus chère que l’avion

L’analyse de M. Fall soulève également un paradoxe économique frappant qui interpelle directement les autorités et les partenaires internationaux. Il rappelle que le ticket pour une place dans une embarcation de fortune peut atteindre les 800 000 francs CFA, une somme souvent bien plus élevée que le prix d’un billet d’avion standard. Partant de ce constat, il plaide pour une révision des politiques consulaires. « Aujourd’hui il semble que l’on accepte que la réciprocité des visas est chose impossible pour les raisons que nous connaissons tous. Mais il faudrait au moins essayer de rendre l’octroi de ce sésame accessible. Car le voyage est un mythe. Donc, en rendant les visas un peu plus accessibles, on sauve inéluctablement des vies », affirme-t-il avec force.

Enfin, le président du CM2RD estime que la solution durable se joue sur le sol national. Il préconise que l’État crée les conditions réelles pour maintenir les candidats au départ au pays, notamment par le biais de formations professionnalisantes de qualité adaptées au marché. Pour Cheikh Abdou Fall, il est impératif que le gouvernement diversifie et multiplie sa communication sur les enjeux migratoires. L’objectif est clair : informer mieux pour que chaque jeune puisse envisager un futur solide au Sénégal, tout en travaillant à rendre le voyage légal moins inaccessible pour ceux qui souhaitent découvrir le monde sans y laisser leur vie.