
La 7e édition du Festival des Africains du Niger au Radisson Blu ne s’est pas limitée à une célébration artistique. Elle a servi de catalyseur à une réflexion politique profonde portée par l’Honorable Moumouni Saidou, membre du Conseil Consultatif de la Refondation. Au cœur de son propos : la souveraineté culturelle comme levier indispensable pour repenser la migration. Loin des images de l’exil subi, il théorise une mobilité choisie, interne au continent, fondée sur la suppression des frontières mentales et physiques héritées de la colonisation.
L’analyse de Moumouni Saidou part d’un constat : les frontières actuelles sont des obstacles artificiels à l’unité des peuples. Le festival, en réunissant des ressortissants de toute l’Afrique (Tchad, Cameroun, Bénin, Mali, etc.), préfigure ce que devrait être la normalité continentale : un espace fluide.
Pour le conseiller, promouvoir la souveraineté culturelle revient à délégitimer le concept même d’étranger entre Africains. L’objectif explicite est de permettre aux populations de « traverser les frontières » pour devenir des « peuples de même espace ». La migration cesse alors d’être une problématique de gestion de flux pour devenir un acte d’affirmation identitaire. En retrouvant une culture commune, les barrières administratives tombent, transformant le migrant en citoyen continental évoluant chez lui, de Niamey à Bamako ou Ouagadougou.
La promotion de cette mobilité intra-africaine repose sur un socle idéologique précis : la « Maâtocratie ». Ce système de valeurs ancestrales, basé sur la Vérité, la Justice et la Solidarité, constitue selon M. Saidou le ciment capable de lier les nations.
Dans cette vision, la culture précède le politique. Si les Africains partagent les mêmes codes éthiques et sociaux, ancrés dans leur histoire millénaire, la méfiance envers “l’autre” s’efface. La souveraineté culturelle agit comme un passeport invisible mais puissant. Elle garantit que le déplacement d’un Africain dans un autre pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ou au-delà ne soit pas perçu comme une intrusion, mais comme une circulation naturelle au sein d’une civilisation partagée. L’intégration par la culture rend la libre circulation effective, là où les simples accords politiques peinent souvent à être appliqués.
Un aspect crucial de l’entretien concerne le rapport de la jeunesse à son propre territoire. Moumouni Saidou insiste sur la nécessité impérieuse de maîtriser la géographie et les ressources du sol (uranium, or, pétrole, eau).
Cette appropriation cognitive a un impact direct sur les dynamiques migratoires. D’une part, elle freine l’émigration de désespoir vers l’Occident. En prenant conscience des richesses locales et en rejetant la narration d’une Afrique pauvre, la jeunesse trouve des raisons de rester et de bâtir. D’autre part, elle encourage une migration économique interne et stratégique. La connaissance des ressources invite les compétences africaines à circuler là où elles sont nécessaires pour le développement endogène. La souveraineté culturelle transforme ainsi la migration : elle n’est plus une fuite vers l’extérieur, mais une redécouverte et une mise en valeur de l’intérieur.
Selon Moumouni Saidou, l’Alliance des États du Sahel incarne aujourd’hui une expression politique de cette philosophie. En rupture avec les modèles qu’il qualifie de « néocolonisés », les dirigeants actuels — tels que Abdourahamane Tiani, Assimi Goïta et Ibrahim Traoré — s’inscrivent, selon lui, dans une dynamique visant une souveraineté totale. Celle-ci ne se limite pas à la défense militaire : elle englobe également la capacité des peuples à circuler librement dans leur espace historique et culturel.
Pour Moumouni Saidou, la guerre de l’information constitue à cet égard un levier central. Il insiste sur la nécessité de déconstruire les terminologies qui criminalisent la mobilité ou fragmentent les populations africaines. En réaffirmant ses propres concepts et en valorisant son patrimoine, l’Afrique pourrait ainsi reprendre le contrôle de sa démographie et de ses dynamiques migratoires.
Dans cette perspective, la migration, lorsqu’elle repose sur une souveraineté culturelle affirmée, devient un instrument de puissance. Elle ne serait plus perçue comme une vulnérabilité, mais comme un moteur d’intégration régionale. Pour lui, unir les Africains ne consiste pas uniquement à harmoniser les politiques publiques : il s’agit surtout de permettre à chaque Africain de se sentir pleinement souverain à l’échelle du continent.
Quick Links