About usNewsDialog spaceResources & Data
Fact-checking
Migration africaine : partir pour survivre, revenir pour bâtir !
Témoignage
Migration africaine : partir pour survivre, revenir pour bâtir !
Ndengar Masbé 🇧🇫
Ndengar Masbé 🇧🇫
February 04, 2026

Ils sont militants, intellectuels, entrepreneurs, communicateurs ou chercheurs. Certains vivent au Canada ou aux États-Unis, d’autres continuent d’agir depuis l’Afrique. Leurs trajectoires sont différentes, mais leurs voix convergent sur une même réalité : la migration africaine n’est ni un caprice ni une mode, mais le symptôme profond d’un continent en quête de dignité, de reconnaissance et de perspectives.

Pour Sikata Nguemta, communicante tchadienne aujourd’hui installée au Canada, le départ n’a jamais été un renoncement. « Aucun jeune ne quitte sa terre par plaisir. Ce sont des rêves brisés, des espoirs déplacés », confie-t-elle, évoquant un exil souvent imposé par l’injustice, la marginalisation et la peur. 

Militante pour la justice sociale et la souveraineté africaine, elle assume une parole dérangeante, parfois au prix de menaces et de pressions. « La liberté a un prix », rappelle-t-elle, refusant de céder au silence que beaucoup imposent aux femmes engagées.

Comme elle, Migo Natolban, animateur et entrepreneur médiatique tchadien vivant au Canada depuis vingt ans, voit dans la migration un droit fondamental. « Ce n’est pas un échec, mais souvent un acte de survie ou une quête de dignité », affirme-t-il, tout en soulignant la tragédie d’une jeunesse contrainte de fuir faute d’avenir 

Pour lui, le véritable défi n’est pas de partir, mais de rester utile à l’Afrique, en construisant des ponts entre les sociétés d’accueil et les pays d’origine.

Mais partir ne signifie pas idéaliser l’ailleurs. Tous évoquent les obstacles : intégration difficile, déclassement social, barrières culturelles, poids du regard. Serge Bayala, analyste culturel burkinabè, insiste sur un frein souvent invisible : le poids des préjugés hérités de la colonisation. « Beaucoup ratent leur intégration parce qu’ils refusent certains métiers pourtant dignes », explique-t-il, dénonçant le mépris du travail manuel et la peur du regard social 

Pour lui, la diaspora ne doit pas être une simple consommatrice du « rêve occidental », mais une actrice consciente du développement. « Le transfert de technologie ne viendra pas des États, mais de nos diasporas », soutient-il, appelant les Africains travaillant dans les industries, le BTP ou l’agroalimentaire à observer, apprendre et adapter ces savoirs aux réalités locales. Il plaide pour une valorisation intelligente des patrimoines africains.

Cette responsabilité de la diaspora est également culturelle et symbolique. Bayala parle d’une « diplomatie des mets et des savoir-faire », où chaque Africain à l’étranger devient ambassadeur de son identité. Il regrette l’absence d’un accompagnement étatique structuré pour soutenir ces initiatives, pourtant porteuses de rayonnement et d’emplois.

Aux États-Unis, Da Sié de Bindouté, intellectuel engagé, raconte un autre choc : celui de la découverte de la grandeur scientifique et historique de l’Afrique… hors d’Afrique. Musées, bibliothèques, architectures inspirées de l’Égypte antique : « L’Afrique est plus visible dans les musées occidentaux que sur son propre sol », constate-t-il avec amertume 

Cette expérience renforce sa conviction : la science, la mémoire et l’éducation sont les clés de la libération du continent.

Tous pointent également la responsabilité des dirigeants africains. Gouvernance défaillante, absence de vision, mépris des initiatives citoyennes : autant de facteurs qui alimentent l’exode. « Le changement ne viendra pas d’en haut, mais d’en bas », martèle Sikata Nguemta, appelant à une décolonisation des esprits et à la reconstruction d’une conscience nationale.  

Pour autant, aucun de ces témoins ne condamne le départ en soi. Le message est clair : partir peut sauver, mais rester connecté est un devoir. « Pars si tu dois partir, mais n’oublie pas pourquoi tu es parti », conseille Sikata, résumant l’esprit de toute une génération de migrants africains partagés entre deux mondes.

Au croisement de ces regards, une certitude s’impose : la migration africaine ne sera jamais maîtrisée sans justice sociale, sans valorisation des cultures locales et sans un rôle assumé des diasporas comme moteurs de transformation. L’Afrique ne manque ni de talents ni de richesses. Elle manque encore de conditions pour que ses enfants aient envie d’y rester ou d’y revenir.


Tags

afriquemigrations
Previous Article
Président fondateur Boza Fii, Saliou Diouf : “nous sommes souvent les dernières personnes en contact avec les passagers des embarcations”
Ndengar Masbé 🇧🇫

Ndengar Masbé 🇧🇫

Producteur de contenus

Recently Published

Cultural Sovereignty: A Fresh Outlook on African Mobility
2026-02-18T12:01:09

Subscribe to our newsletter!

Quick Links

Contact UsFaq

Social Media

facebooktwitterinstagram